Manifestation interprofessionnelle à Liège : de 15 à 40 000 manifestants

Le rassemblement a eu lieu dès 8H30 à proximité du Toré, aux Terrasses.
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Le rassemblement a eu lieu dès 8H30 à proximité du Toré, aux Terrasses. - © RTBF

40 000 manifestants, selon les syndicats, ont rallié le centre de Liège pour participer à la manifestation de soutien à la sidérurgie liégeoise. 15 000 selon l'estimation de la police. Tous les secteurs professionnels étaient représentés parmi les manifestants. Des actions ont également été menées à l'étranger.

Le cortège de manifestants s'est ébranlé peu après 10H, emmené par les leaders des métallos liégeois, Jordan Atanasov (CSC) et Francis Gomez (FGTB). Une banderole ouvrait la marche avec un slogan qui tient en deux mots: "Du respect".

A 10H15, la tête du cortège avait déjà rallié le pont Kennedy tandis que des cars arrivaient encore dans le parc d'Avroy, point de départ du mouvement.

Des délégations de travailleurs de tous secteurs et des quatre coins du pays sont venus pour participer à l'action. Des représentants d'ArcelorMittal à Dunkerque ont également fait le déplacement.

Un bulldozer, des camions et des camionnettes précédaient les manifestants qui brandissaient de nombreux calicots, sur lesquels on pouvait notamment lire "Mittal, arrête ton génocide social".

Vers 12H00, les manifestants sont arrivés au pied de la statue Charlemagne, boulevard d'Avroy, où ont eu lieu les prises de parole des responsables syndicaux.

Entre 15 000 et 40 000 manifestants

La manifestation interprofessionnelle a-t-elle rassemblé 15 000 personnes comme le dit la police ou 40 000 comme l'affirme les syndicats? En tout cas, ces derniers affichaient leur satisfaction. Francis Gomez, le président des métallos FGTB: "Vous êtes de nouveau des milliers dans la rue. C'est merveilleux. Au nom de tous les travailleurs d'ArcelorMittal, je veux d'abord vous remercier et vous répéter que le combat ne fait que commencer. On ne lâchera pas le morceau".

La solidarité avec les travailleurs d'ArcelorMittal, mais pas seulement. Les discours portaient aussi sur d'autres préoccupations. Jean-Marc Namotte, secrétaire fédéral CSC: "Chers amis, nous sommes vigilants et mobilisés aussi vis-à-vis du Gouvernement fédéral de qui nous attendons autre chose que des plans d'austérité injustes. Mesdames et messieurs, avec vos plans d'austérité, jeunes, femmes, chômeurs, nous sommes tous flingués".

A la fin des discours, vers 13 heures, le cortège s'est disloqué. La police a constaté très peu d'incidents et a procédé à une arrestation administrative.

Des actions également menées à l'étranger

La journée d'action de ce mercredi se déroule à plusieurs niveaux : des arrêts de travail dans les différentes unités d'ArcelorMittal en Europe sont prévues, et en début d'après-midi, une action symbolique sera également menée à Londres par la Fédération Européenne des Métallurgistes devant les bureaux londoniens d'ArcelorMittal.

La direction d'ArcelorMittal déplore la grève à Liège

Le CEO d'ArcelorMittal Liège a déploré mercredi la grève de ses travailleurs, estimant qu'elle était "néfaste pour la région liégeoise dans l'environnement économique actuel", réagit-il dans un communiqué.

"La demande d'acier en Europe est toujours à quelque 75% des niveaux d'avant crise et nous n'anticipons pas de possibilité d'un retour rapide aux niveaux d'avant crise. Il serait de loin plus préjudiciable pour la viabilité d'ArcelorMittal à long terme d'ignorer cette réalité économique et de continuer à produire de l'acier que nous ne pouvons pas vendre", souligne João Félix Da Silva.
     
"ArcelorMittal respecte le droit des employés de manifester, mais doit constater que cette grève est néfaste pour la région liégeoise dans l'environnement économique actuel."
     
Le CEO rappelle aussi que "la sidérurgie à froid liégeoise dispose d'outils de classe internationale et développe de nombreux nouveaux produits et procédés. Des investissements sont en cours dans la sidérurgie pour 25 millions d'euros".
     
"Nous sommes convaincus qu'on peut trouver une solution pour les 581 personnes concernées en évitant les licenciements secs, au travers d'un dialogue social étroit et constructif avec les partenaires sociaux", conclut-il.

Sauver la sidérurgie liégeoise : un combat difficile

Depuis l'annonce de la fermeture, les choses n'ont guère évolué. La procédure de licenciement collectif en est à la phase de l'information, pas encore des contre-propositions. Le ministre de l'économie wallonne a commandé une étude aux bureaux Syndex et Laplace. Annoncée pour la fin décembre, elle ne devrait pas être bouclée avant la mi- janvier. La solution syndicale de placer les outils sous statut public - une manière de n'effrayer personne avec le mot "nationalisation" - n'est pas défendue partout avec la dernière énergie, même à gauche.

Il en coûterait un milliard pour racheter les usines à leur comptable. Mais avec un milliard, le groupe Arcelormittal pourrait construire un haut fourneau tout neuf, à Chertal, juste à côté de l'aciérie, ce qui réduirait les coûts. C'est du moins ce que le directeur européen de la branche "aciers plats au carbone" a très sérieusement dit la semaine passée lors d'un comité restreint au siège luxembourgeois de la multinationale. Comme quoi, des perspectives existent.

La place Cockerill rebaptisée place de la Nationalisation

Peu avant le début de la manifestation, en plein centre ville, entre l'ancienne Grand Poste et l'Université, le syndicat des employés, techniciens et cadres de la FGTB a débaptisé la place Cockerill. Une nouvelle place a été inaugurée. Elle porte désormais le nom de "place de la Nationalistion". Fausto Casagrande: "C'est extrêmement symbolique. Nous revendiquons depuis la mi-octobre, quand Mittal a décidé d'arrêter définitivement la phase liquide. Mittal ne nous veut plus, et on doit absolument se réapproprier nos outils. Les outils appartiennent aux travailleurs".

Cette nouvelle place, c'est une manière de plaider en faveur de la mise sous statut public des hauts fourneaux et aciéries, une hypothèse de solution pour sauver la sidérurgie liégeoise.

F. Braibant, M. Gretry, O. Thunus







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