Meurtre de Sadia Sheikh : Mudusar intervient après l'audition d'un expert

Le 22 octobre 2007, à Lodelinsart, Sadia Sheikh était abattue par son frère Mudusar parce qu'elle refusait un mariage arrangé au Pakistan.
Le 22 octobre 2007, à Lodelinsart, Sadia Sheikh était abattue par son frère Mudusar parce qu'elle refusait un mariage arrangé au Pakistan. - © RTBF

Après l'audition des experts judiciaires, la cour d'assises du Hainaut a entamé ce lundi matin la deuxième semaine du procès de la famille Sheikh, avec le défilé de témoins et de certains spécialistes - notamment en mariage forcé.

Le 22 octobre 2007, à Lodelinsart, Sadia Sheikh était abattue par son frère Mudusar parce qu'elle refusait un mariage arrangé au Pakistan. L'accusation défend la thèse du complot familial pour ce crime d'honneur.

Un coup de théâtre est pourtant survenu dès le premier jour du procès. Poussant le sacrifice jusqu'au bout, Mudusar reconnaît pour la première fois la préméditation mais aussi sa volonté de tuer Sariya, sa sœur cadette. Un aveu qui tente à disculper la jeune fille, assise à ses côtés dans le box des accusés.

Étonnamment, personne ne réagit à ces aveux, ni le président, ni le ministère public, ni même la défense.

Un mutisme stratégique peut-être, dans le chef de cette dernière, qui permettrait, à l'échéance du procès, un pourvoi en cassation.

Cette première approche des faits met aussi en évidence les mensonges de Mudusar et de Sariya sur le timing. La téléphonie démontre, sans appel, que Sadia a été abattue dans un laps de temps très court : trois minutes au maximum. Une véritable exécution en contradiction avec la version des accusés qui avancent une discussion de 20 minutes avant les tirs.

Alors, complot familial ou acte isolé d'un Mudusar garant des traditions  familiales, après la perte d'autorité d'un père infidèle qui envisageait de refaire sa vie au Pakistan ? La question reste ouverte.

Parole aux témoins et spécialistes

Après avoir entendu les experts judiciaires – notamment ceux de la balistique –, cette deuxième semaine du procès sera consacrée à l’audition de spécialistes : des psychologues, un iman, deux spécialistes de mariages forcés viendront aussi à la barre.

La notion de crime d'honneur a longuement été abordée ce matin dans le procès de la famille de Sadia Sheikh.
Selon Simon Peterman, docteur en sciences politiques : "dans la communauté pakistanaise la femme est la propriété de l'homme. Se soustraire au mariage est une atteinte grave à l'honneur. Le père ou le frère n'a dès lors pas d'autre issue que de tuer la jeune femme. Les meurtres sont approuvés par l'opinion communautaire pakistanaise puisque commis dans le respect de la culture tribale". Le témoin a précisé aussi que le meurtrier n'éprouvait aucun remords. Le regard des autres est en effet plus important pour lui que la vie de la femme. L'expert a également souligné que, dans ces pratiques séculaires qui n'ont aucun lien avec la religion musulmane,  l'intéressé est investi d'une mission : rétablir l'honneur bafoué.

Le président, Olivier Delmarche, s’est alors enquis de savoir si le meurtre de Sadia pouvait être qualifié de crime d'honneur. Simon Peterman a répondu qu'il existait une corrélation évidente entre l'homicide perpétré et les comportements du cercle familial. "Si le conseil de famille n'est pas obligatoire pour décider la mise à mort, il ne s'agit pas pour autant d'une décision unilatérale. En tant que fils unique, il peut y avoir une désignation tacite pour restaurer l'honneur familial." Selon l'expert : pour Mudusar, étant fils unique, et le père restant en retrait, il lui incombait de rétablir l'honneur familial.
Enfin, toujours d’après Simon Peterman, les femmes sont la propriété de l'homme et elles sont les garantes de la tradition en ce qui concerne la soumission des plus jeunes filles. Elles interviennent directement ou indirectement dans l'élimination de celle qui s'est révélée déficiente.

Intervention de Mudusar Sheikh

Après que la notion de crime d'honneur ait été longuement débattue, Mudusar Sheikh est intervenu pour préciser que la notion d'intégration était, selon lui, toute relative. Pour lui, les Pakistanais sont différents par leur couleur de peau mais également par leur nom. "Il s'agit plutôt d'assimilation. Mes parents parlent français et nous fêtons Noël. Mes soeurs sortent, elles ont un permis de conduire et elles font des transactions financières. On a toujours essayé de concilier les deux cultures. Même si ce n'est pas facile. Au Pakistan, il est inconcevable qu'une femme parle à un homme. Ici, maman travaillait dans les commerces de mon père."
L'accusé a ajouté qu'après avoir longuement réfléchi et analysé les débats, il estimait qu'il ne s'agissait pas d'une crime d'honneur, mais de déshonneur. "J'ai jeté à l'eau tous les principes d'éducation de mes parents. L'honneur, ce n'est pas salir sa famille", a-t-il conclu.

Ce sont les psychiatres et psychologues qui seront ensuite entendus à la barre des témoins.

Ghislaine Bonaventure, Christine Borowiak, Belga, Daniel Barbieux

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