Nadia El Yousfi siègera comme indépendante suite à "l'opacité de Laurette Onkelinx et de la direction du PS bruxellois"

Nadia El Yousfi n'a pas encore quitté le PS. Mais elle y réfléchit.
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Nadia El Yousfi n'a pas encore quitté le PS. Mais elle y réfléchit. - © RTBF

La dissidente prend la parole. Nadia El Yousfi, députée bruxelloise, a décidé jeudi dernier, jour de prestation de serment du nouveau gouvernement bruxellois, de claquer la porte du groupe socialiste. La Forestoise siège depuis comme indépendante.

L’ancienne travailleuse sociale devenue femme politique et mandataire socialiste, s’explique enfin sur son geste annoncé en matinée et qui a pris ses camarades de court. "Mais mon départ était mûrement réfléchi, bien avant les élections régionales", assure Nadia El Yousfi auprès de la RTBF. Depuis ce départ, le PS ne compte plus, au sein du Parlement bruxellois, que 16 députés contre 15 pour son nouveau partenaire Ecolo au sein de la majorité.

Vous avez décidé de vous mettre en marge du Parti socialiste. Pour quelles raisons?

L’idée ne m’est pas venue un matin, comme cela. C’est un long processus, une observation qui date. Je suis au PS depuis 1993. Je suis députée depuis 2004. Au sein du parti, j’ai vécu des choses tant positives que moins positives. Ce sont des années que je ne renie pas du tout, au contraire. Mais à un moment, quand nous observons une contradiction entre des paroles et des actes, cela n’est plus acceptable. Quand on constate une opacité croissante, de la confection de la liste pour les dernières élections régionales à aujourd’hui, quand on observe une démocratie interne absente et flagrante sans échange ni dialogue sur des débats importants de société, quand on constate l’absence de débats entre les élus et les militants, cela n’est plus acceptable…

Opacité ? Qui est opaque au sein de la Fédération bruxelloise du Parti socialiste ? Qui visez-vous ?

Je vise la direction de cette fédération. Madame Onkelinx notamment mais aussi les personnes autour d’elle. Madame Onkelinx est l’emblème, c’est celle qui porte la parole. Nous sommes des élus directs – je parle de moi et des autres-, nous avons mis le collectif, le parti et ses valeurs en avant plus que nous-même. Le minimum attendu, c’est de la concertation. Quand des décisions sont prises, parfois la veille, par un petit groupe et puis que nous devons juste appuyer sur un bouton pour valider, cela ne va pas. Avec quoi suis-je d’accord pour appuyer sur le bouton ? Attention : être concerté ne veut pas dire être d’accord. Je suis une démocrate. Si après un débat et un vote, mon avis est minoritaire, je me soumets. Mais sans dialogue et sans concertation, ce n’est pas possible.

Deux raisons ont été évoquées pour expliquer votre départ. D’abord, vous auriez souhaité occuper le poste de secrétaire de l’assemblée de la Cocof, attribué finalement à Delphine Chabbert. Qu’en est-il ?

J’en rigole mais c’est un rire triste. Au moment où je pose un acte fort, j’ai des prémisses de réponses qui n’en sont pas. D’autres camarades ont fait plus de voix que moi. Quand des élus ne sont pas respectés, il y a un problème. J’étais demandeuse comme d’autres d’être dans le bureau de la Cocof, dans ce lieu de débats éthiques… Est-ce anormal que moi et d’autres qui avons fait plus de voix que moi soyons demandeurs ? Non ! Pourquoi alors allons-nous chercher des personnes qui n’ont rien demandé et qui sont mises dans la difficulté ?

On a également évoqué la nomination surprise de Nawal Ben Hamou au poste de secrétaire d'Etat régional au détriment de Fadila Laanan…

Mon problème n’est pas lié à des personnes. Nawal Ben Hamou est une amie de longue date, je suis heureuse pour elle et triste pour d’autres. Personnellement, je n’ai jamais été demandeuse d’un poste de secrétaire d'Etat : c’est clair et net ! Mais le citoyen a opéré des choix de personnes comme Rudi Vervoort, Fadila Laanan, Rachid Madrane… Quand on parle de déficit de confiance envers le citoyen, le non-respect de son choix va-t-il aider à restaurer cette confiance ? Aller chercher d’autres personnes (Nawal Ben Hamou était candidate à la Chambre le 26 mai dernier et n’a pas été réélue, elle a appris sa nomination au gouvernement régional le mercredi soir, ndlr), c’est un dysfonctionnement qui met à mal ces mêmes personnes qui n’ont rien demandé. C’est un peu facile de venir après avec des explications qui peuvent me discréditer.

