Mons: un projet immobilier fait grincer des dents en centre-ville

Thomas et Piron s'apprête à construire un complexe d'appartements de standing, rue Notre-Dame Débonnaire, à deux pas du Beffroi et de la Collégiale Sainte-Waudru. Les riverains se sont mobilisés contre ce projet d'envergure. En vain. Le promoteur immobilier a obtenu les autorisations nécessaires. Les habitants envisagent d'aller en justice, pour empêcher la construction des appartements.

Terrasses avec vue 

C’est un projet de 23 appartements très haut de gamme, "de deux à quatre chambres, les plus grands avoisineront les 200 mètres carré", explique Christophe Corduant, gestionnaire du projet. Une cinquantaine de places de parking sont prévues en sous-sol. Ces appartements seront construits à la place de plusieurs bâtiments existants: l’ancienne maison du gouverneur Emilien Vaes, une immense bâtisse à l’abandon depuis une dizaine d’années, et la conciergerie attenante. Seule restera la porte d’entrée du domaine, qui est classée.

A quoi cela va-t -il ressembler ? De la rue, on promet une architecture "bien intégrée", assez conventionnelle. Ni spécialement moderne ni " copie conforme " des bâtiments anciens. L’arrière, en revanche, sera très différent: beaucoup de terrasses, de baies vitrées, des toits plats, des volumes plus géométriques. Le tout donnera à la fois sur le Beffroi et la Collégiale. La vue sur ces bâtiments historiques est l’argument de vente numéro 1 du promoteur immobilier. 5 appartements sont déjà vendus, "ils ont été conçus sur mesure". Les autres seront mis en vente bientôt, "dans des gammes de prix correspondant à la fourchette haute pour Mons", annonce Thomas et Piron (certainement bien au-delà des 200 000 euros).

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Le domaine, entre le Beffroi et la Collégiale © Thomas et Piron

"Une architecture balnéaire"

Les riverains dénoncent tout d’abord une atteinte à leur intimité. Certaines fenêtres vont donner sur des jardins de particuliers, des pièces de vie. La hauteur des bâtiments risque de gâcher la vue de certains. Autre grief : le type de construction. "Pas du tout adaptée à un centre-ville historique", disent les plaignants. "Des experts de l'urbanisme ont parlé d'architecture balnéaire. Ok pour ce type d’appartement à la côte, mais pas à côté du beffroi de Mons ou de la collégiale. En plus, ce sera visible depuis le parc du Beffroi. Tous les visiteurs vont subir un préjudice. des représentants de l'Unesco se sont opposés à cette construction". Enfin, le chantier leur fait très peur. Le fait que l’on creuse, que l’on détruise des immeubles de cette taille, dans un quartier au sous-sol très fragile, qui abrite des maisons fort anciennes.

L'administration refuse, le ministre autorise

Ce qui exaspère le plus les riverains, c'est que le projet immobilier puisse se concrétiser, alors qu'il a fait l'objet de nombreuses réclamations lors de l'enquête publique, et reçu des avis négatifs par la suite. " A quoi cela sert-il de demander l’avis de techniciens, de spécialistes de l’urbanisme si c’est pour ne pas les écouter ?", demande Cédric Leturcq (voisin direct).

48 réclamations ont été déposées lors de l’enquête publique. Le Collège communal montois a malgré tout approuvé le projet, moyennant des adaptations. Jugeant ces modifications insuffisantes, les riverains ont ensuite déposé des recours auprès de la Région wallonne. L’administration en charge de délivrer les permis a estimé que les recours des riverains étaient recevables. "Dans un docuement de 100 pages, ils expliquent que ça ne peut pas se faire à cet endroit-là, en plein centre historique!" s'enflamme Mario Martinelli, riverain. L'administration a donc rendu un avis défavorable. Quelques semaines plus tard, le projet a pourtant reçu l’aval du ministre. Nous avons sollicité une réaction du ministre Carlo Di Antonio, mais nos demandes sont restées sans réponse.

Un précédent ?

"Outre les problèmes que ce complexe va nous causer à nous, particuliers, cela va créer un dangereux précédent, pour la ville de Mons ", estime Cédric Leturcq. " 8 dérogations ont été octroyées, et non des moindres. Il n’y a plus de limites ! C’est la porte ouverte pour que les promoteurs puissent faire tout et n’importe quoi dans le centre-ville. Je me demande aussi quel particulier aurait réussi à faire le 10ème ou le 20ème de ce genre de projet. Rien que dans la rue, le cabinet d’avocats a dû rénover ses corniches, ils ont été obligés de le faire à l’ancienne, parce que le code de l’urbanisme l’imposait. Tout riverain qui veut rénover se fait la-mi-ner dès qu’il essaye de ne pas respecter les codes. Ici on est dans la liberté totale. Je cherche à comprendre pourquoi", conclut le Montois.

"Attitude typiquement nimby"

C'est l'avis du promoteur, Thomas et Piron, qui regrette "l'acharnement des riverains". "C'est un mauvais procès que l'on nous fait", estime Christophe Corduant. "Le projet a été amendé à de nombreuses reprises, pour tenir compte des remarques des riverains. En effet, l'administration a remis des avis négatifs sur une série de points. Mais bien d'autres éléments très positifs ne sont pas soulevés par ceux qui se plaignent. Notamment sur le plan environnemental, le fait qu'il y ait des parkings, etc. Et c'est au pouvoir politique à arbitrer. Que cela plaise ou non. Les riverains ne veulent pas de ce type de projet, ils ne veulent pas que l'on démolisse le bâtiment, mais rien ne justifie sa conservation. Nous avons le soutien de la ville car le projet cadre avec ce que les autorités souhaitent amener, en centre-ville". Quant au fait que le complexe puisse être visible depuis le parc du beffroi, "c'est vrai. Des parties de toiture seront notamment visibles, plus ou moins selon la saison et le feuillage des arbres. Mais il n'y aura rien de honteux à voir, cela ne sera pas un coup de poing dans le paysage".

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La maison du gouverneur, côté jardin © Thomas et Piron

Un chancre de moins, dit la ville

La ville a donné son feu vert au projet, et Nicolas Martin, l'échevin de l'urbanisme de Mons, a hâte de le voir se concrétiser. "Cette maison du gouverneur, c'est un site symbolique, auquel on va redonner vie. Pour moi, c'est un beau projet, qui a beaucoup évolué depuis ses débuts, avec un grand nombre de modifications. Cela va être une vraie plus-value pour le centre-ville". Les risques engendrés par les travaux (fissures, effondrements...) ne l'effraient pas. "On a prédit l'apocalypse pour le chantier Primark, ça n'a pas eu lieu".

L'ultime recours, toujours possible

Mais uniquement devant le Conseil d’Etat, qui ne se prononcera pas sur le " fond " mais sur la " forme ". Sans recours, le début des travaux pourrait intervenir dans deux mois.

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Des riverains en colère © Charlotte Legrand
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