Mister Mondialisation, le (très) discret carolo star du web

Mister Mondialisation, le – très – discret carolo star du web
Mister Mondialisation, le – très – discret carolo star du web - © Tous droits réservés

Si vous êtes assidu des réseaux sociaux, et si vous êtes un peu branché "altermondialisme", vous connaissez certainement Mister Mondialisation. Mister Mondialisation, c'est un blog, et une page Facebook, qui évoquent les méfaits de la mondialisation et les solutions alternatives. Le succès est grand, près de 10 millions de visiteurs par semaine sur Facebook, et pourtant, personne ne connaît l'identité du créateur du concept. C'est normal, il a choisi de rester anonyme.

Mais pour la première fois, il a accepté de s'exprimer sur Vivacité : Mister Mondialisation, c'est un Belge, il est originaire de Charleroi.

Les premiers contacts ont été pris via Facebook, puisque c'est là qu'il se "cache". A vrai dire, le blogueur masqué ne voulait pas du tout entendre parler d'interview radio. Il ne répond qu'à la presse écrite, ça lui évite de rencontrer le journaliste.

Les pourparlers ont duré un an mais ont finalement abouti à une rencontre en chair et en os, lors d'un bref séjour à Charleroi (il habite le plus souvent au Japon).

Il est arrivé discrètement, presque timide. La voix est douce, le sourire franc. Hésitant au début, puis s'enflammant pour défendre ses projets, ses idées. Il sourit, rit même, se détend.

Sérieux soudain, en plein questionnement, très conscient des responsabilités générées par ce succès international qui ne cesse de croître. Une heure plus tard, cette belle personne s'éclipse dans un dernier sourire franc et une poignée de main solide, déjà pressé de retourner à Tokyo, sa tanière.

Mister Mondialisation : "Tout a commencé à Charleroi, voici une dizaine d’années. J’étais encore étudiant. Je tenais un petit blog concernant la mondialisation, et je posais des questions. J’étais suivi par une petite centaine de personnes. Ca a évolué avec les années, de plus en plus de personnes ont suivi ce que je racontais et 10 ans plus tard, ça a pris la forme d’un blog et d’un travail quotidien."

C. Borowiak : Il y a eu aussi un moment charnière, celui de la diffusion en 2012, de votre vidéo "Vous êtes l’évolution", pour laquelle vous avez repris le discours de Charlie Chaplin dans le film "le Dictateur ", et que vous avez illustré d’images dénonçant les méfaits de la mondialisation.

"Oui tout à fait, c’est ça qui a déclenché un mouvement plus général et international parce que la vidéo a fait le tour du monde francophone. Et là, soudainement, j’ai eu plusieurs dizaines de milliers de personnes qui sont arrivées sur la page Facebook. Ca a généré quelque chose de nouveau et j’ai dû travailler avec ça, évoluer avec ce projet. Aujourd’hui, en moyenne, on est à +7000 personnes chaque semaine ! Ce n’est pas toujours facile à gérer, mais c’est très intéressant. "

Sur la page Facebook, nous avons des internautes de près de 80 pays qui nous suivent ! Pour être honnête, nous avons plus de 60% des gens qui sont des Français, 30% des Belges, et les 10% restants se distribuent dans le monde entier, mais principalement dans les pays francophones."

Qu’est-ce qui fait le succès de votre site, pourquoi les gens accrochent et reviennent, de plus en plus nombreux ?

"Ha ça, j’aimerais bien qu’on me le dise (rires). Dès le départ, j’ai été naturel dans ma démarche. J’ai essayé d’être moi-même, dans ce que j’exprime, dans ce que partage. Pourquoi ça fonctionne et pourquoi j’ai un retour si positif ? Je n’ai pas de réponse à cette question."

Le livre de l’écrivain français Stéphane Hessel, "Indignez-vous", est une étape de votre processus ?

