Musées gratuits: une opération "perverse", selon Xavier Canonne

Le Musée de la Photographie, à Mont-sur-Marchienne, a enregistré près de 500 entrées (gratuites) ce dimanche.
Le Musée de la Photographie, à Mont-sur-Marchienne, a enregistré près de 500 entrées (gratuites) ce dimanche. - © Flickr – ines saraiva

A Bruxelles et en Wallonie, plusieurs musées sont gratuits tous les premiers dimanches du mois. Depuis ce week-end, 17 musées supplémentaires participent également à l'action, sur décision de Fadila Laanan. La ministre de la Culture veut ainsi toucher de nouveaux publics. Le Musée de la Photographie a bien ouvert ses portes gratuitement ce dimanche. Les amateurs de photos, eux, sont venus en masse : près du double de la fréquentation normale du musée ! Mais pour son directeur, Xavier Canonne, la mesure représente un énorme manque à gagner. Sans parler des effets pervers à long terme.

Le personnel du musée n'aura pas vécu un dimanche tranquille. La gratuité a séduit les Carolos. "Cela incite les gens à bouger, à aller voir des choses qu’ils ne sont pas habitués à voir, cela facilite la découverte de certaines expositions", nous dit un visiteur.

Reste à voir si la mesure atteindra son objectif. "Cette mesure ne touche sans doute pas le public qu’elle espère viser", réagit d’emblée Xavier Canonne (directeur du Musée de la Photographie). Plutôt que de nouveaux publics, il s'attend à voir affluer une majorité d'habitués.

Et nous l'avons constaté, ils étaient au rendez-vous. "Je crois que c’est la troisième fois que nous venons, déclare cette dame (…) On vient régulièrement au Musée de la Photographie, confirme encore un autre amateur de photos, mais le fait que c’était gratuit, c’est bien aussi !"

Le directeur en convient. Oui à la gratuité, dit Xavier Canonne, mais alors, c'est à la Fédération Wallonie/Bruxelles de la financer. "C’est un manque à gagner énorme ! Les musées vivent en partie sur leur fréquentation. Dans cette période de crise où tous les subsides sont gelés jusqu’en 2016, c’est un élément important. Il faut donc savoir que cette gratuité a un coût, que les musées seuls vont la supporter. C’est une application perverse car à la longue, c’est le public qui va le payer. C’est-à-dire que nous aurons moins de choses à proposer. Nous n’achetons plus d’œuvres d’art depuis deux ans…"

C'est donc contraint et forcé que le Musée de la Photographie ouvre désormais ses portes gratuitement chaque premier dimanche du mois.

Jérôme Durant

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