Nivelles : un atelier "sur mesure" pour Paul Dascotte, artisan cordonnier-bottier

Les chaussures, c’est toute la vie de Paul Dascotte. Après s’être formé au métier de cordonnier, il y a plus de trente ans, avec un artisan de Soignies, sa ville natale, il s’est pris de passion pour le cuir. Des milliers de chaussures abîmées sont passées entre ses mains. "La réparation, c’est mon premier métier, rappelle-t-il. Mais la bonne réparation de bonnes chaussures : savoir bien les démonter, voir comment elles sont faites, utiliser les bonnes matières premières, bien les remonter… Je dis toujours qu’un bon cordonnier fera un bon bottier, mais pas forcément l’inverse !".

On va modeler la chaussure au pied du client

Il exerce le métier de cordonnier, spécialisé dans la réparation de chaussures haut-de-gamme, mais il conçoit aussi depuis longtemps des chaussures de luxe pour homme. Il s'est notamment fait connaître en réalisant des chaussures pour un clip de Stromae. "Je faisais jusqu’ici ce qu’on appelle de la grande mesure, mais ces chaussures à 2000, 2500 euros ne touchent qu’une certaine clientèle. Mon idée était donc de fabriquer une chaussure de qualité, mais en utilisant certaines aides, pour aller plus vite dans le montage, sans pour autant galvauder la solidité de la chaussure". L’artisan ne conçoit donc pas directement pour le client la forme qui sera la base de la chaussure, mais dispose de toute une série de formes adaptées à tous les types de pieds masculins, en trois largeurs et avec des demi-pointures, ce qu’on ne trouve pas dans le commerce. Sur cette base, il fabriquera les chaussures dans le cuir et avec la finition demandés par le client. De quoi trouver chaussure à son pied. "Ce n’est pas une chaussure qu’on sort d’une boîte et qu’on va essayer de modeler à son pied, c’est tout le contraire : on va modeler la chaussure au pied du client", précise Paul Dascotte. Une personnalisation qui a un prix : entre 800 et 1000 euros la paire, qui va durer plus de vingt ans, si on en prend soin.

S'associer pour mieux se concentrer sur son métier

Pour se lancer dans la fabrication de cette ligne de chaussures sur mesure, et continuer les réparations, son atelier de cordonnerie du centre de Soignies devenait trop petit. C’est sur le zoning de Nivelles que Paul Dascotte a trouvé son nouveau lieu de travail. "On se rapproche de Bruxelles et du Brabant wallon, où se trouve la majeure partie de la clientèle qu’on cible. Des extensions sont aussi possibles ici. Et puis l’idée était surtout de ne plus travailler seul : vous ne pouvez pas être à l’atelier, former des apprentis, et vous occuper des aspects commerciaux et administratifs et de la trésorerie". L’artisan s’est donc trouvé deux associés. Luc Cassart s’occupe des démarches commerciales, du suivi des commandes, de la recherche de clients et de fournisseurs. "C’est un boulot à temps plein !", insiste Paul Dascotte. Georges Hubinont, homme d’affaire brabançon, prend quant à lui en charge les aspects financiers. Il est d’ailleurs l’investisseur qui a donné le coup de pouce pour permettre au projet de démarrer. "Je cherchais un projet qui ait du sens, explique-t-il. Et celui-ci en a parce que c’est un projet local, d’artisanat, qui donne une vie supplémentaire aux choses. J’aime aussi beaucoup l’idée de transmettre un savoir-faire et de former des jeunes à l’artisanat".

Un savoir-faire qui se transmet

Paul Dascotte souhaite en effet partager son savoir-faire et son amour du métier avec un ou plusieurs apprentis. Même si la démarche n’est pas aussi évidente qu’on l’imagine : "On n’en parle déjà pas dans les écoles. Dans toutes les propositions d’études qui sont faites aux jeunes, il n’y a pas l’artisanat, déplore-t-il. Alors que c’est très noble de travailler de ses mains, car on travaille à la fois avec sa tête et ses mains". Cette noblesse du métier, Solongo l’a comprise. Elle est une des rares jeunes à souhaiter apprendre ce métier et vient donc se former dans l’atelier nivellois. "Si on est dans un bon milieu, qu’on trouve un bon pédagogue, c’est assez facile de rester sur la voie", constate la jeune femme. Elle en est à sa première année de formation et a encore trois ans pour apprendre comment choisir les cuirs, les teindre, les découper, dessiner un patron, assembler les différentes pièces de la chaussure, de l’empeigne au talon. Un assemblage complexe qui se fait en grande partie à la main et demande du soin, de la dextérité et une grande connaissance technique. Il faut environ un mois de travail avant qu’une paire commandée sorte de l’atelier. Paul Dascotte ne manque pas de projets pour son atelier, mais son plus grand souhait est de former davantage de jeunes au métier : "Ça ne va pas être évident, mais s’ils perpétuent le travail comme moi je l’ai appris, je serai le plus heureux du monde", conclut-il.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK