Les Vénézuéliens quittent leur pays en masse, certains demandent l'asile en Belgique

Cours de français à la Maison de l'Amérique latine à Bruxelles
Cours de français à la Maison de l'Amérique latine à Bruxelles - © Tous droits réservés

Le Venezuela traverse une crise économique et politique profonde depuis 2014. En trois ans, près d'1,5 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Ils sont nombreux à demander l'asile au Pérou, aux Etats-Unis, en Colombie, au Brésil ou encore en Espagne. En Belgique aussi, on observe une augmentation des demandes d'asile de Vénézuéliens. Mais évidemment, à une toute autre échelle. En 2016, il y en avait une quarantaine. En 2018, pour la moitié de l'année, il y en a 100 de plus. 

Un pays qui est en train de se vider de son sang

La Maison de l'Amérique latine à Bruxelles. Et un retour sur les bancs de l'école - des cours de français - pour Liyeira [prénom d'emprunt]. Elle a quitté son pays, le Venezuela, il y a plus d'un an, dans un état de désolation: "J'ai quitté un pays en train de mourir, en train de se vider de son sang", explique-t-elle, des sanglots dans la voix: "J'ai laissé un système de santé public totalement précarisé. Il y a deux ans encore on sauvait des vies. Maintenant c'est fini, c'est de pire en pire. Les pauvres sont plus pauvres encore. Il n'y a plus de classes moyennes". Et cela se confirme dans les chiffres: près de 90 % des Vénézuéliens vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. La pénurie de médicaments et d'aliments de base est toujours une réalité. L'insécurité gagne du terrain.

Un tableau qui pousse de plus en plus de Vénézuéliens sur les routes de l'exil. David Cusatto est le directeur de la Maison de l'Amérique latine à Bruxelles: " La tendance migratoire latino-américaine est d'abord vers les Etats-Unis ou l'Amérique du Sud, le Chili, l'Argentine, l'Uruguay. L'Europe vient comme une alternative à l'impossibilité de trouver une demande d'asile politique dans les pays du continent américain. [...] Il y a donc une arrivée en Belgique assez importante. Et on remarque cela par l'afflux de Vénézuéliens qui font une demande pour suivre des cours de français. Des cours qui sont le premier sentier à suivre afin d'initier le processus d'intégration en Belgique". Confirmation de l'Office des étrangers. Sa porte-parole, Dominique Ernould, a sorti les chiffres de ces dernières années: " Depuis 2018, nous avons un afflux très palpable, nous arrivons après 6 mois de l'année 2018 à un nombre de demandeurs d'asile qui est presque équivalent à la totalité de l'année 2017". 

144 demandes d'asile pour 2018. Mais peu de recul pour comprendre la trajectoire de ces personnes. Damien Dermaux, porte-parole du CGRA, le Commissariat Général aux réfugiés et aux apatrides détaille:"On sait que ces demandeurs d'asile sont arrivés en avion. Les Vénézuéliens n'ont pas besoin de visa pour entrer dans l'Espace Schengen (pendant 90 jours)". Pour le moment, le taux de protection est très élevé puisque, selon le CGRA, il se situe à +/- 90 % pour cette année 2018 (90,7 % pour être précis). Un taux élevé mais qui n'est pas représentatif étant donné le petit nombre de dossiers traités. Difficile aussi de comprendre pour quelles raisons ces personnes ont choisi la Belgique. Ce n'est pas la même langue, mais par contre " La communauté latino-américaine n'est pas grande, mais elle est très active, nuance David Cusatto, directeur de la Maison de l'Amérique latine, nous sommes 60.000. Et on peut considérer que les Vénézuéliens sont la cinquième communauté: il y a d'abord les Équatoriens, les Colombiens, les Chiliens puis les Brésiliens". Lieyira, elle, y voit simplement un pays de tous les possibles: "C'est un pays où si tu fais des efforts, tu respectes les normes, le système, tu peux grandir en tant que personne et que travailleur. Tu peux te surpasser...".  

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