Les urgences, poste d'observation de la pauvreté

Le centre hospitalier d’Hornu.
Le centre hospitalier d’Hornu. - © Google Street View

Se soigner devient un luxe pour de plus en plus de Belges. Conséquence directe: les services d’urgence accueillent toujours plus de patients.

Il est 14h, au centre hospitalier EpiCURA (Hornu). Les urgences enregistrent un pic d’affluence : peu de pathologies aiguës, pas d’accidenté de la route ni de crise cardiaque. Beaucoup de patients, dans la salle d’attente, présentent une accumulation de "petits bobos" ou de maladies sans rapport les unes avec les autres. Ils n’ont pas consulté de médecin généraliste, "avoir un médecin de famille et le voir régulièrement devient de plus en plus rare", nous confie Alda Della Valle (l’infirmière en chef).

Ces patients ont attendu que leur état général se dégrade, à tel point qu’il n’était plus possible de rester chez eux. "Nous avons des patients qui ont des pathologies cardiaques, pulmonaires…et qui devaient revoir leur médecin spécialiste. Des rendez-vous étaient pris, ils n’y sont pas allés et ils viennent ici", constate Frank Van Trimpont (médecin urgentiste sur le site d’Hornu).

Ce médecin nous parle des conditions de vie dans lesquelles vivent certains de ses patients. Il le constate, lorsqu’il se rend chez eux en ambulance ou avec un véhicule SMUR, souvent appelé par un voisin. "Toute une série de courses SMUR ne sont pas de véritables urgences, mais nous font découvrir où habitent ces gens, avec des conditions d’hébergement lamentables : pas de chauffage, de la crasse, des déchets partout… Le problème médical est souvent un peu accessoire par rapport à la précarité de ces personnes."

L’accès aux médicaments est un autre problème. Délivrer une ordonnance, prescrire des médicaments, ne garantit pas que le patient se soignera par la suite. "De plus en plus souvent, ils nous disent qu’ils n’achèteront pas ces médicaments, car ils n’en ont pas les moyens. Parfois, ils arrivent carrément avec une ordonnance et nous demandent les médicaments", nous confie Alda Della Valle. Le personnel peut dépanner, dans certains cas, mais pas fournir des boîtes de médicaments. Fréquemment, les urgentistes préviennent alors le service social de l’hôpital, qui alerte un CPAS.

"En 2012, nous devons assumer tous les rôles à la fois", résume l’infirmière chef. "Jouer les assistants sociaux, héberger des patients, les nourrir, les soigner, les materner. Du médical et du social, en passant par la pharmacie."

Aux urgences, les consultations se règlent par après. Le patient reçoit la facture bien après avoir reçu les soins. Une facture qu’il paie ou pas. La plupart des hôpitaux sont confrontés à une montagne de factures en souffrance. Les services de recouvrement ne savent plus où donner de la tête.

Charlotte Legrand

Et aussi