Liège: le CHU explore le cerveau du moine Matthieu Ricard en méditation

Deux journées de recherches sur le cerveau de Matthieu Ricard ont été menées par l'équipe du professeur Steven Laureys.
Deux journées de recherches sur le cerveau de Matthieu Ricard ont été menées par l'équipe du professeur Steven Laureys. - © ADs/DR

Comment notre cerveau fonctionne-t-il lorsqu'on s'adonne à la méditation? Est-il au repos, ou au contraire actif en partie? C'est pour répondre à cette question qu'une expérience scientifique vient d'être menée au CHU de Liège. Durant deux jours, de 8h du matin à 8h du soir, l'équipe du neurologue Steven Laureys a étudié, à l'aide d'imagerie médicale, le cerveau du moine bouddhiste Matthieu Ricard, lorsque celui-ci se met en état de méditation.

Le moine Matthieu Ricard est depuis quelques années une des figures emblématiques du bouddhisme tibétain en Europe. Ce Français, proche du dalaï-lama, et fils du philosophe Jean-François Revel, est également docteur en génétique cellulaire. Matthieu Ricard est actif au sein du Mind and Life Institute, créé sous l'impulsion du dalaï lama pour favoriser le rapprochement entre les sciences et le bouddhisme. Sa rencontre avec Steven Laureys, neurologue réputé au CHU de Liège, spécialiste des états de conscience du cerveau, et directeur du Coma Science Group, s'inscrit dans ces recherches sur ce qu'on appelle les neurosciences.

Les outils de l'imagerie médicale

Durant deux jours, l'équipe du professeur Laureys a étudié, à l'aide d'appareils sophistiqués d'imagerie médicale, le fonctionnement du cerveau de Matthieu Ricard lorsque celui-ci se trouve en pleine méditation. Est-ce que le cerveau se trouve en état de fonctionnement "plat" ou "neutre"? Ou au contraire y a-t-il une plus grande activité de certaines zones neuronales, et si oui, lesquelles, et à quel rythme? Autant d'hypothèses que les tests réalisés vont permettre d'affiner et de rendre objectives. Les résultats de cette recherche prendront plusieurs semaines, et celle-ci ne s'applique qu'à un seul "cobaye". Il faudra donc, précise le professeur Laureys, multiplier ces tests avec d'autres volontaires pour pouvoir en tirer des conclusions probantes. Mais l'expérience s'est avérée fructueuse.

Rendre objectivables des états de conscience

Pour Matthieu Ricard, il s'agissait de se mettre dans certains états de méditation, alors qu'autour de lui, les conditions n'étaient pas idéales. "Pour certains tests, vous êtes tranquillement assis dans un fauteuil avec des électrodes, et cela ne fait pas de bruit. Mais à d’autres moments, vous entendez des bruits extrêmement forts, en plus de stimulations physiques sur le crâne. On vous dit alors qu’il ne faut surtout pas cligner des paupières, ni contracter les muscles. Et malgré cela, il faut méditer dans un état de grande lucidité ! C’est un peu un défi mais, ceci dit, je suis arrivé à atteindre des états extrêmement clairs. Ce qui montre qu’on n’est pas intrinsèquement soumis à ces conditions extérieures et que l’état d’esprit peut éclipser ces conditions, à priori peu favorables. Donc, c’est une bonne surprise".

Sans vouloir tirer de conclusions hâtives, le professeur Steven Laureys a néanmoins été surpris : "Nous avons placé Matthieu Ricard dans plusieurs machines, dans certaines situations, et il y a eu des réponses de son cerveau que je n'avais jamais rencontrées. Il pratique la méditation depuis de très nombreuses années. Il y a des réseaux de la conscience qui sont importants pour la perception du monde extérieur et de la conscience de soi et là, nous avons pu voir qu'il y a des modifications.

Endormissement volontaire

J’ai été vraiment impressionné quand, après une longue journée d’examens, et de passages dans les différentes machines, on lui a demandé de pouvoir effectuer le test durant un sommeil profond, pour pouvoir comparer. A ce moment-là, Matthieu Ricard nous a dit que cela ne posait aucun problème ! Quelques minutes après, nous avions des ondes lentes et l’enregistrement confirmait qu’il était capable de se mettre dans tel ou tel état, même un sommeil profond, comme si cela ne demandait aucun effort. La méditation peut nous aider à comprendre comment le cerveau produit les pensées". Quant à Matthieu Ricard, qui a déjà "prêté" ainsi son cerveau à d'autres unités de recherches, à Princeton, Berkeley et Lyon notamment, il précise bien que la méditation est avant tout une question d'entraînement personnel, accessible à ceux qui souhaitent améliorer leur bien-être.

Alain Delaunois

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK