Mons: les projets de géothermie en centre-ville se concrétisent

L'un des camions vibrateurs utilisés par l'IDEA
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L'un des camions vibrateurs utilisés par l'IDEA - © C Legrand

Une campagne d'inspection du sous-sol débute ce jeudi, à l'aide de camions vibrateurs. Ils vont sillonner la région pendant un mois et demi. La suite passera par le forage de deux puits à 2500 mètres de profondeur, et la construction d'une centrale juste à côté de l'hôpital Ambroise Paré. Le CHU se chauffera bientôt grâce à ces installations géothermiques.

De l'eau chaude en sous-sol

La région de Mons-Borinage possède un atout majeur. Son sous-sol est gorgé d'eau chaude. Une eau à 70 degrés, qui alimente déjà des bâtiments publics à Saint-Ghislain, 350 logements sociaux, la gare, la piscine...  Des puits sont déjà en service, "cela représente une économie d'1million 500 000 litres de mazout chaque année!" précise Caroline Descamps la directrice générale de l'intercommunale IDEA. Il est possible de faire mieux, affirment les spécialistes. IDEA et l'UMONS planchent depuis des dizaines d'années sur de nouveaux projets de géothermie pour alimenter Mons et sa région. "Depuis 15 ans  au moins, nous voulons forer des puits géothermiques pour 'booster' cette transition énergétique", confirme Caroline Descamps. Cela a pris du temps, notamment parce que...  tout cela coûte extrêmement cher. "En 2013, nous avons profité de l'appel à projet européen Feder pour déposer notre projet. En 2017, nous avons reçu l'accord pour la subsidiation. Cela représente quand même 16 millions d'euros".

Détecter les réservoirs d'eau chaude

Il est donc question de forer. Mais où, exactement? Quel est l'endroit le plus favorable? Jusqu'où s'étale ce gigantesque réservoir d'eau chaude, sous les pieds des Montois? Pour l'heure, on manque de données. D'où l'idée de faire passer une "radio" au sous-sol. Des camions vibrateurs vont se charger de l'opération. Ils ne passeront pas inaperçu. Leur look est assez particulier. Ils avancent aussi à vitesse très réduite et s'arrêtent sans cesse, pour faire trembler le sol. "Ils envoient un signal dans le sous-sol, qui va se réfléchir sur les différentes couches du sous-sol", explique le Professeur Olivier Kaufmann (Faculté Polytechnique - UMons). "L'écho sera analysé grâce à un grand nombre de capteurs répartis sur 10km environ autour du camion". C'est un peu comme si l'on procédait à une radiographie du sous-sol. "L'objectif est de mieux comprendre la géométrie du réservoir qui contient l'eau chaude. Quelle est sa forme? sa structure? On ne connait pas dans les détails quels sont les endroits les plus favorables pour aller prélever de l'eau, c'est ça qu'on cherche à imager". La campagne d'inspection va durer jusqu'à la fin du mois de mars. Elle coûtera 1 million d'euros. Les camions devront sillonner 14 communes de la région. Pas d'inquiétude, les vibrations ne représentent aucun danger. "Des mesures du contrôle vibratoire seront réalisées en cours de route, pour s'assurer qu'aucune nuisance ne peut être occasionnée au passage du camion".  Des tests avaient déjà été réalisées en 2012. Sans souci pour les habitants, les immeubles ou les voiries, nous assure-t-on.

Les forages devraient débuter au printemps 2020. L'opération s'annonce délicate. Rendez-vous compte: il s'agira de creuser jusqu'à 2500 mètres de profondeur. Des experts en forage pétrolier vont s'en charger. Tout cela prendra entre six et neuf mois. Puis viendra la construction d'une centrale géothermique, mi 2021. David Charlet, chef du service infrastructures de l'IDEA, nous emmène à l'endroit où sera construite la centrale. "Nous sommes dans le parc communal dit parc des Ursulines. Nous comptons construire une centrale semi-enterrée, très bien intégrée au niveau paysager".  

Que se passera-t-il à l'intérieur du bâtiment? "C'est ici que s'effectueront les échanges de chaleur". Il y aura donc deux forages, un pour prélever l'eau à 70 degrés environ. L'autre pour réinjecter cette eau, après en avoir extrait les calories (la chaleur). "Le transfert se fera dans des conduites calorifugées vers les consommateurs. Et le consommateur le plus proche de la centrale, c'est Ambroise Paré". L'hôpital a signé un contrat de fourniture d'énergie géothermique, dès 2023. Il "achètera" l'eau chaude au prix du gaz, et cela permettra de faire tourner ses installations. Si la centrale est construite à quelques dizaines de mètres de l'hôpital c'est pour limiter au maximum les coûts. "Les forages et les conduites calorifugées représentent un budget très important", confirme Caroline Descamps.

Il y aura donc deux forages, un pour prélever l'eau à 70 degrés environ. L'autre pour réinjecter cette eau, après en avoir extrait les calories (la chaleur)

"Un potentiel d'une vingtaine de puits"

L'IDEA envisage d'étendre son réseau de puits géothermiques. "Nous avons un potentiel d'une vingtaine de puits sur le territoire, qui pourront se déployer pour alimenter tout le coeur du Hainaut". Pour le ministre wallon du Budget, Jean-Luc Crucke, il faut atteindre cet objectif en 2030. "20 doublets comme celui-ci. 19 de plus, c'est possible", a martelé le ministre MR. "On doit aller plus vite, dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce dossier, c'est ça! Oser, risquer, gagner. Et je suis sûr que vous gagnerez".

De son côté, le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio (cdH) a insisté sur la nécessité de clarifier les règles en matière d'exploitation du sous-sol. "Cela suscite toujours des craintes auprès des riverains. Le droit doit évoluer, s'adapter aux évolutions actuelles et futures. Avec ce type de forage, on parle de pomper de l'eau et de la rendre. Pas n'importe comment! Les permis doivent être gérés différemment. Nous devons être attractifs pour les entrepreneurs, mais nous assurer que la gestion des ressources soit durable". 

Archives : Journal télévisé 09/02/2019

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