Namur: les archives de l'État récupèrent un parchemin byzantin vieux de 800 ans

C’est un document qui aura traversé un continent et plusieurs siècles sans subir trop de dégâts, avant de revenir entre les mains d’archivistes à Namur. Daté de 1240, ce parchemin avait été rédigé à Constantinople (aujourd’hui devenue Istanbul) par l’empereur byzantin Baudouin II qui était également Comte de Namur par héritage familial.

La missive était adressée au bailli Jean Colon, dépositaire de l’autorité à Namur, afin de l’informer d’une décision prise par l’empereur: "Elle notifie que les biens affectés à une fondation hospitalière namuroise seront en partie transférés au fonctionnement d’une autre institution, l’hôpital Saint-Samson, sur les rives du Bosphore" explique Claude De Moreau, chef de département aux archives de l’État à Namur, "Des terrains qui étaient affectés à un hôpital namurois généraient des revenus dont une partie était donc envoyée à Constantinople. Ce procédé n’était pas rare à l’époque, mais ce qui est plus étonnant ici, c’est la distance importante entre les deux localisations".

Une signature remarquable

D’une dimension comparable à celle d’une carte postale, le caractère exceptionnel de ce document réside surtout dans la signature d’un rouge flamboyant qui y est apposée: "C’est une signature au cinabre, qui est un produit extrait de minerais, de couleur vermillon, un rouge qui est resté magnifique malgré le temps. De plus, c’est une signature en grec sur un document en latin, on a le croisement entre l’Europe de l’ouest et l’empire romain d’Orient. Des documents écrits en latin sur parchemin sont très fréquents, on en a des milliers dans nos collections, mais avec une signature purement orientale, très espacée, avec des arabesques, là par contre c’est exceptionnel".

Ce précieux parchemin aurait très bien pu avoir un autre destin. Repéré par des médiévistes dans le catalogue d’une salle de vente parisienne, il aurait sans doute atterri dans une collection privée si les services des archives de l’Etat n’étaient pas intervenus pour entamer une médiation avec son détenteur: "En analysant la description du document faite par la salle de vente, nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait d’un document public. C’est un principe de droit romain : un document administratif est inaliénable et imprescriptible. Autrement dit, peu importe qu’il ait presque 800 ans et peu importe les péripéties qu’il a pu connaitre, ce parchemin qui semble avoir été bien conservé pendant des siècles dans nos archives, reste la propriété de l’Etat belge."

Désormais rendu à son propriétaire, ce document va pouvoir être examiné plus en détails. Plusieurs chercheurs dans les universités belges ont déjà fait une demande pour l’étudier, une exposition est également en cours de préparation et pourrait être proposée au grand public d’ici un an ou deux. Dans tous les cas, ce document reste consultable par tous les citoyens aux Archives de l’Etat à Namur.

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