Mouscron: des habitants furieux de devoir payer pour les travaux dans leur rue

Les habitants de la rue du Plavitout à Mouscron sont furieux. Ebahis et furieux. Motif: ils viennent d’apprendre qu’ils vont devoir mettre la main à la poche pour contribuer au payement des travaux de réfection de leur chaussée.

En clair, les habitants de la rue vont devoir raquer la partie non subsidiée d’aménagements de la rue dans laquelle ils habitent ainsi que la piste cyclable qui la dessert.

Située à l’entrée de Mouscron, non loin du Centre Commercial "Les dauphins", la rue du Plavitout est également proche du zoning, elle compte donc en son sein un nombre assez élevé d’indépendants.

L’affaire a commencé la semaine dernière avec une invitation à une réunion déposée dans toutes les boîtes des habitants de la rue. Toutes? Non, seulement dans celles des privés, pas celles des entreprises ou des indépendants. C’est au cours de cette réunion que les riverains présents ont été mis au parfum de ce qui les attendait. Inutile de dire que la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre.

Nous sommes des pompes à fric

"Un de mes amis, entrepreneur, a été prévenu par son voisin d’en face qu’une réunion se tenait à la commune pour expliquer les travaux qui allaient être réalisés dans la rue, confie Mehdi De Brabandere négociant en pneus dans la rue. Mais moi je n’ai pas été invité ni par courrier, ni par téléphone mais, d’après ce qu’on m’a rapporté, le coût qui va nous être imputé s’élève à 80€ le mètre pour ce qui concerne l’asphalte qu’on va mettre sur la voirie et à 85€ le mètre pour ce qui touche la piste cyclable, une piste cyclable de zoning qui accueille un vélo par jour! Rendez-vous compte avec les 110 mètres de façade de mon commerce, vous multipliez par 165€, cela va me coûter 18 150€ "

À ce stade, seule la piste cyclable a été réalisée, quant à la rue proprement dite, elle est en cours de réfection. Pour Mehdi, c’est normal qu’elle soit à refaire, "avec le trafic que connaît cette rue de zoning il y a plein de trous provoqués par les camions, il n’y a que cinq maisons ici, le reste ce sont des entreprises, donc, oui, c’est normal de refaire la route et que l’on doive contribuer, ce qui est moins normal par contre c’est que seuls les gens de la rue doivent payer! En toute logique, c'est l'ensemble des gens qui passent ici qui devraient contribuer. Je vais mettre une barrière et faire payer un droit de passage à ceux qui passent pour qu’ils contribuent au payement des 18 000€ que je dois", conclut ironiquement le marchand de pneus.

Que dit le bourgmestre?

Du côté de l’hôtel de ville, Alfred Gadenne (cdH), le bourgmestre, tempère "la taxe de voiries a toujours existé à Mouscron, ce n’est pas nouveau, celui qui dit qu’il ne savait pas, il raconte des histoires! Maintenant, je comprends, ils se sont peut-être sentis à l’abri parce qu’ils habitaient un zoning mais il n’y a rien à faire, dès qu’on réalise des travaux on fait la différence entre le subside qu’on obtient pour ces travaux et on fait payer la différence aux citoyens. Tout ce qui est voirie, c’est 50% de subsides et pour la piste cyclable ils ont accordé jusqu’à 75%".

Quand on avance à Alfred Gadenne le poids que représente cette taxe pour les citoyens concernés, le bourgmestre se retourne vers le passé en arguant qu’aucun homme politique n’a jamais trouvé la solution miracle.

La commune fait crédit

Il assure également que la commune offre la possibilité d’un étalement des payements de ces taxes avec, bien entendu, un taux d’intérêt à la clef et ceux-ci sont plus élevés que ceux pratiqués dans les banques.

"Si vous pouvez payer en vingt ans, du coup vous avez aussi une garantie de vingt ans  justifie Alfred Gadenne, c’est-à-dire qu’après avoir payé tous les travaux qui devaient être réalisés dans la voirie pour réparations, vous ne devez plus les payer pendant vingt ans, la voirie est garantie vingt ans. Ce qui faut dire également c’est que nous essayons d’obtenir un maximum de subsides, dans ce cas-ci c’est 50 et 75% de subsides. Je sais que dans les autres villes, ce n’est pas comme cela qu’ils pratiquent, ils font payer une taxe d’urbanisation annuelle. Le problème c’est que c’est uniquement dans les voiries réparées qu’ils sont contents, ici à Mouscron seuls payent ceux qui bénéficient des travaux".

Pour être complet, signalons que Mouscron n'est pas la seule ville à utiliser ce type de taxation. L'Union des Villes et Communes précise que Dison, Plombières, Saint-Nicolas et Waterloo le pratiquent également.

Impossible de faire marche arrière

Et le bourgmestre de conclure que l’abrogation de la taxe telle qu’elle est pratiquée dans sa ville est de toute manière impossible "s’il fallait ristourner tous les citoyens qui ont étalé leur payement depuis vingt ans, c’est impensable, cela demanderait une organisation impossible".

Alfred Gadenne reste de toute façon convaincu qu’au niveau de la taxe voirie l’approche de Mouscron est la meilleure "c’est quand même la personne qui habite l’endroit où les travaux ont été réalisés qui en profite le plus…" sous-entendu, normal donc que ce soit elle qui paye.

Une petite promenade auprès des riverains de la rue du Plavitout nous a montré que cette logique avait ses limites auprès des gens concernés.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

Recevoir