"Pas particulièrement. Il a été évidemment un élément clé dans un mouvement beaucoup plus large d’indignation, de réflexion. Mais peut-être qu’à la lecture du livre, certains se sont tournés vers quelque chose de plus redondant dans l’information, de plus actif. Donc oui, des liens avec le livre de Stéphane Hessel il y en a, mais ça n’a pas été un tournant particulier dans mon travail."

Vous travaillez sur tout ce qui est alter-mondialisme, décroissance, société différente ?

"Je fais les liens entre des informations qui concernent l’objection de croissance, relativement modérées, on n’est pas du tout dans une posture extrême. Je parle également des solutions pour créer un avenir serein, des idées citoyennes, des projets concrets, des projets lancés en crowdfunding, etc. mais également des critiques de problématiques liées à la mondialisation, bien sûr."

Vous avez parfois dit que vous ne faisiez pas de politique, mais c’est une démarche qui l’est, par nature !

"Par nature, oui c’est politique, et dès qu’on s’exprime, surtout avec 700 000 personnes qui nous lisent, oui c’est clairement une démarche politique. Mais c’est une démarche qui est aussi 'a-partisane'. Et je pense que c’est ce mot-là qui devrait être utilisé plutôt que 'a-politique'. Nous sommes 'a-partisans' dans la mesure où nous n’avons pas de partis politiques autour de nous, ce qui serait incohérent parce que nous sommes à un niveau international !"

Dès que vous vous exprimez, il y a également des gens qui ne sont pas vraiment d’accord avec vous et qui vous le font savoir…

"Oui, c’est le 'jeu' d’internet, j’ai envie de dire. On s’y exprime beaucoup plus facilement. J’ai l’impression que beaucoup de personnes essayent de détruire ceux qui essaient de construire quelque chose. Après, la critique, quand elle est constructive, est évidemment la bienvenue. Il est souvent arrivé que je réoriente une information ou un avis en fonction des retours que j’ai de mes lecteurs."

Et à contrario, vous avez beaucoup de retours de personnes qui vous contactent et qui vous parlent de sujets qui leur tiennent à cœur…

"Oui ! la majorité des personnes et des messages que nous recevons sont infiniment positifs et porteurs d’espoirs. Moi ce que je retiens c’est que j’ai énormément de messages de personnes qui ont des solutions en tête, qui les concrétisent, qui sont positives dans leur démarche, et ça c’est une évolution que j’ai remarquée ces dernières années dans les messages que je reçois.

Avant on était plus dans une posture de fatalisme, de négativisme, alors que maintenant, les gens sont plus dans une démarche de passage à l’acte, de réflexion, de mise en pratique d’idées, de changement de mode de vie etc. C’est lent évidemment, c’est un petit début d’un changement qu’on aimerait bien voir ! Je crois que quoi qu’il arrive, la société a toujours évolué, et on est en phase de changements globaux, dans le positif comme dans le négatif. La crise environnementale est à nos portes, la crise climatique également, et on va devoir travailler avec ça malgré tout. Mais la société avance, et j’ose espérer que les citoyens sont de plus en plus conscients des enjeux auxquels on doit faire face."

Aujourd’hui, la gestion de votre blog et Facebook vous prennent tout votre temps, et c’est devenu votre activité principale?

"Oui, en moyenne c’est de 10 à 12 h par jour! Et mes derniers congés doivent remonter à l’année dernière ! (rires). Oui, ça prend énormément de temps, mais c’est devenu une passion pour moi (en fait ça a toujours été une passion) et je ne considère pas cela comme un travail. C’est une activité libre, tout simplement.

Nous sommes entièrement financés par les internautes. Ce sont des dons libres que nous recevons, et qui nous permettent de payer le travail fourni, et notamment un journaliste à mi-temps, qui a justement été engagé ce mois de mars. C’est un grand changement pour nous!

