Monument au Congo : la Régie des Bâtiments ne portera pas plainte après la visite du Belang

Le monument est régulièrement vandalisé et encore plus depuis quelques jours.
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Le monument est régulièrement vandalisé et encore plus depuis quelques jours. - © RTBF

Le Monument aux Pionniers belges du Congo refait parler de lui. Implanté dans le parc du Cinquantenaire, celui-ci a reçu ce jeudi la visite de parlementaires du Vlaams Belang. Le sénateur Bob De Brabandere et le député Dries Van Langenhove ont rendu à l’oeuvre son aspect d’origine en y replaçant les mots "l’arabe" et "arabische" en néerlandais à l’endroit d’une inscription effacée dans les années 80.

C’est la énième intervention sur ce monument depuis quelques jours. Mais la Régie des Bâtiments, qui gère pour l’instant les œuvres du parc pour le compte de l’Etat fédéral, n’a pas porté plainte…

Nous vous en parlions le 12 juin dernier. En pleine vague anti-racisme, suite à la mort aux Etats-Unis de George Floyd, des militants en Belgique réclament le déboulonnage des statues coloniales, notamment de Léopold II, artisan de la conquête de cette partie de l’Afrique. Le parc du Cinquantenaire compte un hommage aux colons belges, doublement polémique. Le Monument aux Pionniers belges au Congo (ou Monument du Congo) fait l’éloge des premiers conquérants, venus apporter paix et civilisation aux autochtones.

L’héroïsme militaire belge anéantit l’Arabe esclavagiste

Teinté de paternalisme, le monument inauguré en 1921, comporte plusieurs inscriptions à la gloire de la Belgique et du roi Léopold II. La plus polémique dit : "L’héroïsme militaire belge anéantit l’Arabe esclavagiste". La traite négrière dans le monde arabo-musulman a été une réalité historique. Les colons occidentaux qui viennent sauver les populations locales de l’esclavagisme l’est un peu moins.

En tout cas, l’inscription, jugée offensante en raison de la proximité de la Grande mosquée, a été enlevée dans les années 80 à la demande de la Ligue arabe. Puis replacée en 1992 par d’anciens officiers des campagnes d’Afrique. Avant de disparaître une nouvelle fois. Depuis, des anonymes la rajoutent au marqueur quand d’autres la grattent.

Les "pro et anti" se livrent une bataille acharnée depuis des années autour de ces quelques lettres. Jeudi, c’était donc au tour du Belang de se mêler à l’affaire. Pour la formation, de nature anti-famille royale et anti-Belgique, "si une catégorie de crimes doit présenter des excuses, pourquoi ignorer l’autre ?" L’action de Belang fait suite à l’apparition récente d’un tag "Black lives matter", du nom du mouvement anti-raciste né aux Etats-Unis et d’un "White lives matter. Merci" tagué en rouge voici peu. 

Porter plainte ne servirait à rien

Ce week-end, les inscriptions ajoutées par le Belang avaient déjà disparu. Et le monument a encore une fois fait l’objet d’inscriptions militantes : "10 millions de morts" et "Sans dignité, il n’y a pas de liberté" (une citation du premier Premier ministre congolais Patrice Lumumba). Le tag "Black lives matter" devenu "White lives matter" a été barré d’un "Any live matter" (N’importe quelle vie compte). 

Bref, le Monument au Congo ne ressemble plus à ce qu'il était au début du 20e siècle.

Pour la Régie des Bâtiments, difficile en tout cas de lancer des poursuites contre les auteurs de tous ces actes répétés et récents. "En général, quand une de ses propriétés est concernée, la Régie porte plainte, lorsqu’un vrai endommagement est constaté, lorsque les dégâts sont réels, lorsque le site est abîmé", souligne Catherine Cardoso Nunes, porte-parole. "Quand il s’agit d’un tag, c’est plus compliqué car nous pouvons procéder au nettoyage. Les dégâts sont en général minimes et porter plainte ne servirait à rien" surtout lorsqu’il est impossible (ou presque) d’identifier le ou les auteurs.

La Régie cite l’exemple du Mont des Arts qui "même après un détagage est tagué dès le lendemain". Les interventions, rappelle la Régie, coûte chaque année plusieurs milliers d’euros.

Une signalétique avec l’Africa Museum

C’est encore plus compliqué, ajoute la porte-parole, lorsqu’il s’agit de faits répétés sur des œuvres à haute valeur symbolique, comme le Monument au Congo. Ce qui est certain, c’est que "la Régie des Bâtiments est en discussion avec l’Africa Museum de Tervueren afin de mettre à la disposition des visiteurs du parc des informations, une signalétique qui contextualise le monument. Ceci dans le but d’atténuer préventivement les actes de vandalisme."

Aucune convention n’a été signée en ce sens mais des contacts ont déjà été entamés. Ce projet traîne dans les cartons depuis des années et pourrait rapidement voir le jour.

La Régie ne se prononce pas sur le fond des interventions militantes, dans un sens comme dans l’autre. "La Régie reste neutre. De plus, s’il doit y avoir à terme l’enlèvement de ce monument, cela résultera d’une décision politique, pas d’une décision de la Régie."

Rappelons que la Chambre vient de décider de mettre en place une commission sur le passé colonial de la Belgique. Le Parlement bruxellois travaille, lui, sur la décolonisation de l’espace public.

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