Louvain-la-Neuve : une ferme universitaire pour la recherche et le maraîchage bio

Louvain-la-Neuve: une ferme UCLouvain pour la recherche et le maraîchage bio
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Louvain-la-Neuve: une ferme UCLouvain pour la recherche et le maraîchage bio - © Rtbf

Imaginer et tester l’agriculture de demain, les mains dans la terre : c’est l’objectif de cette ferme universitaire de l’UCLouvain, à Louvain-la-Neuve. L’idée est née il y a environ 2 ans. Elle s’est concrétisée sur le site de la ferme de Lauzelle. Le bâtiment du 12e siècle a été réhabilité par l’UCLouvain, propriétaire des lieux depuis 1968. Objectif : redonner à la vieille ferme sa fonction de production agricole. Mais pas n’importe quelle production! Car aujourd’hui, le site abrite la 1ère ferme universitaire consacrée à la recherche scientifique de terrain sur le maraîchage bio.

Tester un modèle

Le maraîchage bio a le vent en poupe depuis quelques années déjà. Mais à ce jour, aucune étude scientifique de terrain ne s’est penchée sur le sujet de manière détaillée, fiable et scientifique.

"Notre projet doit produire des données scientifiques sur ce modèle d’agriculture diversifiée à petite échelle", explique Philippe Baret, doyen de la faculté des bioingénieurs de l’UCLouvain. "Nous réfléchissons à l’agriculture de demain, à la fois productive, économiquement viable et respectueuse de l’environnement et de la santé. Mais on sait aussi que le maraîchage bio demande beaucoup de travail et rapporte peu aux petits producteurs. D'après certaines estimations, environ 53 heures de travail par semaine à raison de 9 euros par heure. Ce modèle d’agriculture devrait bénéficier de subsides. Je pense qu’il devra coexister à côté d’autres types de productions agricoles".

Intérêts divers

La ferme universitaire de Lauzelle s’adresse à plusieurs profils d’utilisateurs. "Elle sera très utile aux chercheuses et chercheurs universitaires. Ces scientifiques peuvent désormais étudier in situ toutes les facettes de la production agricole. Les étudiants bioingénieurs peuvent passer de la théorie à la pratique, à un jet de pierres des auditoires. Ils pourront utiliser les légumes et les fruits de la ferme bio pour leurs expériences en laboratoire. De leur côté, les maraîchers en quête de partage d’expériences peuvent s’informer sur les techniques innovantes. Ils reçoivent les conseils des scientifiques et leur communiquent les contraintes techniques et les réalités du terrain. Quant au grand public, il peut visiter les 3 hectares du site. Voir les cultures réparties sur un demi hectare, à ce jour. Au total, quelque 60 légumes différents sont cultivés, ainsi que des plantes aromatiques, des fruits et des petits fruits, dont certaines variétés oubliées. A terme, les habitants du futur quartier voisin pourront profiter des produits bio. Une production qui devrait alimenter une 50ène de familles.

Actuellement, les légumes, fruits et fleurs comestibles profitent à l’espace de restauration universitaire de la Louvain House, à une épicerie solidaire et aux Banques alimentaires. Sans oublier une petite partie de la production réservée aux analyses scientifiques. Pas question de faire concurrence aux petits producteurs locaux!

Fruits oubliés

"Certaines variétés (de fruits) oubliées, par exemple, sont étudiées en laboratoire", explique Yvan Larondelle, professeur de biochimie et de nutrition à la faculté de bioingénieurs. "Ces variétés ont parfois des valeurs nutritionnelles supérieures à celles commercialisées. Par ailleurs, des variétés oubliées ont un pouvoir thérapeutique intéressant. C’est le cas pour la peau de certaines pommes qui contiennent des substances anti-cancer. Des variétés de pommes oubliées qui ne sont pas commercialisées. Car il faut savoir qu’il existe 4.000 variétés différentes de pommes. Les grandes surfaces n’en proposent que quelques-unes".

Recherches en cours

Tester les associations des cultures de légumes. C’est l’objet des recherches actuellement menées par Céline Chevalier, doctorante et chercheuse au Earth and Life Institute de l’UCLouvain. "Nous étudions par exemple les effets d’une culture d’oignons associée à une culture de carottes. L’oignon éloignerait un des insectes nuisibles à la carotte. Mais nous étudions aussi les nombreuses interactions entre les plantes, ainsi qu’entre les plantes et leur environnement. C’est intéressant notamment pour connaître la rentabilité des cultures. Cette recherche est participative. Nous expliquons la théorie aux maraîchers ; et ceux-ci nous parlent des aspects pratiques. Ces résultats seront aussi utiles au grand public qui saura quel légume associer à quel autre légume pour obtenir de bonnes récoltes."

A terme, dans les locaux de la ferme, des légumes et des fruits seront transformés. On y fera par exemple des jus de légumes. Côté partenariat, la ferme de Lauzelle travaille avec un réseau d’une centaine de maraîchers professionnels, des étudiants, d’autres universités, des acteurs des circuits courts, le FNRS et le Fonds Baillet Latour.

Quant à la main-d’œuvre pour l’exploitation de la ferme, elle comprend un maraîcher, 2 ouvriers polyvalents, 9 jobistes étudiants et le coordinateur de la ferme, Adrien Dockx. "Ce projet évolue grâce à la collaboration et aux échanges entre les différents acteurs concernés. Nous participons à de nouveaux modèles d’agrobiologie durable. C’est un projet passionnant pour la biodiversité, l’environnement, la planète, la recherche et la santé. Nous collaborons aussi avec une autre ferme, à Mont-saint-Guibert, une entité plus axée sur les grandes cultures et l’élevage. En juillet prochain, nous obtiendrons notre label bio. Une étape de plus".

 

 

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