Un Spitfire de la 2e guerre mondiale exhumé par un "chasseur d'épaves" à Nivelles

Une épave qui a encore beaucoup de choses à raconter...
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Une épave qui a encore beaucoup de choses à raconter... - © S. Vandreck

Le 3 décembre 1944, William Warfield, jeune pilote américain de 21 ans engagé dans la Canadian Air Force, s’écrase avec son avion dans un champ proche de Nivelles. "Il était normalement basé à Evere. De retour d’une mission, il s’est perdu dans le mauvais temps, n’avait aucune visibilité. Il s’est retrouvé à cours de carburant, une situation stressante. Il a essayé de sauter de son avion mais il a vraisemblablement perdu les commandes et s’est écrasé à pleine vitesse, à la verticale", relate Nicolas Clinaz. Il a fallu près de vingt ans de documentation et de prospections à ce passionné, qui se définit lui-même comme "chasseur d’épaves d’avions", avant d’exhumer les débris de l’appareil. C’est d’ailleurs le treizième avion de guerre qu’il met ainsi au jour. "L’élément fondamental de ces recherches, ce sont les témoins qui ont vu les chutes à l’époque et sont à même de se souvenir des événements, insiste-t-il. Il y a vingt ans j’étais venu sur place avec un ancien qui avait indiqué l’endroit. Ensuite, il y a une dizaine d’années, à l’aide notamment de détecteurs de métaux, j’ai pu localiser précisément l’épave. Et il y a quelques mois, une société spécialisée dans la cartographie magnétique du sol est venue confirmer que l’avion était bien enfoui".

Un tas de ferraille qui a beaucoup à raconter

Ce samedi, les engins sont entrés en action. Un vaste trou de plus de quatre mètres de profondeur a été creusé et les restes du Spitfire sortis à l’aide d’une grue. Nicolas Clinaz et de nombreux bénévoles, passionnés d’aviation et d’histoire, se sont ensuite affairés autour de ce qui ressemble à première vue à un gros tas de ferraille. "C’est effectivement, au sens propre, un tas de ferraille, reconnaît le chasseur d’épaves, mais c’est avant tout de l’histoire, et des pièces archéologiques qui méritent d’être mises en valeur". La dépouille du pilote avait été retrouvée peu après le crash et inhumée au cimetière d’Evere. Les restes de l’avion sont restés enfouis pendant 76 ans, ce qui explique leur état. "Il faut aussi bien s’imaginer qu’un avion qui mesure dix mètres et pique à 600-700 km/heure, n’en mesure plus que deux après s’être écrasé", précise le spécialiste. Il se dit néanmoins satisfait d’avoir retrouvé l’ensemble des pièces de l’avion, dont le moteur et les pièces d’armement.

Au-delà des pièces, il faut s'imaginer qu’il y avait un homme assis juste ici

Les éléments sont au maximum nettoyés et triés sur place avant d’être emmenés au musée Spitfire de la base aérienne de Florennes, où ils seront exposés. Truelle ou pinceau à la main, les bénévoles vont de découverte en découverte. "On est ici sur la partie qui se situait sous les pieds du pilote. On a déjà dégagé les pédales de commande. Là, j’essaie de récupérer les poulies de câbles de commande, commente Eric, spécialiste des Spitfire. On voit vraiment que le pilote a été écrasé sur son moteur, tout a été compacté". Une découverte qui émeut Patrick, un autre bénévole, lui-même pilote : "Au-delà des pièces, il faut s'imaginer qu’il y avait un homme assis juste ici. Ça a dû être horrible, horrible". Un homme qui s’était engagé alors que son pays n’était pas encore en guerre. "Il est venu se battre ici en Europe pour défendre les libertés des gens qui habitent ici", ajoute Eric. Pour eux, ces fouilles ne sont donc pas seulement une passion, c’est aussi un véritable devoir de mémoire, à l’heure où les témoins de ces événements tragiques sont de moins en moins nombreux.

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