Newpharma: la pharmacie belge 2.0 au succès international

Newpharma: la pharmacie 2.0
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Avec plus de 80 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018, la pharmacie en ligne Newpharma a réussi à se positionner comme un des acteurs incontournables du secteur. Dans le top 10 européen, elle est leader en Belgique ainsi qu’en France et compte bien poursuivre son incroyable développement. Mais le fera-t-elle en Belgique ?

De 4 associés à 160 employés

L’histoire commence en 2008. A l’époque Laurent Detry, un pharmacien innovant souhaite se lancer dans la vente sur internet. Il tente de convaincre quelques confrères, mais ceux-ci n’y croient pas du tout. Il finit par embarquer un de ses amis, Olivier Mallue ainsi que Mike Vandenhooft et Jérôme Gobesso, deux spécialistes de la conception de sites web.

"Au début on occupait 50 m² et on faisait les commandes nous-mêmes avec deux ou trois autres personnes, aujourd’hui Newpharma c’est plus de 8000 m² d’espace, 160 employés et plus d’1,5 millions de colis envoyés en 2018", se félicite Jérome Gobbesso, le CEO de l’entreprise.

Aujourd’hui, Laurent Detry et Ollivier Mallue ont quitté le navire. Fin 2017, les deux associés restants ont été rejoints par le groupe Colruyt et Kory, le holding de la famille Colruyt. Ensemble les deux nouveaux actionnaires détiennent 65% des parts de l’entreprise.

En 10 ans, Newpharma a fait du chemin. La société propose désormais plus de 35 000 produits différents dont 10 % de médicaments sans ordonnance et livre dans 12 pays.

Une pharmacie "presque" comme les autres ?

Si son chiffre d’affaires est 90 fois supérieur à celui d’une pharmacie de quartier, Newpharma est soumis aux mêmes règles. Selon la loi, une pharmacie en ligne ne peut être que le prolongement d’une officine physique, ouverte au public. L’entreprise dispose donc d’une petite pharmacie située Rue Basse-Wez à Liège.

"La question était de savoir ce qu’est une pharmacie ouverte au public. La loi ne dit rien là-dessus donc nous avons décidé de ne pas prendre de risque et on ouvre la pharmacie. En terme de chiffre d’affaires c’est vrai que c’est une goutte d’eau dans un océan, mais une goutte d’eau nécessaire", affirme Jérôme Gobbesso.

Newpharma étant au regard de la loi une pharmacie, l’entreprise emploie des pharmaciennes. Elles sont sept et ne se tiennent pas debout derrière un comptoir mais assises devant un écran d’ordinateur.

Leur rôle: répondre aux questions des clients et contrôler les commandes. "Chaque commande est vérifiée deux fois, par deux pharmaciennes différentes. Quand une personne commande chez Newpharma, elle a la possibilité d’entrer tout son historique médical et parfois nous devons annuler une commande ou à la modifier mais toujours en ayant contacté les patients", explique Aline Légipont, la pharmacienne titulaire.

Pourtant, depuis des années, Newpharma et d’autres pharmacies en ligne sont dans le viseur de l’ordre des pharmaciens, mais aussi de l’association qui défend les pharmaciens indépendants de Belgique. Celle-ci n’apprécie pas le côté commercial de l’entreprise.

"On voit en Belgique qu’il y a pas mal d’hospitalisation liées à des mauvais usages de médicaments et donc nous plaidons pour un renforcement de la législation qui encadre la dispensation et la vente en ligne des médicaments. Je pense que quand un patient nécessite un produit le mieux c’est d’avoir un dialogue avec un professionnel de la santé qui va réellement explorer et que c’est très compliqué de le faire via internet, même si ces sites disent qu’ils offrent le maximum de garanties", souligne Alain Chassepierre, le président de l’association des pharmaciens de Belgique.

Vers un déménagement aux Pays-Bas ?

Aujourd’hui, Newpharma estime qu’elle rencontre trop de freins pour se développer comme elle le voudrait.

"En 2009 lorsque le législateur a promulgué la loi autorisant la vente de médicaments sans prescription sur internet, il n’a pas imaginé qu’il y aurait un tel essor. A la base c’était juste parce que l’Europe l’obligeait. Actuellement on rencontre un certain nombre de problèmes. Par exemple, les colis contenants des médicaments doivent normalement être préparés dans l’officine ouverte au public, mais c’est en cours de changement. Nous avons également des problèmes avec le conseil de l’ordre des pharmaciens qui autorise la publicité à condition qu’elle soit discrète et pas du démarchage. Du coup à quoi sert de faire de la publicité ? Surtout que pendant ce temps, nos concurrents étrangers n’ont pas ces limitations et peuvent se permettre de faire ce qu’ils désirent!", s’indigne le CEO de Newpharma.

Alors face à cette situation, la société se pose certaines questions. Un peu à l’étroit dans ses installations, elle souhaite construire un nouveau centre logistique, mais dit avoir besoin de certaines garanties avant de prendre cette décision. Elle veut un assouplissement au niveau de la publicité sans quoi, située à seulement 13 km des Pays-Bas où la loi est beaucoup plus permissive, l’entreprise pourrait décider d’y déménager.

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