Liège manque-t-elle de respect pour la vie privée de ses concitoyens?

En début de séance, l'ordre du jour ne paye pas de mine mais, parmi une vingtaine d'achats pour la police, une chaudière pour un commissariat, des casques pour la brigades cyclistes, des vêtements chauds, et une grosse voiture pour le peloton anti-banditisme… une dépense de plus d'un million s'est glissée, pour de la vidéosurveillance, pour entretenir et remplacer des appareils de prises de vue, et pour porter à quinze jours la capacité de stockage des images.

Et c'est là que l'élu vert de gauche intervient. Il est membre de la commission communale de surveillance. Il révèle que les agents peuvent voir à l'intérieur des habitations.

Un logiciel devrait masquer les fenêtres, lorsqu'elles apparaissent dans le champ. Ce n'est pas le cas. Les ordinateurs manquent de puissance, et ralentissent à cause des caches grises. C'est contraire à la loi.

Le commissaire en chef commence par expliquer que la loi, elle n'est pas très claire. Puis, que les obturations ont été techniquement rétablies. Le conseiller n'en démord pas: ce n'est pas l'engagement qui a été pris: il annonce une plainte à la commission de la vie privée. Il est rejoint, dans son opposition, par les écologistes et les pétébistes. Mais les investissements ont été approuvés par les socialistes, les démocrates humanistes et les libéraux.

Une visite contradictoire a été organisée

Ce mardi, dans un souci de transparence à souligner, le commissaire en chef a effectué une visite contradictoire du centre de contrôle, en compagnie de son accusateur, et de journalistes.

Et pour le commissaire en chef, la police liégeoise ne viole pas la loi. Il est interdit d'orienter spécifiquement les appareils de prise de vue vers des maisons. Spécifiquement, c'est le mot à retenir. Voire involontairement, ce ne serait pas infractionnel.

Le problème, c'est que, voici dix ans, aux débuts de la vidéosurveillance, la Ville a promis de masquer les fenêtres d'immeubles privés par des caches gris. L'apparition de la haute définition rend cette opération de plus en plus compliquée. Le cahier des charges pour le renouvellement de matériel prévoit justement, comme critère premier, d'augmenter les capacités logicielles de floutage.

Et le commissaire en chef de se lancer dans une démonstration. Premier écran, à l'ancienne, sur l'un des quais: faible capacité d'obturation, mais faible zoomage, également (image 1). Deuxième écran, nouvel équipement, près de la Place Cathédrale, techniquement supérieur. Mais une dactylo, à son bureau, est clairement identifiable au premier étage d'un commerce (image 2). Troisième écran: l'engin est en service alors que le programme de cache n'est pas encore installé (image 3).

Pour le parti VeGa, verts de gauche, la preuve est faite. C'est une question de principe. Pour les autorités, le fait que les agents qui visionnent soient assermentés suffit. C'est une affaire de pragmatisme. A la commission de protection de départager ces deux approches.

Michel Gretry

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK