Molenbeek va faciliter l'organisation de cours de français pour ses imams

Les imams ont fait appel à la commune de Molenbeek.
Les imams ont fait appel à la commune de Molenbeek. - © DIRK WAEM - BELGA

La commune de Molenbeek-Saint-Jean va permettre aux imams officiant sur son territoire de suivre des cours de français. De quelle manière ? Les autorités viennent d’obtenir un budget de 180.000 euros résultant de la liquidation judiciaire d’une ASBL européenne œuvrant dans le domaine du vivre-ensemble à Bruxelles. Après lancement d’un appel d’offres et sélection d’un organisme de formation, les premiers cours pourraient être donnés, dès 2020. C’est le souhait de la commune.

Une quinzaine d’imams

"Depuis ma prise de fonction, je rencontre des imams de Molenbeek afin de nous entretenir sur divers aspects : sécurité, mobilité et stationnement autour des lieux de culte", explique Catherine Moureaux, la bourgmestre de Molenbeek. "Lors d’une de ces rencontres, une des demandes qui a été remontée est la possibilité de bénéficier de cours de français." L’Exécutif des musulmans de Belgique, qui gère le temporel du cultuel, propose des formations en langue. "Mais, pour des questions d’horaires, de niveaux, celles-ci ne répondent pas totalement à la demande des imams de Molenbeek. Ils sont une quinzaine et ils souhaiteraient avoir un très bon niveau en français. Ce sont des personnes qui sont en Belgique depuis de nombreuses années, qui exercent le culte depuis de nombreuses années et qui n’ont pas de facilités à trouver des formations qui correspondent à leur demande."

Mais voilà : la loi ne permet pas à une autorité publique de mettre sur pied ce type de formations à destination d’une communauté religieuse. "Le hasard a voulu que nous soyons mis au courant de cette liquidation judiciaire. En évoquant le souhait des imams, il est apparu que cela entrait parfaitement dans le cadre de l’objet social de l’ASBL", reprend Amet Gjanaj (PS), l’échevin du Contentieux.

Les 180.000 euros serviront donc à financer une formation que la commune et la quinzaine d’imams intéressées souhaitent sur-mesure. "C’est un budget qui permettrait d’étaler les formations sur deux ans", ajoute Amet Gjanaj. "Plus, ce n’est pas possible. On se doute que ce projet va intéresser d’autres imams mais nous ne pouvons pas aller au-delà."

Il n’y a pas un centime d’argent public

L’initiative soulève toutefois des questions. Est-ce le rôle d’une autorité publique d’impulser pareille initiative ? Aujourd’hui, "on fait se rencontrer une demande des imams avec une demande d’une liquidation. On fait se rencontrer deux demandes privées. Il n’y a pas d’argent public engagé dans ce projet. La commune sert de boîte aux lettres en quelque sorte. Nous avons finalement trouvé, je pense, une solution assez originale", justifie Catherine Moureaux. Elle insiste : "Pas un centime d’argent public ne sera débloqué pour ce projet !"

Enfin, des voix se font entendre pour l’émergence d’un islam de Belgique avec des ministres du culte formés en Belgique. "Les imams viennent d’un peu partout, beaucoup viennent du Maroc mais vivent en Belgique depuis de nombreuses années. Certains viennent de Guinée, d’Albanie, de Mauritanie… Le projet n’a pas pour but de former des personnes qui viennent d’arriver dans notre pays mais des imams qui exercent déjà."

La bourgmestre avance la volonté de ces personnalités religieuses locales de s’intégrer davantage au travers de l’apprentissage du français. "La plupart ont une connaissance livresque du français. Ils sont donc plus hésitants quand il faut prendre la parole ou bien se faire comprendre. Ils sont demandeurs de communiquer avec tout le monde, tant leurs fidèles qui sont de toutes origines, qu’avec les autorités et les autres habitants de la commune. Ils sont également bien conscients qu’ils ne peuvent pas faire ou dire n’importe quoi et donc ils veulent pouvoir se faire parfaitement comprendre en français."

Une évaluation du projet sera menée au terme des formations.

Rappelons que Molenbeek compte 22 lieux de culte islamique.

C'est de l'ingérence

A la suite de la diffusion de cette information par la RTBF, Ahmed El Khannouss, de l'opposition cdH a critiqué l'idée sur Facebook, parlant d'ingérence du politique dans le cultuel. Pour lui, les 180.000 euros méritent d'autres urgences comme l'enseignement à Molenbeek.

 

Michaël Vossaert, conseiller communal DéFI (opposition) exprime également son étonnement quant à ce projet. "Je ne comprends pas cette décision de la majorité PS-MR", rédige celui-ci dans un tweet. "Les moyens financiers dont on parle devraient être investis dans nos écoles et dans un plan d'action emploi-formation en partenariat avec la Région. C'est ça la priorité."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK