Libération de Michelle Martin: le parquet se pourvoit en cassation

Michèle Martin lors de son procès aux Assises en 2004.
Michèle Martin lors de son procès aux Assises en 2004. - © Belga

Le tribunal d'application des peines de Mons a répondu favorablement à la demande de libération conditionnelle de Michelle Martin. Cette dernière ira dans une communauté monastique, le monastère des Clarisses, à Malonne. Le parquet a décidé de se pourvoir en Cassation. Elle ne sortira donc pas tout de suite.

Le procureur général de la Cour d'Appel, Claude Michaux, a décidé de se pourvoir en Cassation contre la décision du tribunal d'application des peines. Ce pourvoi étant suspensif pendant 30 jours, Michelle Martin ne pourra pas sortir tout de suite.

Interrogé en début d'après-midi, Claude Michaux déplorait la décision du tribunal. "J'avais voici un an déploré cette situation et rien n'a changé. Si j'en avais la possibilité, j'aurais fait appel car si je ne suis pas opposé à une libération en soi une fois que les conditions sont remplies, j'estime que la libération conditionnelle devait être précédée d'un congé pénitentiaire. La libération est précipitée à ce stade."

Certaines victimes, elles, avaient déjà annoncé un recours. "Nous avons introduit un pourvoi juste après que la décision a été rendue. Nous rédigerons le mémoire ultérieurement car nous n'avons pas encore reçu le jugement. C'est un peu comme si j'allais annoncer dans un hôpital que mon frère était blessé mais en son absence", a commenté l'avocat de Jean-Denis Lejeune et Laetitia Delhez.

Me Georges-Henri Beauthier n'est pas surpris par la décision rendue mardi par le TAP mais s'interroge sur les conditions imposées par le tribunal. "Nous ne sommes pas contre une libération mais pas à n'importe quelles conditions. Concernant l'indemnisation, rien ne semble vraiment prévu. Michelle Martin travaillerait et se verrait en échange offrir le gîte et le couvert. On appelle cela du travail au noir", a déclaré l'avocat.

Comme la loi ne prévoit pas un pourvoi en Cassation des parties civiles, ce recours sera probablement déclaré irrecevable. Ce qui permettra aux victimes de s'adresser à la Cour européenne des droits de l'homme, tous les recours étant épuisés en Belgique.

En théorie, le détenu dispose lui-aussi d'une possibilité de recours (15 jours théoriques). Peu envisageable, puisque Michelle Martin a vu sa demande accordée.

Une libération sous conditions

Ce mardi matin, le tribunal d'application des peines de Mons a accordé une libération conditionnelle à l'ex-femme de Marc Dutroux. Le tribunal justifie sa décision par le faible risque de récidive, par l'attitude respectueuse de Michelle Martin vis-à-vis des familles des victimes mais s'appuie aussi sur les rapports psychosociaux positifs qui ont été rédigés par les différents services concernés.

La libération de Michelle Martin se fait donc sous conditions. Parmi celles-ci, on retrouve l'obligation de ne pas commettre d'infraction, d'habiter à une adresse fixe connue, de poursuivre les indemnités et l'interdiction d'entrer en contact avec les victimes (et de résider en province de Luimbourg ou de Liège). Tout contact avec les médias est proscrit. Michelle Martin se voit également contrainte de suivre un accompagnement psychologique.

En contre-partie de ces conditions, l'ex-épouse de Marc Dutroux pourra résider au monastère des Clarisses, à Malonne. Elle y sera nourrie et logée mais devra y travailler 4 heures par jour, à raison de 5 jours par semaine.

Le monastère des Clarisses s'explique

Les soeurs de Malonne ont expliqué via communiqué leur décision. "Notre chemin communautaire a croisé celui de Madame Martin à travers la demande de ses avocats. Ce fut un défi pour nous, bouleversées que nous étions par l'horrible souffrance des victimes et de leurs familles qui ont traversé l'enfer que l'on sait", peut-on lire dans ce communiqué.

Les sœurs précisent avoir cherché à vivre au mieux cette tension. "Comment porter ces deux réalités à la fois ? Ce ne fut pas facile... Notre coeur de femmes en a été troublé. Nous avons choisi d'accueillir ces deux souffrances l'une avec l'autre."

Les membres de la communauté du couvent de Malonne précisent aussi que chacune d'elles a pu débattre avec franchise du sujet. Reste que les sœurs ont dit oui à la venue de Michelle Martin à deux conditions : que la justice soit respectée et qu'une réinsertion soit envisageable.

La cinquième demande

C'est la cinquième fois qu'une libération de Michelle Martin était analysée. Mais, selon son avocat, elle ne l'a demandé elle-même qu'à deux reprises.

Des demandes d'examen en vue d'une éventuelle libération conditionnelle sont introduites périodiquement par les directeurs d'établissements pénitentiaires, explique Me Moreau. "En ce qui concerne Mme Martin, nous n'avons proposé quelque chose de concret qu'à deux reprises", précise-t-il.

Elle a été condamnée en 2004 à 30 ans de prison par la cour d’assises d'Arlon. Michelle Martin a notamment été reconnue coupable d'avoir séquestré Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Lætitia.

Comme elle a déjà purgé un peu plus de la moitié de sa peine, l’ex-épouse de Marc Dutroux était en droit de demander une libération sous conditions.

L'an dernier, son projet de reclassement dans une communauté religieuse en France était vite venu aux oreilles du ministre français de la Justice. Celui-ci avait refusé la demande.

L'avocat de M. Martin: "essayer de se racheter"

Maître Thierry Moreau, avocat de Michèle Martin, estime aujourd'hui que sa cliente est prête à sortir de prison. Nous avons recueilli sa réaction ce matin. "Tous les acteurs qui l’on entourée ont pu constater que c’est quelqu’un qui s’est d’abord déconstruit puis reconstruit, avec l’aide des personnes présentes en détention et qui l’ont encadrée (…) Je crois vraiment que la femme qui sort aujourd’hui n’est pas la femme qui est entrée en 1996."

Cela dit, précise Maître Moreau, rien n’est effacé. "Pour Mme Martin, rien n’est effacé. Elle le dit d’ailleurs elle-même : sa culpabilité la poursuivra jusque dans la tombe. Mais elle ne sait plus rien rattraper. La seule chose qui reste à faire, c’est d’essayer de se racheter."

RTBF

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