Meurtre de Sadia Sheikh : les plaidoiries ont commencé

La semaine dernière, lors du procès des meurtriers de Sadia Sheikh, de nombreux témoins ont été appelés à la barre.
La semaine dernière, lors du procès des meurtriers de Sadia Sheikh, de nombreux témoins ont été appelés à la barre. - © RTBF

A la cour d'assises de Mons, le procès des assassins présumés de Sadia Sheikh entre dans sa troisième semaine. Une semaine qui sera consacrée aux plaidoiries des avocats.

La deuxième semaine du procès, soit celle qui vient de s’écouler, a vu défiler de nombreux témoins. Parmi ceux-ci, le moment fort a été le témoignage de Jean Navarre, le compagnon de Sadia. Il a raconté la pression que  la famille mettait sur Sadia,  avec des menaces de mort à la clé, pour elle, pour lui. Les dernières semaines, a-t-il précisé, Sadia était empreinte d'un fatalisme de plus en plus grand, comme si elle avait compris que sa mort était inéluctable. Elle avait d'ailleurs préparé Jean, lui demandant de réfléchir à l'éventualité de sa disparition.

Les amis et professeurs de Sadia Sheikh ont également été appelés à la barre, ceux de Vauban et ceux de l'Université du travail.  Deux de ses amies étaient présentes le jour de son mariage par internet. Sadia pleurait derrière son voile, ont-elles confirmé. D'autres ont raconté comment, lors d'un cours, elle avait rédigé son testament, et que ses amies avaient rigolé en disant "Sadia, tu ne crois pas que tu exagères !".

Les deux sœurs aînées de Mudusar et Sadia sont aussi venues témoigner. Tahira a ainsi rappelé qu'elle-même avait refusé un prétendant proposé par son père  et donc, le refus et la fugue de Sadia ont été  incompréhensibles pour elles.

Des spécialistes ont, quant à eux, apporté un autre éclairage aux débats. Ils sont notamment revenus sur la situation de la femme au Pakistan.

Les plaidoiries devraient débuter ce lundi et durer jusqu’à jeudi, après quoi le jury devrait entrer en délibération. Le verdict est attendu pour vendredi matin. Il y aura ensuite de nouvelles plaidoiries, pour la peine cette fois, et probablement l'annonce des peines le lundi suivant.

Inégalité et discrimination

Ce lundi matin, c’est Me France Blanmailland qui a entamé les plaidoiries. Elle est le conseil de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes qui s'est porté partie civile. Après avoir rappelé que l'Institut combattait toute forme d'inégalité et  de discrimination, les avocats de l'organisme, Me France Blanmailland et Me Marc Preumont, ont souligné que le mariage est un droit fondamental. Ils ont aussi rappelé que ce droit s'accompagne de l'exigence d'un engagement libre et entier.
A travers la chronologie des faits, Me Marc Preumont a établi la succession d'événements dans lesquels chacun des membres de la famille a assumé un rôle déterminant pour la mort de Sadia. « Quand les parents ont constaté que ni le chantage affectif, ni les menaces ni les intimidations n'avaient pu vaincre les résistances de Sadia concernant le mariage, ils sont passés à la solution finale: la mort de leur fille » a expliqué l'avocat. Il a rappelé les paroles de Parveen, la mère de Sadia, la veille des faits : "Je préfère que Sadia se suicide ou qu'elle meure plutôt qu'elle soit mariée à un non musulman".
Pour Me Preumont, chaque acte a été posé pour que Mudusar soit le seul responsable de la mort de Sadia. C'est le héros qui devait sauver l'honneur de la famille. Sariya était son assistante et regagnait ainsi la légitimité dans la famille. Le fait que Sariya soit blessée a été le grain de sable qui a enrayé la machine. "Sans les parents, ni Mudusar ni Sariya n'auraient été aussi loin", a affirmé Me Preumont.
Par rapport aux parents de Sadia, l'avocat a ajouté :  "Dès qu'on les met face au miroir de la vérité, ils changent de version. Systématiquement, ils esquivent, dévient, tentent de s'accorder". Pour lui, la mort de Sadia résulte d'une entente familiale concertée.
Me France Blanmailland a plaidé la non légalité du mariage par webcam, tant au Pakistan qu'en Belgique, ainsi que les caractéristiques qui correspondent à celle d'un mariage forcé. A savoir, le rôle de justicier que s'arroge l'auteur du crime, la valorisation de l'éducation et des valeurs familiales, l'attitude de la communauté, même tacite, et la violence dirigée vers la femme.

Les jurés de la cour d'assises du Hainaut ont entendu lundi après-midi Me Bernard Plinchard, le conseil de l'Union des mutualités libres. L'Union des mutualités libres s'est constituée partie civile parce qu'elle considère que les frais engendrés par l'hospitalisation de Sadia sont à charge des responsables de sa mort. L'avocat a relevé qu'on trouve habituellement sur les bancs des parties civiles des personnes préjudiciées dans leur coeur. Dans ce cas-ci, a-t-il-dit, l'absence de partie civile, alors que la famille Sheikh est particulièrement étendue, est significative. Selon Me Plinchard, le fil conducteur du procès est le mensonge. " Mudusar s'accuse de tout. Et dire qu'il a tiré aussi sur sa sœur Sariya ne sert qu'à dédouaner cette dernière".

Christine Borowiak, Belga, Daniel Barbieux

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