Namur : 50 ans de fouilles archéologiques en Wallonie sous eau

Le centre de conservation et d'étude des biens archéologiques wallon n'a pas pu échapper aux inondations...un petit ruisseau est sorti de son lit jeudi dernier et a mis sous eau un bonne partie de ce hangar sécurisé de plus de 1600 mètres carrés situé sur les hauteurs de Namur. Ce centre c'est un peu le Fort Knox de l'archéologie wallonne.

Le coffre-fort de l'Archéologie wallonne

C'est là, qu'au cours des années,  sont inventoriés, conditionnés et stockés  les dizaines de milliers d'objets récoltés au fil des ans lors des fouilles archéologiques en Wallonie. On pense on fouilles du Grognon à Namur ou à celles de la Place Saint-Lambert à Liège. Des objets qui sont une source extrêmement précieuse d'information pour les archéologues et les historiens. Des objets qui partent parfois pour des expositions aussi.  Ossements du Néolithique, armes de l'âge du fer, fibules mérovingiennes, amphores, tessons, roue de chariot en bois, éléments de construction en pierre...Un trésor patrimonial qui a donc pris l'eau de manière inattendue jeudi. 

Opération sauve-qui-peut

Et depuis, c'est le branle-bas de combat comme l'explique Florence Noirehomme, la directrice scientifique de l'Awap, l'agence wallonne du patrimoine. "Les équipes étaient sur place au moment où l'eau est montée...Ils ont essayé de remonter directement les objets les plus précieux mais à un moment il a fallu s'arrêter et évacuer car ça devenait trop dangereux. L'eau est montée jusqu'à 1 mètre et demi".

quand les équipes ont pu redescendre, c'est pour faire un triste constat : des dizaines et des dizaines de caisses étaient sous eau. Une eau boueuse qui est rentrée dans les caisses où sont conservés les objets. "Le plus urgent, c'était de remonter les objets en matière organique, le bois, le cuir et surtout le métal", détaille Florence Noirehomme. "Les objets en métal sont normalement conservés dans des chambres sèches. Le niveau d'humidité ne peut pas dépasser parfois les 25%. Avec l'inondation, on est à plus de 90%."


 

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Ce sont surtout les objets en matière organique qui doivent être séchés le plus rapidement possible © Juliette Hariga

Eviter la rouille 

Il faut rapidement sécher ces objets. Quitte, dans certains cas, à utiliser des plans B comme le sèche-cheveux.  Pour les objets en métal, le plus grand risque c'est la corrosion, la rouille, un phénomène naturel mais qui est évidemment fortement accéléré par l'inondation. Certains objets pourraient disparaître beaucoup plus rapidement que prévu. 

Au sous-sol des dizaines et des dizaines d'étagères sont encore sous-eau et notamment la salle des céramiques. "C'est une matière qui généralement résiste assez bien à l'eau...C'est donc moins urgent", explique Florence Noirehomme.

 

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Les résultats d'années et d'années de fouilles en Wallonie risquent de disparaître © juliette Hariga

Garder à tout prix les données

Avec l'humidité, toutes les étiquettes avec les référence de chaque objet sont en train de se décoller. Perdre ces données, serait aussi dramatique. De quoi revoir aussi les procédures : dorénavant, c'est au feutre indélébile que ces références seront écrites sur les caisses. 

Cette opération de sauvetage ne permet pas encore d'évaluer l'entièreté des dégâts, mais c'est un trésor inestimable pour notre patrimoine qui est clairement menacé. "On aurait jamais imaginé qu'une telle catastrophe se produise à cet endroit. Le site n'était pas considéré comme une zone inondable. Aujourd'hui les dégâts sont tellement importants qu'on ne pourra pas réinvestir les lieux", constate la directrice scientifique de l'AWAP. Il faudra donc trouver de nouveaux locaux, de préférence loin d'un cours d'eau cette fois.

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