Allez-vous quitter le Parti socialiste ?

Mon choix est-il définitif ? Oui et non. J’ai posé un acte réfléchi. Mais à ce jour, je n’ai pas encore envoyé de lettre au parti. J’aurais pu quitter le PS beaucoup plus tôt, à différents moments. En 2009, par exemple, je décumule de mon poste d’échevine à Forest car j’avais défendu le décumul dans ma section. Je n’ai pas attendu une ordonnance. En 2014, lors des régionales, on place juste derrière moi, à une place éligible, l’ancien bourgmestre de Forest Marc-Jean Ghyssels qui n’a pas un passé socialiste (Marc-Jean Ghyssels, ex-PRL, a rejoint le PS en 2001, ndlr). Pas de souci ! Mais qu’on lui permette de cumuler entre son mandat de député et celui de mandataire local, j’avais déjà un gros souci d’éthique. Je joue collectif mais je veux qu’on respecte les règles. Aujourd’hui, je veux que mon départ serve d’électrochoc. J’attends des promesses de la part de la future direction de la Fédération bruxelloise du PS. Je laisse la porte ouverte. Mais je veux connaître ses propositions concrètes afin que le dialogue puisse revenir au sein de cette formation politique.

Justement, Laurette Onkelinx va quitter la présidence de la fédération bruxelloise avant la fin de l’année. Deux clans s’affrontent pour reprendre sa présidence. D’un côté, Ahmed Laaouej avec sa ligne "quartiers populaires et inclusion des communautés" pour contrer le PTB, de l’autre Philippe Close, champions des voix à la Ville de Bruxelles avec une ligne plus laïque pour reconquérir le sud de Bruxelles. A moins que ce ne soit Catherine Moureaux. Dans quel clan vous situez-vous ?

Dans tous les partis, il y a des clans. Mais moi, quand je suis rentré au PS, je ne connaissais qu’un seul clan : celui du Parti socialiste et ses fondamentaux. Cela m’a peut-être déforcée. Je suis dans le collectif et dans le combat commun pour un projet de société. Le PS est le parti qui peut apporter les meilleures réponses aux problèmes de société. Je distingue donc les pratiques des uns et le parti en tant que tel. Nous ne devons pas déraper. Et pour parler de la question de la laïcité, c’est un débat que j’exige depuis longtemps. Qu’entend-on par laïcité ? Veut-on singer le modèle français alors que, selon moi, le modèle belge de neutralité me paraît être le plus inclusif ? Si on veut autre chose, alors parlons-en ! Je suis une pure démocrate et je ne demande qu’à en parler. Sur la laïcité, le voile ou autre chose, on en parle et on parvient à un consensus, à un avis majoritaire. Qu’on sorte de ce silence, de ce malaise de certains dans un sens ou un autre. Il faut également sortir de la logique des élus à deux vitesses. Va-t-on continuer à avoir l’impression de n’être que des presse-bouton, des pourvoyeurs de voix ? En ayant un respect pour des candidats issus de la diversité, c’est aussi un respect qu’on affiche pour cet électorat. Les voix de ces candidats sont aussi importantes que d’autres voix.

Quel message voulez-vous adresser à Laurette Onkelinx ?

A elle et d’autres, je veux dire : nous sommes à un moment crucial pour notre parti. Ma décision était difficile et douloureuse parce que j’estime que j’étais à ma place quand d’autres, qui n’ont rien de socialistes, ne le sont pas. Je lui demande de rester vigilante à la construction du collectif et de revenir aux fondamentaux. C’est à ce prix-là que nous retisserons le lien avec le citoyen. Quand je suis arrivé au Parti socialiste, c’était pour le Parti socialiste. Pas pour Philippe Moureaux ou Laurette Onkelinx, qui ont réalisé de grandes choses. Les valeurs du Parti socialiste sont toujours d’actualité. Mais je demande aux dirigeants du PS de faire en sorte qu’il y ait de la transparence, de l’éthique et un respect de tous les élus. Pas de deux poids deux mesures ! Il est hors de question pour moi de devoir prouver deux ou trois fois plus.

Journal télévisé 18/07/2019

Portrait de Nawal Ben Hamou, non réélue comme députée fédérale, et nommée secrétaire d'Etat à la Région bruxellois au détriment de Fadila Laanan.

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