Liège: la gravure sur arme, un secteur en péril

Liège: la gravure sur arme, un secteur en péril
Liège: la gravure sur arme, un secteur en péril - © Alain Lovenberg

Faire reconnaître la gravure sur arme au Patrimoine immatériel de l'Unesco. C'est l'une des idées envisagée pour sauvegarder cet artisanat en péril qui a pourtant participé à la renommée de Liège à travers le monde. Il faut le savoir, dans les années 60, la FN de Herstal employait encore 150 graveurs. Ils ne sont plus qu'une poignée aujourd'hui à travailler comme indépendants ou dans l'une des deux dernières fabriques d'armes de luxe de la région: Lebeau-Couraly et Browning. Désormais, ce secteur tente d'élaborer une stratégie afin de ne pas disparaître.

Moins de chasseurs, plus de mécanisation et de concurrence étrangère, voilà quelques-unes des raisons qui expliquent un tel déclin. A la demande du ministre de l'économie Jean-claude Marcourt, une étude vient donc d'être réalisée auprès des professionnels de l'armurerie. Elle a notamment mis en évidence ce paradoxe: entre l'artisan graveur et sa clientèle, il y a un monde de différence. Anne Magnus a mené cette étude: "La clientèle qui achète des armes gravées est une clientèle essentiellement étrangère, masculine, qui achète en quelque sorte des bijoux pour hommes. Ça peut être des hommes d'affaires, des familles royales, des collectionneurs d'art. Mais le paradoxe est que, effectivement, les artisans qui gravent ont du mal à vivre de cet art parce qu'il est assez difficile de rencontrer cette clientèle qui est prestigieuse et très discrète, et essentiellement basée aux États-Unis, en Angleterre, dans les Pays du Golfe et en Russie".

C'est ce qu'a bien compris Alain Lovenberg. Formé à Liège, à l'école de gravure Léon Mignon, il a vite pris la direction des États-Unis pour se constituer une clientèle. Il est aujourd'hui considéré comme un des 5 meilleurs maîtres graveurs au monde. Ses acheteurs: des familles royales, des stars telles que Steven Spielberg. Et les armes gravées par ses soins ont un coût: "Ça se vend très cher, c'est le prix d'une belle voiture, d'une Rolls. Il y en a une qui s'est vendue récemment chez Christie's à 275 000 livres. J'ai constaté que depuis les années 80, les armes que j'ai gravées et qui se retrouvent aux enchères se vendent en général 5 fois le prix qu'elles ont coûté. Quand j'ai commencé, je n'en savais rien, mais c'était un placement".

Un tel destin, ça fait évidemment rêver la petite dizaine d'élèves de dernière année de l'école Léon Mignon, une des trois dernières en Europe à proposer de la gravure sur armes. Un classement de cet artisanat au Patrimoine immatériel de l'Unesco pourrait les rassurer sur leur avenir.

Marc Hildesheim

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