Mineurs derrière les barreaux: "L'enfermement ne m'a pas aidé à réfléchir sur mon délit"

Après des faits très violents, Matteo a été jugé comme un adulte. Après plusieurs mois d'enfermement, il est aujourd'hui libre et en procédure de médiation pénale.
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Après des faits très violents, Matteo a été jugé comme un adulte. Après plusieurs mois d'enfermement, il est aujourd'hui libre et en procédure de médiation pénale. - © Laurence LENNE-RTBF

Quelle justice pour un mineur d'âge qui a commis un grave délit? En Belgique, soit il ressort du juge de la jeunesse et écope de mesures spécifiques. Soit, le juge de la jeunesse se dessaisit, et le mineur est alors jugé comme un adulte.
A Namur une exposition a lieu en ce moment sur le sujet. Avec au centre des débats: l'enfermement de ces jeunes, en IPPJ (Institution publique de protection de la jeunesse),  en centre fermé ou en prison. On les appelle "les dessaisis".

Le témoignage de Matteo, privé de liberté après des faits très violents

Matteo a dérapé lourdement quand il était mineur et a été privé de liberté.

"J'avais 17 ans quand j'ai commis des faits très violents. J'ai été en fuite, puis j'ai été arrêté. J'ai alors été enfermé dans une section fermée d'une IPPJ" explique Matteo. Sur la nature de ses actes, il ne nous en dira pas plus. Mais il le sait, c'est grave.

"Je sais que ce que j'ai fait est très grave. Le juge de la jeunesse s'est dessaisi du dossier. J'allais être jugé comme un adulte malgré mes 17 ans".

¨Etre enfermé, pour moi, ça ne va pas rendre le jeune plus calme, ça peut rendre fou"

"Je suis arrivé au centre, j'ai été enfermé toute la journée. Et puis les 3 jours qui ont suivi, je suis resté ainsi enfermé dans ma chambre. J'allais souvent en isolement car je me disputais souvent avec des jeunes qui me provoquaient."

Matteo est aussi frappé par le poids de son dossier qui prenait le pas sur sa personnalité.

"Je n'avais pas l'impression que l'on cherchait à comprendre qui j'étais. Comme j'avais commis des faits très violents, j'étais comme résumé à cela. A mon dossier. A part quelques éducateurs qui eux sortaient du lot et avec qui j'ai pu parler."

Matteo n'a pas non plus le sentiment que l'enfermement l'a aidé à évoluer.

"Etre enfermé dans ce centre, ça ne m'a pas aidé à réfléchir sur ce que j'ai fait, sur mon délit et  sur mon avenir. C'est grâce à ma famille que j'ai pu avancer. quand j'ai vu le mal que je leur avais fait. Etre enfermé, pour moi, ça ne va pas rendre le jeune plus calme, ça peut rendre fou."  

Aujourd'hui, Matteo a 18 ans, il est libre et vit chez ses parents. Il risquait une peine de prison ferme lourde. Actuellement, il est en procédure de médiation et doit revoir bientôt le procureur du roi.

"Je suis comme en sursis, je ne peux plus déconner. Je sais que repartir de zéro, je ne saurai pas. Mais je veux rester droit dans mes baskets et ne plus faire de  bêtises. J'ai causé trop de mal à ma famille. Je suis en médiation pour l'instant mais la victime n'a pas trop envie de me rencontrer. On va voir".   

Le dessaisissement en Belgique: l'enfermement en débat

La mesure date de 1965, et actuellement, suite à l'élargissement des compétences aux communautés, la loi sur la protection de la jeunesse est en réforme. C'est en Fédération-Wallonie-Bruxelles que le chantier de réforme est le plus avancé, et pour l'instant l'avant-projet maintient le dessaisissement. 

"Toute la question est de savoir si l'enfermement a des vertus correctrices ou non" explique jacques Fierens, professeur de droit de la jeunesse à l'Université de Namur, à Liège et à l'UCL. "Certains jeunes sont dangereux pour la société, la détention pourrait être maintenue en défense sociale pour eux, exceptionnellement. Mais l'enfermement pour tous les mineurs, c'est contraire à la convention des droits de l'enfant."  

Les associations de défense de droits de l'enfant pour la suppression de dessaisissement

Pour le directeur de l' association internationale Défense des enfants Belgique (DEI),  Benoit Van Keirsbilk, il faut supprimer le dessaisissement et éviter la détention des mineurs au profit des mesures éducatives. "Il faut trouver des alternatives. des encadrements éducatifs qui permettent la réinsertion du jeune. Cela évolue déjà dans ce sens au centre fermé de Saint-Hubert, il faut continuer et aller plus loin".

La commission nationale des droits de l'enfant, qui regroupe toutes les instances actives dans la défense des droits de l'enfant en Belgique vient (via son organe d'avis indépendant)  de remettre un avis qui demande aux communautés de supprimer le dessaisissement.

Exposition photo "Au travers des barreaux" à Namur

"Au travers des barreaux" est une exposition réalisée par l'association de Défense des enfants en 2015. Des jeunes du centre fermé de Saint-Hubert ont photographié et expliqué leur quotidien lors d'ateliers animés par un photographe professionnel.
Cette exposition est à à voir jusqu'au mercredi 29 mars à la faculté de droit de l'Université de Namur.

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