L’argent est aussi consacré aux serveurs : le site internet nécessite des gros serveurs, vu que nous avons des millions de personnes sur le site. Tout ce qui est maintenance informatique aussi, car il faut entretenir le site. Donc il y a tout un travail derrière qui est en fait bien plus complexe que ne peuvent l’imaginer les gens qui nous lisent sur Facebook."

On parle toujours de Mr Mondialisation, mais en fait vous êtes une équipe ?

"Oui, maintenant on peut parler d’équipe. Le développement a été lent, évidemment, et étape par étape. Mais effectivement, aujourd’hui il y a un petit groupe, de deux à trois personnes, et ça se développe, et je ne sais pas ce que ça deviendra dans quelques années !"

Justement, qu’est-ce que vous pouvez envisager comme suites ?

"C’est d’être de plus en plus cohérents, d’être de plus en plus actifs sur le terrain. Nous avons plein d’idées, ça que nous n’en manquons pas, mais nous avons besoin de moyens pour nous développer. On a besoin de créer des structures, d'avoir des travailleurs qui sont derrière nous. Donc, à titre personnel, je ne peux plus porter ce projet uniquement sur mes épaules, ce n’est plus possible."

Vous revendiquez l’anonymat, mais pourquoi?

"Ha, c’est une bonne question ! (rires) Je peux répondre de deux manières : tout d’abord ça fait partie, je ne vais pas dire du concept, mais du personnage. Monsieur Mondialisation, ce n’est pas moi à titre personnel, c’est un personnage, qui a été créé, qui est vivant. Il porte un masque, et quelque part, un masque d’idées que tout le monde peut porter. On a des valeurs, vous pouvez vous aussi porter ces valeurs positives de changement. Donc ça, c’est l’idée d’anonymat: tout le monde peut devenir ce personnage, ces personnes en même temps.

Ensuite, nous partons du constat que en politique, en général et dans les média, c’est la personnalité qui est mise en avant: la personnalité des gens, leur visage, leur carrière. Nous, on se soustrait de ces problématiques, on est uniquement dans le concret, les idées, les faits. Et c’est une manière de lutter contre le culte de la personnalité."

Et ça n’a pas l’air de déranger les internautes!

"Au contraire ! Il y a un article qui est paru à notre sujet, et qui disait 'Monsieur Mondialisation lève le voile' et les réactions ont été : 'Non, ne faites surtout pas ça, ne dites pas qui vous êtes'. Donner une identité n’aurait aucun sens, ce sont vraiment les idées qui comptent ici."

Ce qu’on peut dire quand même, puisque vous êtes d’accord qu’on l’évoque, c’est que vous êtes carolo!

"Oui, effectivement, je suis originaire de Charleroi (sourire). Même si je n’y suis plus à temps plein ! Je me suis toujours considéré comme un citoyen du monde donc, je travaille à d’autres endroits du monde, et notamment à Tokyo une grande partie de l’année."

Néanmoins, est-ce que vous suivez les changements que connaît la ville ces dernières années?

"De manière générale, je pense que j’ai un rapport très conflictuel avec Charleroi. J’adore ma ville et ma région, Je n’en n’ai pas un regard négatif ni noir comme on peut en donner dans certains média. Mais je pense que ma logique anti-industrielle et ma critique de la mondialisation peuvent quand même être liées à Charleroi: les délocalisations, son secteur industriel qui est très visible tout autour de la ville… Maintenant, à l’heure actuelle, j’ai observé des évolutions très positives à Charleroi, notamment dans le domaine culturel. Et j’ai beaucoup de jeunes carolos qui me contactent, et m’envoient des messages privés pour expliquer ce qui se passe dans leur région ou demander un peu de médiatisation sur internet."

Vous devenez un peu une référence ?

"Hou, je n’irai pas jusque -là ! (rires) Mais sur un million de personnes qui nous suivent sur internet, pour rechercher des solutions durables pour l’avenir et voir ce que nous proposons comme une critique du monde actuel, j’imagine que oui, pour certains, nous devenons une référence. "

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