Liège: un prévenu réclame la prison pour passer l'hiver au chaud

Une salle d’audience, un homme qui prend la parole. Sous les yeux ébahis de son avocat et de l’assistance, il explique qu’il ne veut pas qu’on le libère. Non, il préfère rester en prison.

Cela s’est passé au Tribunal correctionnel de Liège. Ce prévenu était en fait un sans domicile fixe. Sa crainte : se retrouver à nouveau à la rue, en plein milieu de l’hiver.

Des prévenus commettent un larcin, juste pour se faire arrêter

La scène peut sembler surréaliste. Elle ne relève pourtant pas du cas isolé. "J’ai déjà eu des dossiers similaires et des confrères m’ont raconté la même chose", confirme Shirley Franck, l’avocate de ce SDF liégeois. "Parfois, des prévenus commettent même un petit larcin, juste pour se faire arrêter. Ils espèrent que le dossier dure le plus longtemps possible pour rester au chaud en prison pendant tout l’hiver", ajoute-t-elle.

Défendre une personne qui demande expressément à rester en prison, un comble pour un avocat. "C’est assez paradoxal effectivement. Mais quand une personne vous dit que sa priorité c’est de passer l’hiver en étant logée, nourrie, blanchie, vous ne pouvez pas aller contre sa volonté".

Le constat révolte Christine Mahy, la secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. "Ça fait mal au ventre d’entendre quelque chose comme ça et ça interroge drôlement notre société", s’indigne-t-elle.

Pas d’adresse pour recevoir sa convocation devant la justice, pas de domicile pour purger sa peine sous bracelet électronique. Les outils et les procédures de la justice ne sont pas adaptés aux sans domiciles fixes.

Ils se retrouvent seuls face à eux-mêmes

Seule sanction possible pour eux : la prison. Puis en sortant, c’est souvent le vide, faute d’accompagnement, faute de moyens. "Il faut un travail préventif en prison pour que la personne sorte avec un logement, des papiers, des droits, un revenu du CPAS ou du chômage", estime Marie-Christine Mahy.

"Ici les gens se retrouvent seuls, abandonnés par l’Etat, face à eux-mêmes. Ils trouvent alors les solutions qu’ils peuvent." Des solutions qui passent souvent par de nouveaux actes de vandalismes et un retour à la case prison, "le serpent qui se mord la queue", dénonce la secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté.

Le SDF liégeois a quant à lui été condamné à rester un an derrière les barreaux.

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