Liège: création d'un "Trauma Center" au CHR de la Citadelle

Les simulations se déroulent au service des urgences dans les salles où les médecins et infirmières prennent quotidiennement en charge les patients. (Photo RTBF - Marc Mélon).
5 images
Les simulations se déroulent au service des urgences dans les salles où les médecins et infirmières prennent quotidiennement en charge les patients. (Photo RTBF - Marc Mélon). - © Tous droits réservés

Faut-il créer des "trauma Centers" en Belgique ? Ce sont des centres de traumatologie où l'objectif des urgentistes est d'augmenter la qualité de la prise en charge. Des centres de ce type existent déjà aux Etats-Unis, en Angleterre et en Allemagne, mais pas encore chez nous.

Les spécialistes de l'urgence médicale constatent que la mortalité par traumatisme est de 67 personnes sur 100 000 habitants et reste la première cause de mortalité pour les moins de 35 ans. Au service des urgences du centre hospitalier régional de la Citadelle de Liège, on se prépare pour accueillir prochainement un "Trauma Center".

Entretien de Marc Mélon avec Michel Vergnion, le médecin chef du service des urgences du CHR de la Citadelle :

Docteur Michel Vergnion, la mortalité par traumatisme est et reste, manifestement, la première cause de mortalité chez les personnes de moins de 35 ans. Quel est votre constat ?

"En Belgique, le traumatisme grave est en effet la première cause de mortalité chez les personnes de moins de 35 ans. On entend par traumatisé grave, un patient dont l'une des lésions menace le pronostic vital ou dont l'une des lésions engendrera un handicap invalidant important accompagné ou non de douleurs chroniques. Les traumatismes graves sont souvent associés aux accidents de la route mais dans notre pays, ils sont le plus souvent la conséquence d'un accident de travail, sportif ou domestique. Ils sont la source d’invalidités parfois importantes avec évidemment des répercussions économiques, psycho-sociales et familiales non négligeables..."

Peut-on faire diminuer ce chiffre ?

"Dans les pays qui ont développé des "trauma centers", comme au Canada ou en Angleterre où des données très précises concernant le fonctionnement de ces centres sont enregistrées et analysées depuis de nombreuses années, les autorités ont en effet pu mettre en évidence une diminution significative de la mortalité ou des lésions invalidantes".

Comment fonctionnerait ce "Trauma Center" ?

"La possibilité de prendre en charge un traumatisé grave nécessite d'abord la présence 24H/24 d'une équipe multidisciplinaire médicale confirmée (urgentistes, anesthésiste-réanimateur, chirurgien, radiologue, pédiatre, gynécologue) et paramédicale entraînées à cette pratique ainsi qu'un plateau technique complet (bloc opératoire d'urgence disponible 24H/24, disciplines chirurgicales multiples en particulier neurochirurgie et chirurgie cardio-thoracique et vasculaire, radiologie invasive, scanners, RMN...). Cette concentration de ressources humaines et techniques n'a évidemment de sens que si elle s'accompagne de protocoles organisationnels stricts qui décrivent par exemple avec précision le rôle de chacun pour s'assurer notamment qu'aucune des actions qui doivent être menées n'a été oubliée".

Il faudrait créer combien de structures de ce type dans notre pays ?

"La prise en charge d'un traumatisé grave ne s'improvise pas, elle doit être soigneusement préparée si l'on veut éviter des décès ou des handicaps importants. Il n'est évidemment pas de notre ressort de prendre position sur le nombre de centres qu'il conviendrait d'ouvrir pour couvrir un territoire comme la Belgique, mais vous aurez évidemment compris que l'optimalisation de la prise en charge par une équipe professionnelle qui a l'habitude de faire face à ce type d'urgences ne peut passer que par la concentration des cas dans un nombre limité de centres hyper-spécialisés".

Le personnel du CHR de la Citadelle suit des formations théoriques et s’entraine avec un mannequin hyper performant qui peut simuler une série de problèmes médicaux. Une simulation, c’est fondamental, même pour les professionnels de la santé ?

"De façon générale, la capacité des médecins à évaluer la gravité d'un traumatisme est variable et la manière pour appréhender cette pathologie peu fréquente et complexe sur le mode non seulement collaboratif, mais parfois aussi simultané n'est pas toujours enseignée dans le cursus des soignants. Étant donné le nombre relativement limité de traumatisés graves qui sont amenés aux urgences, il est évident que seuls des entraînements réguliers peuvent permettre l'amélioration d'une prise en charge reposant, rappelons-le dans ce cas précis, sur un travail en équipe qui est fondamental. Dans ce schéma, il faut d'ailleurs souligner l'importance du chef d'équipe (le "team leader") dont les missions principales consistent, en bonne entente avec chaque intervenant, à répartir les tâches de chacun et à coordonner leurs actions".

Après les simulations qui sont filmées, des temps de "debriefing" sont organisés. Avec quels objectifs ?

"L'apprentissage par simulation repose sur le principe de la pédagogie active. Dans ce schéma, le temps de debriefing occupe une place fondamentale puisqu'au lieu de recevoir des informations théoriques sur le modèle des méthodes d'apprentissage traditionnel, les membres de l'équipe , sous la conduite d’un "débriefeur", vont analyser ensemble chaque étape de la prise en charge du patient afin d'identifier les problèmes qui sont apparus et de formuler ensuite des pistes qui permettront d'y remédier".

Cela veut dire que les professionnels de la santé sont prêts à se remettre en cause pour être plus performants demain, dans des situations réelles ?

"Tout à fait. De nombreux professionnels de la santé et surtout ceux qui travaillent dans les services d’urgence sont demandeurs de ce type de formations pratiques multidisciplinaires. Nous accueillons d'ailleurs régulièrement dans le laboratoire de simulation que nous animons en collaboration étroite avec la Province de Liège (l’Epass-Center) de nombreuses équipes issues d’hôpitaux voisins".

Au CHR de la Citadelle, une structure pourrait être mis en place d’ici combien de temps ?

"Suite à la mise en place d'une année de formation théorique qui a été suivie d'une formation pratique par simulation, le CHR de La Citadelle inaugurera le 1er "Trauma center" de Wallonie en avril prochain".

 

Propos recueillis par Marc Mélon

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK