Marolles: des habitants tentent de sauver leur potager citoyen

C'était un petit jardin, avec une table et des chaises de jardin...
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C'était un petit jardin, avec une table et des chaises de jardin... - © JFH

C'était un petit jardin, avec une table et des chaises de jardin... Dans la chanson de Jacques Dutronc, le petit jardin finit mal, tout bétonné. Ici dans le quartier populaire des Marolles à Bruxelles, entre les blocs d'habitations sociales et les lofts doucement gentrifiés, un lopin de terre à l'abandon a été transformé par l'énergie d'une poignée d'habitants et de gosses du quartier en potager et lieu d'échange. Mais ici aussi, l'histoire risque se terminer dans la brique et le béton : le propriétaire va y construire des logements.

Sous quelques beaux arbres, des plans de tomates, de pommes de terre et de légumes, des fleurs, des bambous, une table construite avec des bouts de bois ramenés par les enfants du quartier : voilà le potager créé depuis le printemps par quelques riverains soucieux d'offrir à tous un peu de verdure dans ce quartier totalement urbanisé.

Mais au mois d'août, tout risque de s'arrêter car le terrain appartient à la Ville de Bruxelles et est géré par sa société des logements sociaux, le Foyer bruxellois, et ce dernier a des projets sur la parcelle.

Léonard Clarys, cheville ouvrière de ce projet, explique sa genèse.

L'endroit est bien choisi : bien ensoleillé, juste au croisement de la rue des Tanneurs avec la rue de la Querelle. Eve Bonfanti, comédienne, explique que c'est un lieu de mixité.

L'endroit n'est pas qu'un potager. C'est aussi un lieu de rencontre, pour les adultes, les artistes nombreux dans le quartier et les résidents des blocs de HLM mais aussi un point de chute pour les enfants du quartier.

Les enfants du quartier ont eu l'occasion de décorer cet espace, et ainsi de découvrir des ateliers d'art plastique qui semblaient peut-être inaccessibles à certains.

Aurélie a organisé ces rendez-vous "fresque" qui font la fierté des enfants.

Une pétition pour sauver le potager de la rue des Tanneurs a recueilli 1400 signatures dont un millier en ligne.

Une solution alternative?

Le Foyer bruxellois a cherché un autre lieu, 200 ou 300 mètres plus loin.

Mais il serait coincé entre les blocs d'habitations et à l'ombre de grands arbres, pas l'idéal pour un potager, dit Léonard Clarys. Il sera difficile de transporter l'événement que constitue ce potager, de ce carrefour ensoleillé toute la journée, à cet endroit enclavé.

Le quartier compte peu d'espaces verts, la rue des Tanneurs, un seul, cette parcelle de 30 m2. Un peu plus loin, on construit des bureaux, l'autre terrain vague boisé du quartier, rue de l'Hectolitre a cédé la place à une crèche. Ici, ce sera des logements sociaux.

Léonard Clarys juge que l'effort demandé à ce quartier est disproportionné.

L'endroit est un peu devenu la place du village. Mais cette place est menacée, et la déplacer risque de ne pas offrir de vraie solution, pense Eve Bonfanti.

L'histoire des Marolles est marquée par les luttes de ses habitants contre les destructions-rénovations. Pour Vincent, musicien rock, il faut se méfier des décisions des fonctionnaires.

Il y a deux semaines, le bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) est venu voir le potager menacé. Mais pour certains enfants du quartier, il reste des questions en suspens : après avoir appris à planter un potager, pourquoi doivent-il l'abandonner?

Yvan Mayeur, ancien président du CPAS de Bruxelles, connaît le quartier et soutient projet sur le principe.

Mais il dit aussi que ce serait compliqué d'arrêter un chantier public déjà sur les rails. Léonard Clarys n'est pas de cet avis et parle de la disparition du potager des Tanneurs comme d'un suicide politique et social.

Il reste encore quelques semaines, d'été, au potager de la rue des Tanneurs et à ses animateurs pour tenter de le sauver.

JFH

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