Mons 2015 : "On est Borègne ou on l'est nié"

La Chaumière de Van Gogh dans le Jardin du Mayeur
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La Chaumière de Van Gogh dans le Jardin du Mayeur - © Sarah Byczkowski

On est borain ou on ne l’est pas, comme le dit la chanson. Que vous le soyez ou non, ce dimanche 10 mai, exceptionnellement, vous pourrez visiter l’exposition star « Van Gogh au Borinage» d’une façon différente : le guide vous parlera en borain. Mais au fait, si vous vous êtes promenés aux alentours du Jardin du Mayeur, vous avez sûrement remarqué une drôle de petite maisonnette. La chaumière des mangeurs de Pommes de terre, qui vous parle en borain aussi.

Celui qui a eu l’idée de la visite spéciale en borain de " Van Gogh ", c’est Matthias Maudoux. Originaire du Borinage et passionné par la langue de la région, il est le guide de cette exposition et accueillera donc 25 visiteurs ce 10 mai pour leur parler en borain : "En tout cas, dire que les visiteurs verront brinmin des cinsiers èyèt des mineurs, c'n'est nié yète é prom''teu d'biôs joûs!" (ndlr: en tous cas, dire que les visiteurs verront beaucoup de fermiers et de mineurs ce n'est pas être un usurpateur). C'est donc une initiative nouvelle pour attirer tous les Montois et les Borains et mettre à l’honneur un langage qui selon lui " ne doit pas se réduire à des vulgarités ou à des familiarités alors que c’est bel et bien une langue à part entière ". Caroline Dumoulin, chargée de mission pour le pôle muséal confirme que " cette visite en borain, c’est l’occasion de tester une nouvelle façon de présenter la culture. Mettre en avant le patois de la ville, c’est aussi une manière de montrer aux Montois que Mons 2015 est ouvert à tous ". C’est déjà le cas depuis janvier puisqu’une chaumière a élu domicile dans le Jardin du Mayeur. A l’intérieur, on découvre une drôle d’installation : des personnages à l’envers accrochés au plafond. C’est en montant les quelques marches que l’on découvre une famille de mangeurs de pommes de terre, inspirée du tableau éponyme de Van Gogh. Grâce au miroir aménagé sous ces statuettes, on est plongé dans la scène : on participe au repas de cette famille boraine et on a le plaisir de les entendre parler dans leur dialecte.

A l’horizon, quelques touristes venus visiter l’étonnante maisonnette mais pas beaucoup de jeunes. Bruno, le "gardien de la Chaumière " nous dit pourtant que " la plupart des visiteurs sont des touristes mais qu'il y a des jeunes aussi parfois, faut pas croire ! ". Alors, les jeunes s’intéressent-ils à cette langue régionale ? Margaux, habitante de Jemappes aime l'idée : " C’est très bien de mettre en avant le borain dans le cadre de Mons 2015 parce que ça fait partie de la culture de la région". Son amie Anissa nuance: " C’est quand même un peu démodé ! Et puis je ne pense pas que beaucoup de jeunes le parlent, c’est davantage les plus vieux ". Il est vrai que les jeunes n’utilisent pas fréquemment ce langage mais ils y restent attachés : " Quand on parle entre nous, notre identité boraine refait parfois surface ! On utilise tous des expressions comme ‘’ché nié’’ pour dire ‘’je ne sais pas’’ ou encore ‘’fieu !’’ ", avoue Stanislas qui fait remarquer que l’hymne de la ducasse "El Doudou" est en patois. Et tout Montois qui se respecte connait la chanson par cœur !

" La langue, c’est la culture "

Les visiteurs de la Chaumière, eux, sont tous d’accord sur l’importance du patois, surtout pour la ville capitale européenne de la culture. Pour Yves, né à Mons et expatrié en Basse-Normandie, ce dialecte a le même statut qu’une autre langue : "Je trouve que les parlers régionaux ont de l’importance et pour moi, on devrait même l’apprendre à l’école comme troisième langue, comme c’est déjà le cas en France. Pourquoi ne pas faire ça ici aussi ! ". Pour un touriste flamand venu spécialement d’Anvers visiter l’exposition Van Gogh, la langue, officielle ou non, fait partie de la culture et doit être sauvegardée : "Quand nous perdons la langue, nous perdons la culture. Et ça ce serait dommage ! Il faut donc garder la langue, la pratiquer pour enrichir la culture !". Bruno, le gardien, confirme : " On ne va pas dire qu’il y en a encore beaucoup qui parlent le borain, en tout cas chez les jeunes, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut le jeter aux oubliettes. C’est le patrimoine montois !".

Mons 2015 a donc fait le pari intéressant de montrer cet autre visage de la culture, et ce sera à découvrir ce 10 mai à 10h30 au BAM. Quelques places sont encore disponibles pour les curieux de dernière minute. (Adresse mail : polemuseal@ville.mons.be). Et ce vendredi soir, à la guinguette littéraire, installée dans le jardin de la Maison Losseau, Mons 2015 propose carrément un attentat dialectal, une soirée à la rencontre du patois, notamment du patois montois, différent du borain.

Sarah Byczkowski

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