Noir Jaune Blues et après? À Frameries, le sentiment d'avoir perdu d'avance

La morosité a gagné beaucoup de Framerisois qui ne croient plus en leur région.
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La morosité a gagné beaucoup de Framerisois qui ne croient plus en leur région. - © Tous droits réservés

Éviter de ne voir que les problèmes des 22.000 habitants de Frameries. C'était l'enjeu principal en arrivant ici. Mais dans cette petite ville du Borinage, une question centrale : l'emploi. Un Framerisois sur cinq est au chômage, un autre est au CPAS ou sans revenu. Reste seulement trois personnes sur cinq qui travaillent.

Comme une cicatrice au milieu de la ville, l'usine Doosan laisse un chancre urbain imposant. 313 personnes y ont perdu leur emploi le jour de la fermeture il y a trois ans. Un couple de pensionnés, voisins de l'usine, jette un regard noir sur la ville. "Il n'y a que des chômeurs ici. Tout ferme. C'est malheureux. Je ne vois pas de solution avec notre gouvernement. Et de toutes façons, avec le PS, on a renvoyé des tas de chômeurs et puis ils disent maintenant que c'est la faute des autres. Non, MR, PS et les autres, je n'y crois pas. On est beaucoup trop enfoncés dans la merde." Aucun espoir. Une région meurtrie. Le discours revient souvent. Et la méfiance envers le monde politique semble généralisée.

Ici un chiffre inquiète : les parents très jeunes, encore des adolescents. Ils sont deux fois plus nombreux qu'ailleurs en Wallonie. Des jeunes qui sont nombreux aussi à envisager leur avenir ailleurs. A la sortie de l'école secondaire du centre-ville, les adolescents ont tous un discours similaire. "Moi quand je quitterai mes parents, je ne resterai pas dans le Borinage... pour aller où ? Un peu plus loin, vers Soignies. Mais je quitte Frameries, c'est sûr."

Et cet exode a déjà commencé. Beaucoup de commerçants ont déjà fermé boutique. Dans la rue principale, les espaces vides se multiplient. Certains nouveaux commerçants se lancent mais ils font pâle figure face aux espaces vides.

Et le récent centre commercial, l'Epicentre, fait mal au cœur. L'espace est beau, grand , spacieux... mais vide. Même les espaces dédiés à la couveuse d'entreprises (pour lancer un nouveau projet) restent sans candidat.

Il y a encore aussi les résistants. Ceux qui ont toujours été là. Comme le marchand de fruits et légumes. Une épicerie tenue par trois frères et sœurs qui ne survit que par solidarité familiale. Les deux sœurs aînées sont déjà pensionnées. Elles donnent un coup de main à leur petit frère, 7 jours sur 7.

Le dernier boucher de Frameries, lui broie du noir. Il travaille 50 ou 60 heures semaines, il a arrêté de compter. Et impossible pour lui d'engager quelqu'un. "Avec les charges, un ouvrier qui reçoit 1300 euros, on doit débourser 2800. C'est intenable. Moi je ne pourrais pas. Et je suis sûr que chez tous les indépendants, il y a du travail pour au moins un ouvrier. Mais il faut des aides."

Mais si la morosité semble contagieuse, il reste des poches d'espoir. L'académie de musique compte un millier d'inscrits. L'école de danse attire du monde qui vient de l'extérieur. Le Parc d'Aventures Scientifiques, le PASS, reste un symbole connu. Et puis les clubs de sport ont du succès. Le soir, à l'entrainement de rugby, la description de Frameries a changé. "C'est vrai qu'il faut un peu plus se défendre ici à Frameries pour montrer qu'on vaut quand même quelque chose", lance une jeune fille qui sort à peine de la mêlée. "Mais il y a un avenir oui et on est là pour le montrer."

La solidarité et l'esprit combatif du rugby. Un symbole d'espoir lancé pour l'avenir de la région.

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