Face au gel tueur de bourgeons, des centaines de bougies allumées de nuit dans des vignes à Lobbes

Lobbes : La lutte contre le gel bat son plein dans les vignes
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Lobbes : La lutte contre le gel bat son plein dans les vignes - © Tous droits réservés

Les vignes du Domaine de la Portelette, à Lobbes, ont été plantées il y a deux ans. Cette année, on procédera donc aux premières vendanges et à la vinification des premières bouteilles du Domaine. Mais alors que les bourgeons sont apparus sur les sarments, l’ennemi redouté des vignerons en cette saison multiplie les attaques depuis le début avril. À cinq reprises déjà, ce mois-ci, les températures sont descendues bien en dessous de zéro degré. Au Domaine de la Portelette, le gel, le tueur de bourgeons, est combattu à chaque fois par des coopérateurs motivés qui se lèvent la nuit pour allumer des bougies par centaines au cœur de la vigne.

Une équipe de garde prête à intervenir

Le Domaine de la Portelette est une coopérative qui compte 230 membres. A tour de rôle, ceux qui n’habitent pas trop loin sont mobilisés pour intervenir dès que la météo le nécessite. Le Président de la coopérative, Bertrand Albrecht, l’explique : "Avec mon collègue Guillaume, nous sommes connectés en permanence avec la station météo qui est placée à proximité directe du vignoble. Nous scrutons aussi les prévisions. Cette nuit, nous avons été réveillés par l’alerte de la station. On surveille alors les températures quart d’heure par quart d’heure. On était à -1°, mais ça descendait. À une heure du matin, nous avons décidé de procéder à l’allumage et nous avons envoyé des SMS aux coopérateurs de gardes". Et Fabian Pacifici figurait parmi ceux-ci : "Hier vers 17 heures, on nous a demandé de nous tenir prêts pour cette nuit. Et effectivement, à 1h22, j’ai reçu un SMS et quelques minutes plus tard, j’étais ici".

400 bougies à allumer dans l’urgence

Il est 1h30 du matin. Bertrand a rapidement mobilisé cinq autres coopérateurs. Armés de chalumeaux, ils procèdent en une petite demi-heure à l’allumage de 400 bougies disséminées parmi les rangs de vignes, sur environ un hectare et demi. "En théorie, on devrait permettre à l’atmosphère de se réchauffer d’un degré, un degré et demi jusqu’à un mètre au-dessus du sol, c’est-à-dire à hauteur des bourgeons. Dans quelques minutes, vous verrez, on sentira vraiment la différence entre le fait de circuler dans la vigne et à l’extérieur". Les bougies neuves peuvent brûler entre huit et dix heures. Mais celles qui sont présentes dans le vignoble ont déjà servi lors de précédentes nuits. La vigilance reste de mise et c’est Guy qui donne les recommandations à l’équipe : "On va refaire un passage dans toutes les lignes. Quand ça crépite fort, c’est que ça va s’éteindre. On allume alors la nouvelle bougie qui se trouve à côté de celle qui est épuisée".

L’équipe d’extinction intervient au petit matin

Quand les bougies sont neuves et sont allumées, l’équipe d’allumage a fait son travail et peut retourner au lit. Mais cette nuit, il a fallu aller et venir dans les rangs de vignes pour renouveler les bougies. Finalement, Etienne, coopérateur et bénévole sur l’opération, quitte le vignoble à 5 heures du matin. "Je ne vais pas me recoucher, non. Je vais rentrer prendre une douche et me connecter pour commencer ma journée de boulot. Ce sera une longue journée, mais ce n’est pas un problème. On est attaché à ces vignes"

C’est l’équipe d’extinction qui prendra le relais vers 6 heures du matin et surveillera les températures avant d’éteindre les bougies. "C’est à la levée du jour que les températures sont les plus basses, explique Bertrand Albrecht. Parfois, ça remonte dès six heures, mais parfois, il faut attendre sept ou huit heures du matin. Ça dépend de la couverture nuageuse, aussi. Si c’est couvert, les températures descendent plus vite. Mais si le soleil pointe rapidement, il y a un autre danger. Si le bourgeon est pris dans une ganse de gel et que le soleil donne, cela crée un effet de loupe. Et après avoir été gelé, le bourgeon brûle".

Des dégâts importants

1000 bougies à 6 euros, c’est un investissement de 6000 euros qu’a déboursé la coopérative pour cette lutte contre le gel. Mais si les efforts financiers et humains consentis pour cette lutte contre le gel portent leurs fruits, la vigne en portera aussi et cet investissement sera compensé. C’est l’espoir qui anime tous les coopérateurs. Ce n’est que dans quelques jours/semaines que les dégâts, ou pas, pourront être évalués.

Mais ailleurs, on constate déjà les dégâts. Au vignoble des Agaises, à Haulchin, là où est produit le désormais très réputé Ruffus, on redoute une perte de récolte de 50%, suite aux cinq nuits de gel déjà survenues depuis que les bourgeons sont apparus. Une situation qui s’était déjà produite en 2017. En France, la situation est pire encore. En Bourgogne, l’intégralité de la vendange est déjà fichue pour certains viticulteurs bourguignons, par exemple. Le gouvernement de Jean Castex a promis des aides pour ces producteurs.

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