Mons: en mission avec Mouhamed Sder, le "Capteur logement"

A l'Atelier Recherche Logement (rue Notre-Dame)
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A l'Atelier Recherche Logement (rue Notre-Dame) - © Charlotte Legrand

Ils font leur apparition dans les grandes villes du pays. Les "capteurs logement" ont pour objectif d'aider les personnes en grande précarité à trouver un toit. Qu'elles soient SDF, très endettées, immigrées et/ou à la tête d'une famille nombreuse...ces personnes se font souvent claquer la porte au nez. A Mons, Mouhamed les accompagne.

Combien de maisons et d’appartements a-t-elle déjà visités ? Fatima ne s’en souvient plus, "il y en a trop! Mais les visites m’ont déjà coûté 450 euros, rien qu’en transport en commun !" ajoute-t-elle, dans un sourire. Cet après-midi, on la sent découragée lorsqu’elle arrive à l'Atelier Recherche Logement, rue Notre-Dame. "On va trouver, on y croit !", l’encourage Mouhamed Sder, le "capteur logement". Ensemble, ils épluchent les petites annonces, "celles que j’ai trouvées sur internet, mais aussi le résultat de prospections que je mène, directement en rue".

Cela fait partie de ses missions: démarcher des propriétaires, échanger des contacts pour qu’ils l’appellent "dès qu’ils ont quelque chose", dans l’espoir, à terme, de constituer une base de données. "Cela permettrait d’aller beaucoup plus vite quand on reçoit des demandes pour un 3 chambres par exemple, ce qui est difficile à trouver".

"Ah! Quelque chose à Flénu…C’est trop loin pour toi, ça?" Fatima cherche sur Mons, elle n’a pas de voiture. Flénu, oui…ça risque d’être un peu loin. Ils prennent les références tout de même. "Et celui-ci ? 750 euros de loyer quand même…C’est un peu cher, non?" La jeune femme cherche un trois chambres, pour maximum 600 euros/mois. Elle habite pour l’instant Tournai, avec ses trois enfants, "dans une maison insalubre. La propriétaire est vraiment très très gentille, tu sais, ce n’est pas sa faute", nous explique-t-elle avec son accent qui chante. "Mais il y a beaucoup d’humidité partout dans la maison".

Trois annonces répondent "plus ou moins" aux critères. Mouhamed va maintenant appeler les propriétaires et confirmer les rendez-vous.

 

On le surnomme "Monsieur Maison"

Dans le bureau d’à côté, Routi Draou est plongé dans ses dossiers. Lui, c’est "Monsieur Maison", comme on le surnomme dans le service. Architecte de formation, Routi visite les biens censés être mis en location. "Entre 20 et 30 visites par mois. Je regarde si, techniquement, tout est correct. Par rapport aux critères de la Région Wallonne et mes propres critères". Il nous donne un exemple tout récent : "Un logement soi-disant correct, au regard des critères de la région wallonne, s’avère être une véritable souricière. Des chambres à l’arrière d’une cuisine. Tout en bois. En cas d’incendie, toute la famille pouvait y rester ! ". Il a remis un rapport négatif, les négociations avec le propriétaire se sont arrêtées là. "Mon rôle est aussi d’informer les propriétaires sur les primes, les possibilités de rénover leur bien. Quand ils sont de bonne foi (pas des marchands de sommeil…),on constate qu’ils font des travaux! " En a-t-il croisé souvent, des marchands de sommeil ? "Deux fois depuis mon entrée en service, en décembre 2012. Je me souviens d’une chambre crado, louée à un prix dingue. 550, 600 euros. On n’y aurait pas mis son chien ! Quand on repère ce genre de personnage, on se passe le mot entre services et on les évite! "

 

Fatima, son fils et Mouhamed ont rendez-vous dans une maison du centre-ville montois. 600 euros, 3 chambres, lumineuse, à deux pas du salon de coiffure dans lequel Fatima pense avoir trouvé du travail… "Ce serait parfait", soupire-t-elle. Ils sont en avance et attendent, crispés, sur le trottoir. Le petit garçon ne dit rien, lassé sans doute, de toutes ces visites de maison. Mouhamed ne semble pas très à l’aise, lui non plus. "On va voir comment ces personnes réagissent lorsqu’ils vont nous voir. Ils ne savent rien de Madame. Ils ignorent qu’elle est seule avec 3 enfants, qu’elle n’a pas de travail, qu’elle est africaine… "Autant de critères 'rédhibitoires' pour la plupart des propriétaires. Mouhamed en a fait l’expérience plus d’une fois, lors de ses missions de "capteur logement" mais aussi quand il cherchait un logement. "J’ai été sans domicile fixe. Cette galère, ces angoisses à chaque visite, je les connais. Je les ai vécues, comme tous ceux que j’aide aujourd’hui ". Voilà donc les propriétaires… "Croisez les doigts!", nous demande Fatima.

 

L’accueil est cordial, la visite plutôt rapide. Fatima semble conquise. "Mais c’est pour qui, au fait, ce logement ?", demande la propriétaire en fronçant un peu les sourcils. Pas à pas, Mouhamed dévoile le profil de sa "cliente". "Elle n’a qu’un enfant ?". Non, trois. "Vous n’allez pas débarquer à sept tout d’un coup, c’est certain ? Parce qu’il y a le voisinage… " Betty et Frantz, les propriétaires, multiplient les questions. Quelles sont les opportunités de travail de Fatima? Son parcours? Le montant de ses revenus? Les garanties qu’elle peut amener? Ils s’excusent un peu, "mais vous comprenez, on a eu tellement de mauvaises blagues". Des locataires qui ne paient plus après trois mois. Un roulement infernal dans les locations. Des mensonges. Du tapage nocturne. "On en a ras-le-bol, on a d’ailleurs souvent failli vendre...on veut des gens sérieux ", insistent-ils. Mouhamed rassure au maximum. "S’il y a le moindre problème, je suis là ! On est là pour les locataires mais aussi pour les propriétaires!". L’atmosphère se dégèle peu à peu. Ca discute même déco et couleur des murs. Mouhamed reste rivé sur la prochaine étape, la signature du bail. Il négocie un passage au bureau le jour-même, avec signature de documents officiels. "D’expérience, je sais qu’il vaut mieux aller vite. Battre le fer tant qu’il est chaud. Après, les gens réfléchissent, peuvent avoir d’autres opportunités, et tout tombe à l’eau".

 

L’affaire semble conclue, cette fois-ci. Le fils de Fatima en a retrouvé le sourire. Il a déjà choisi sa chambre...si maman est d’accord! Fatima reste discrète jusqu’au coin de la rue…puis explose de joie, et tombe dans les bras de Mouhamed. L’expérience s’annonce concluante, après deux rendez-vous seulement avec le "capteur logement". C’est rarement aussi rapide, malheureusement. Depuis le début de l'année, une petite dizaine de personnes à la recherche d’un logement ont trouvé un toit, grâce au "capteur".

Charlotte Legrand

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