Mont-Saint-Guibert : Stéphanie Binon invente le "One woman sit up show"

Stéphanie Binon seule en scène avec son fauteuil roulant
Stéphanie Binon seule en scène avec son fauteuil roulant - © Karim

"Je n’allais quand même pas faire un stand up avec des roulettes ! C’est un peu compliqué, hein ?"… D’emblée, Stéphanie Binon donne le ton. Tétraplégique suite à un accident survenu lorsqu’elle avait quatorze ans, elle se déplace depuis en fauteuil roulant. Mis à part ce détail, elle mène la vie d’une femme de la quarantaine. Ses mésaventures cocasses, ses galères, ses moments drôles, elle les consigne depuis 2003 dans un blog. Déjà membre d’une troupe de théâtre, elle avait envie de mettre ces récits de vie en scène, dans un one woman show. "Ce sont surtout des anecdotes que n’importe quelle femme pourrait vivre au quotidien, raconte-t-elle. Sauf que le fauteuil rend les choses plus compliquées, plus difficiles ou parfois simplement, avec le recul, plus drôles. J’essaie de transformer tout cela et d’expliquer qu’avec le handicap, on devient tout à coup quelqu’un d’un petit peu extraordinaire. Donc j’essaie de tourner ça en humour".

Je n’ai aucun problème à me moquer de moi

Dans un sketch, elle évoque le jour où elle a glissé dans sa douche et a dû se relever toute seule en mode "warrior". Dans un autre, elle tourne en dérision une de ses rencontres amoureuses. "Il m’avait annoncé qu’il avait changé de voiture pour avoir plus de place pour les fauteuils roulants. "Les" fauteuils ? Il entendait par là ceux de nos futurs enfants, qui forcément allaient eux aussi être porteurs de handicap", s’amuse-t-elle. La comédienne se défend par contre de vouloir dénoncer sa situation ou de faire un spectacle militant : "Je ne dis pas "Vous faites quelque chose de mal", sauf dans un sketch où je dis qu’il faut arrêter de se garer sur les places de parking qui nous sont réservées, parce que ça m’énerve vraiment. J’explique juste que ma situation est celle-là. Je le prends avec humour. Je n’ai aucun problème à me moquer de moi. Je peux aussi parler du handicap des autres et le faire de manière humoristique. Mais je n’ai pas envie de dire que j’ai des droits ou ce que les gens doivent faire. C’est surtout ouvrir les yeux des gens et les sensibiliser à des situations particulières". Elle se permet même des traits d’humour sur le handicap qui seraient peut-être mal perçus si un autre humoriste le faisait. "Dans mon public, j’ai peu de personnes en situation de handicap, mais il y en a. Et le fait que ce soit une personne qui elle-même vit cette situation qui s’en moque, ça passe super bien et ça les fait rire", ajoute-t-elle.

Au "Off" du Festival d’Avignon cet été

Stéphanie a vécu huit ans à Mont-Saint-Guibert avant de déménager avec son mari dans le sud de la France. C’est là qu’elle a donné son premier spectacle, en juin 2019. "C’était génial ! C’était beaucoup d’émotion, parce que je jouais dans une grande salle et parce que, bizarrement, je n’avais pas du tout le trac, se souvient-elle. Les gens surtout ont réagi. Je n’ai eu que des messages positifs et c’était très encourageant". Depuis, son spectacle a pas mal tourné. Elle était dans la banlieue de Lyon cette semaine, où elle participait à un festival du rire, ça première vraie scène humoristique. Ces 14 et 16 février, elle revient sur "ses terres", à Mont-Saint-Guibert, où elle montera – non sans l’aide de quelques spectateurs – sur la scène de la Salle des loisirs. Son projet de reconversion professionnelle commence donc à prendre forme : "Cela fait quelques années que je n’avais pas de travail et j’avais envie de trouver quelque chose qui donne un sens à ma vie, qui soit positif en rapport avec les gens et que j’aime. J’aime vraiment la comédie et le jeu d’acteur. C’est un projet de vie et il faut que je le réussisse d’une manière ou d’une autre", confie la comédienne. Elle rêve de revenir en Belgique pour participer à des festivals d’humour. Elle a par ailleurs déjà son ticket, grâce à une bourse, pour se produire dans le cadre du "Off" du festival d’Avignon, du 20 au 26 juillet prochains. L’idée de tourner avec son spectacle l’enthousiasme, même s’il n’est pas toujours facile pour elle de trouver des salles ou des hôtels adaptés à sa situation. "Mais je fais partie des personnes qui pensent qu’à chaque problème il y a une solution et qu’on arrive à résoudre les problèmes avec le sourire", rétorque-t-elle.

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