Mons: permis annulé pour un lotissement haut de gamme... déjà construit !

Coup d'arrêt brutal pour ce projet de 23 appartements très sélect, avec vue sur la Collégiale et le Beffroi. Le Conseil d'Etat, saisi par des riverains, vient d'annuler le permis de bâtir. La victoire de David contre Goliath, estiment les plaignants. L'incertitude demeure quant aux suites de ce projet immobilier. 

"Je vous avoue qu'on est content". Pour Cédric Leturcq, l'arrêt du Conseil d'Etat a un parfum de victoire. "Cela fait plusieurs années que nous nous battons. Que nous entendons 'vous savez, ce projet: il se fera. Avec ou sans vous. Vous risquez juste d'y perdre votre temps, et votre argent". 

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Avec d'autres riverains, il s'est mobilisé, à coup de courriers, de réclamations lors de l'enquête publique, de coups de gueule dans la presse. "Personne ne pensait que nous irions jusqu'au bout". Ils ont fini par saisir le Conseil d'Etat. "Et le droit a triomphé. C'est la victoire de David contre Goliath. La preuve, selon moi, que l'on ne peut pas faire tout et n'importe quoi, parce qu'on a de l'argent et de bonnes relations. Cette demande de permis avait 8 dérogations! C'était la porte ouverte à un tas d'abus!".

Comme un amphithéâtre

Les riverains ont eu gain de cause, soit. Mais entre-temps, les immeubles sont bel et bien construits. "Et ce qu'on dénonçait depuis le début, voilà ce que ça donne", nous montre Cédric Leturcq, depuis son jardin. "Ce pignon, gigantesque. Avec les fenêtres de chambres, d'un living, une grande terrasse qui donnent directement sur notre jardin, nos pièces de vie, notre salle de bain, le dressing...C'est comme si nous étions au milieu d'un amphithéâtre.

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La "perte d'intimité" a été invoquée face au Conseil d'Etat. "Il y avait d'autres motifs, qui n'ont pas tous été retenus. Mais l'arrêt d'annulation, il est là". 

Que va-t-il se passer? "C'est entre les mains de Thomas& Piron", estime le Montois. "Nous nous sommes en tout cas constitués partie civile, devant un juge d'instruction, parce qu'on ne veut pas que ça traîne, que ça redevienne un chancre ou un terrain de jeu pour les squatteurs. On veut que ça avance malgré tout, mais dans le respect de l'arrêt du Conseil d'Etat". 

Que vont devenir ces logements ?

L'entreprise Thomas et Piron a réagi par voie de communiqué, précisant que "la démolition n’est pas à l'ordre du jour" (...) "Nous engagerons bien sûr toutes les démarches nécessaires auprès des autorités pour régulariser la situation administrative (...) Nous prenons acte de la volonté des riverains exprimée par voie de presse d’entrer en dialogue pour ajuster des détails de nature à mieux rencontrer leur intérêt particulier (...)".  

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D'un point de vue très pratique, la balle est pour l'instant revenue dans le camp de la Région Wallonne, dernière autorité à avoir donné son feu vert. "L’annulation a pour effet de placer l’autorité à la veille de sa prise de décision. L’autorité (Willy Borsus et Céline Tellier) dispose donc d’un nouveau délai de 70 jours pour reprendre une nouvelle décision prenant en compte les éléments retenus par le Conseil d’Etat pour prendre son arrêt d’annulation", nous précise-t-on au cabinet de Willy Borsus.

Qu'en est-il de la commercialisation des appartements, pendant ce temps? Une campagne de promotion est en cours. "Elle peut se poursuivre, en veillant à bien informer les candidats-acheteurs de la situation administrative" , affirme Christophe Corduant, gestionnaire du projet pour Thomas et Piron. 

Des comités de riverains reprennent espoir

Le dossier de la rue Notre-Dame Débonnaire est loin d'être clos. On pourrait n'y voir qu'un cas très particulier. Une poignée d'opposants, dressés contre un projet de 23 appartements. Mais d’autres riverains, confrontés à d’autres projets immobiliers un peu hors norme, semblent se tenir en embuscade, comme en train de se dire: "Et pourquoi pas?" 

Dans la cité du Doudou, deux projets immobiliers en particulier suscitent des levées de boucliers. Le projet "Belfius", qui n'en est qu'au stade de l'enquête publique. "Nova Mons", en revanche, à deux pas de la Grand Place, a déjà reçu son permis. Le Conseil d'Etat risque d'en entendre parler, très bientôt. 

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