Maëlle s'est suicidée à 14 ans : "C'est au moment de son suicide que j'ai découvert le harcèlement dont ma fille était victime"

Maëlle s'est suicidée à 14 ans : "C'est au moment de son suicide que j'ai découvert le harcèlement dont ma fille était victime"
Maëlle s'est suicidée à 14 ans : "C'est au moment de son suicide que j'ai découvert le harcèlement dont ma fille était victime" - © Towfiqu Barbhuiya / EyeEm - Getty Images/EyeEm

Un procès peu commun débute ce jeudi devant le tribunal de la jeunesse de Charleroi : trois mineurs d’âge sont poursuivis pour avoir harcelé sur les réseaux sociaux une jeune fille de leur école. Maëlle, 14 ans, n’avait pas supporté la diffusion publique d’une vidéo intime, elle s’était suicidée voici 1 an, le 31 janvier 2020. 

Aujourd’hui Zara, sa maman, sort du silence pour évoquer la mémoire de sa fille et son combat pour la prévention du harcèlement en milieu scolaire. Lorsqu’elle a découvert le corps de sa fille, dans sa chambre, le choc a été total : "Maëlle avait déposé son GSM sur le lit, avec le code d’accès sur un petit papier. Je suppose que c’était sa façon à elle de montrer ce qui avait amené à ce geste fatal. J’ai trouvé dans son téléphone une petite vidéo où elle nous demandait pardon mais expliquait que la situation lui était insupportable."

Elle a renoncé à la vie à 14 ans à cause de l’humiliation causée par une vidéo intime qui tournait sur tous les réseaux sociaux depuis 2 mois.

Nos ados ont une part secrète

Sa maman ignorait tout de ce harcèlement : "Je n’étais au courant de rien du tout ! Après, les langues se sont déliées, ses amies m’ont raconté l’histoire de la vidéo. Je suis tombée de haut… C’est une part de la vie de Maëlle que je découvre à ce moment-là. Je ne pense pas que ce soit une négligence de ma part. Il faut que les parents sachent que nos ados ont une part secrète, on ne sait pas tout ! Ils ont leur vie amoureuse, leur vie sexuelle, qu’on doit respecter, c’est Sa vie".


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Maëlle était bien entourée, avait une famille aimante, des activités en extérieur mais elle a choisi, ou n’a pas eu la force de parler de son calvaire. "Je crois que c’était une façon de nous protéger. C’est récurrent dans ce genre de cas : l’enfant ne veut pas causer d’inquiétudes à ses parents. Du coup il se dit qu’il va assumer tout seul mais non, se battre seul contre le harcèlement scolaire est très difficile".

Elle est devenue plus agressive, silencieuse, elle s’enfermait dans sa chambre

Pourtant, en réfléchissant avec le recul sur le comportement de sa fille les dernières semaines, Zara comprend que oui, il y avait des signaux, mais qu’elle ne les a pas décodés : "Maëlle avait été harcelée dans son école précédente. Elle avait changé d’école en septembre (2020) et tout se passait bien, elle était heureuse. Petit à petit pourtant, elle est devenue plus agressive, silencieuse, elle s’enfermait dans sa chambre, elle cachait son GSM. Quand je lui demandais comment s’était passée sa journée, elle me répondait :'ah, tu es toujours avec tes questions !'. Et moi je me disais que c’était une ado qui fait sa crise".

Concernant les réseaux sociaux et leurs dangers, Zara avait bien évidemment abordé le sujet avec sa fille. "Mais vous savez, c’est comme avec la cigarette : on leur dit 'ne fume pas, c’est dangereux pour ta santé, etc'. Le jeune va répondre que oui, il le sait, c’est bon. Mais est-ce que ça va l’empêcher de fumer ? Non !".

Aujourd’hui, plus que tout, Zara espère que ces trois jeunes harceleurs réalisent la gravité de leur acte. "Je veux qu’ils prennent conscience de leur acte. Parce que quand on parle de harcèlement aux jeunes, ils ne mesurent pas les conséquences. D’où l’importance de ces audiences, pour que le jeune comprenne qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut".

Mieux préparer les professeurs

La maman de Maëlle est désormais investie dans la prévention du harcèlement en milieu scolaire, et à la sensibilisation du personnel enseignant. "Je suis moi-même enseignante, et je dois bien dire que nous ne sommes pas préparés, pas formés à la prévention du harcèlement. Nous manquons d’outils de prévention au sein des écoles, et le jeune qui serait victime de tels faits ne sait pas très bien à qui s’adresser : le prof, l’éducateur, le préfet de discipline ? C’est une zone floue."

Zara milite avec d’autres parents "dé-enfantés" comme ils se définissent, pour que cette problématique fasse partir du cursus scolaire des futurs instituteurs, professeurs et personnel éducatif. Les choses commencent à bouger au niveau des autorités compétentes mais l’asbl "les mots de Tom" (du nom d’un jeune qui a lui aussi été victime de harcèlement scolaire) a décidé d’agir à sa façon sur le terrain. Et ça marche, sourit Zara : "On vend dans les écoles des bracelets sur lesquels il est écrit : 'Respecte mon pote'. Ça permet aux jeunes de s’identifier dans un groupe, et de revendiquer une position par rapport aux autres. L’école nous achète les bracelets 2 euros, elle en garde 1 qu’elle investira dans la formation de son personnel vis-à-vis de cette problématique."

D’autres actions seront bientôt présentées, qui vont toute dans le sens de la prévention et de la formation pour lutter contre le harcèlement scolaire.

Concernant les faits, chaque mineur aura droit à son propre procès, à huis-clos, devant le tribunal de la jeunesse. Le deuxième procès est prévu en mars. 

Harcèlement à l'école: JT 18/01/2021

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