"Neufchâteau classé en zone rouge par les scientifiques", vraiment ? Pourquoi le "seuil" d'alerte n'en est pas toujours un

Un panneau imposant le port du masque à La Roche en Ardenne le 25 juillet 2020.
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Un panneau imposant le port du masque à La Roche en Ardenne le 25 juillet 2020. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

L’épidémie de Covid-19 serait-elle en train de s’étendre dangereusement à Neufchâteau ? La commune "serait classée en zone rouge par les scientifiques", écrit sur Facebook la bourgmestre Michèle Mons Delle Roche. Celle-ci ajoute : "J’attends confirmation de cet élément et vous tiendrai au courant des nouvelles ainsi que des arrêtés que le gouverneur ou moi-même serions amenés à prendre."

Contactée tôt ce lundi matin par la RTBF, Michèle Mons Delle Roche n’avait pas encore obtenu confirmation de ce classement "en zone rouge". Mais elle rappelait malgré tout avoir déjà pris deux arrêtés de police pour gérer l’affluence dans certains endroits très fréquentés en cette période de vacances.

C’est quoi, le "seuil d’alerte" ?

Une chose est sûre : le "seuil d’alerte", fixé à 20, est bien franchi à Neufchâteau. Il est de 26 selon les dernières données disponibles chez Sciensano. Ce chiffre, c’est en réalité "l’incidence cumulative sur sept jours".

En clair : on additionne le nombre de nouveaux cas de contamination identifiés sur les sept derniers jours, on divise par la population de la commune puis on multiplie le tout par 100.000. Ainsi, quelle que soit la taille de la commune, on rapporte tout sur 100.000 habitants. De quoi faciliter les comparaisons.

Si on fait le calcul pour Neufchâteau, cela donne 2 cas d’infections détectés sur les sept derniers jours, divisé par 7679 habitants, le tout multiplié par 100.000. Résultat : 25,7. Au total, depuis le début de l’épidémie en mars, la commune a enregistré 76 cas confirmés de Covid-19, soit environ 989 cas pour 100.000 habitants.

Attention, Sciensano se laisse une petite marge de trois jours dans ses calculs, le temps de collecter toutes les données auprès des différents laboratoires. Le tableau de l’Institut de santé publique (à retrouver en cliquant ici) prend en compte les données de J-9 à J-3. En regardant les chiffres tels qu’ils sont présentés ce lundi, nous avons donc un petit retard sur la connaissance de l’épidémie et sur son ampleur réelle.


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Cette incidence cumulative n'est qu'un indicateur parmi d'autres utilisé par Sciensano pour surveiller la propagation du virus. L'institut de santé publique surveille aussi :

  • Le nombre de jours consécutifs où au moins 1 nouveau cas a été rapporté ;
  • Le nombre de jours où le nombre de nouveaux cas augmente par rapport à la veille, considéré sur une période de 7 jours.

Les "écrans de contrôle" commencent à clignoter si :

  • L’incidence cumulative passe au-dessus de 20 cas sur sept jours/100.000 habitants ;
  • Le rapportage de nouveaux cas se maintient pendant au moins 5 jours ;
  • Un nombre croissant de nouveaux cas est constaté pendant 4 des 7 jours passés.

Un indicateur... surveillé et analysé par des spécialistes de la Santé

Ce mode de surveillance défavorise donc les communes moins peuplées. De quoi agacer aussi Michaël Modave, bourgmestre de Bièvre (province de Namur). Vendredi 24 juillet, le seuil d'alerte était dépassé dans sa commune de 3300 habitants, avec... un seul cas recensé.

À Bièvre, le nombre de cas ayant doublé (il est passé de un à deux sur les sept derniers jours), l'incidence cumulative a explosé pour atteindre 60, plaçant le village au 15e rang belge en termes d'incidence sur sept jours, ni plus ni moins.

"Si, demain, on dit que dans les communes dans le rouge, il y a des réglementations supplémentaires, qu'est-ce qu'on fait ? Ce n'est pas logique. Il y a moins de danger à venir se promener à Bièvre que dans une grande ville", affirmait-il au micro de nos confrères de Ma Télé.

Imaginez alors l'effet si, comme certains médias l'ont fait, on place sur une carte tous ces chiffres avec un code couleur allant du jaune clair au rouge (très) foncé.

Heureusement, on parle là d'indicateurs. Les spécialistes de Sciensano ne se basent pas uniquement sur ces paramètres pour identifier les communes problématiques. Ils procèdent aussi à "une analyse plus détaillée des données". Car, précisai l’Institut de Santé Publique sur son site internet fin juin, "la détection d’un signal ne signifie pas nécessairement qu’un problème grave existe sur le terrain".

Détecter et agir si nécessaire

Le "Data studio" mis en ligne par Sciensano est un outil important, mais encore faut-il bien le lire. "Derrière cet outil, il y a le travail épidémiologique réalisé par des épidémiologistes expérimentés en maladies infectieuses et en surveillance qui interagissent avec les partenaires habituels à savoir les médecins inspecteurs des agences régionales de santé", peut-on lire sur le site de l'Institut en date du 16 juillet.

A partir de ces données, "les épidémiologistes analysent la situation de chaque commune et envoient un message aux agences régionales de santé dès qu’un signal est identifié. Un signal ne veut pas encore dire une menace et c’est le rôle de ces agences de le vérifier".

Si une menace pour la santé publique est identifiée par les autorités régionales, alors celles-ci prennent contact avec le bourgmestre ou le gouverneur de la province pour mettre des mesures en place. C'est d'ailleurs l'un des enjeux du Conseil National de Sécurité qui se tient ce lundi 27 juillet.


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La carte ci-dessous a été mise au point par Sciensano, qui se charge aussi de sa mise à jour

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