Libération de Liège : de la joie de voir les Américains à la dénonciation des "collabos"

À l’occasion de la libération de la ville de Liège les 7 et 8 septembre 1944, Alain Colignon, historien au CEGES, le Centre d’études et de documentation guerres et sociétés revient sur ces deux journées.

Lorsque les premiers blindés alliés arrivent en cité ardente, c’est la liesse populaire : "C’est la liberté qu’on sent sur le point d’être retrouvée. On saute aux cous des Américains parce qu’on imagine qu’ils ramènent la liberté et surtout la paix, le retour à une vie normale, avec un ravitaillement normal, sans couvre-feu, sans problème de rationnement et donc, il y a une explosion de joie."Mais ce n’est pas le cas partout dans Liège, si la rive gauche est rapidement libérée, la droite est encore aux mains des Allemands : " On fait la fête dans l’hypercentre mais on ne fait pas nécessairement la fête sur la rive droite de la Meuse et en Outremeuse", explique Alain Colignon. "Parce que les Allemands sont toujours là et ça tiraille encore ! Donc il y a une certaine prudence et les gens mettent le nez à la porte et ne sortent rapidement qu’une fois qu’il est acquis que les Américains sont là et que les Allemands n’y sont plus. Et ceux qui, sur la rive droite de la Meuse et entre Liège et Verviers arborent leurs drapeaux un petit peu trop tôt risquent des tirs de mitraillettes allemandes par des troupes Allemandes de passage."

La chasse aux "collabos"

En quelques jours, les Allemands quittent Liège et ses alentours. Les Liégeois sont dans les rues… Mais très vite, la joie fera place à un autre sentiment : la vengeance. " A la joie vont se mêler des idées de vengeance ici et là, contre les suppôts de l’ordre allemand, les collaborateurs ou supposés collaborateurs", explique l’historien. "Dès les premières heures, il y a une épuration populaire qui se traduit par des lynchages ou des suspects conduits au poste de police, à l’hôtel de ville, à la prison Saint-Léonard. Il y aura aussi quelques femmes tondues car suspectées de relations intimes avec l’occupant.">> LIRE AUSSI : Libération de Liège : le drame de Fontainebleau

Les témoins se souviennent du chocolat et du sourire des soldats

8 jours après Liège, c’est au tour du village de Lanaye près d’Eben Emael d’être libéré.

Les soldats américains vont rester quelque temps dans la région et tisser des liens avec les habitants. Ils vont également apprendre à se comprendre puisqu’ils ne parlent pas la même langue. Cela va donner lieu à quelques anecdotes savoureuses comme l’explique Joseph Deleuse, un ancien habitant du village, qui avait 7 ans à l’époque : " On entendait quelques mots, par exemple OK, on les écoutait surtout et on baragouinait nous en français et ça les amusait beaucoup… Mais je me souviens, j’avais rencontré en rue un officier, je lui dis bonjour et il me répond "Hello boy" et moi je traduis par "Hello boche". Je rentre chez moi et je dis à mes parents que je ne comprends pas pourquoi cet officier me traite de boche. Ils m’ont alors expliqué que ce qu’il avait dit c’était BOY et que ça voulait dire garçon."

Durant la libération, les Liégeois vont apprendre à connaître les Américains dont ils savent peu de choses. Au fur et à mesure ils vont découvrir leur langue, leurs uniformes bien différents de ceux des Allemands et aussi leur nourriture qu’ils distribuent aux habitants : " On découvre tout ce qu’ils mangent", nous explique Joseph, " ils ont des rations K, ce sont des boîtes rectangulaires avec plein de choses dedans. On découvre les aliments lyophilisés, le mot n’est même pas encore connu chez nous ! Des orangeades à base de poudre, du café soluble, des biscuits… Du chocolat ! Ça, c’est évidemment la chose la plus importante pour nous à l’époque, on était privé de tout et on découvre l’abondance !".

Les Américains resteront encore quelques jours auprès des Liégeois avant de continuer vers l’est, où les combats feront encore rage pendant 8 mois.