Les subsides octroyés au metteur en scène Ismaël Saïdi font grincer des dents dans la majorité bruxelloise

Ismaël Saïdi, l'auteur de la pièce "Djihad".
Ismaël Saïdi, l'auteur de la pièce "Djihad". - © FILIP DE SMET - BELGA

275 000 euros: c'est le montant que va libérer la Région bruxelloise au profit d'AviScène, l'ASBL du metteur en scène Ismaël Saïdi, l'auteur de la pièce à succès "Djihad". Une annonce faite jeudi par le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS). A quoi va servir ce montant? A réaliser plusieurs clips de trois minutes chacun visant à lutter contre la radicalisation chez les jeunes. Ces capsules seront ensuite diffusées auprès d'un large public, au travers d'Internet, des écoles, des centres culturels.

Aucune mise en concurrence

Mais s'il y a unanimité autour de la personnalité d'Ismaël Saïdi, il n'empêche, des premières voix s'élèvent pour critiquer les modalités de l'accord. A commencer par Emmanuel De Bock, chef de groupe Défi (ex-FDF) au sein du Parlement bruxellois. Pourtant, Défi fait partie de la majorité à Bruxelles. "Mais être dans une majorité ne veut pas dire qu'on ne peut pas émettre des critiques", précise le député. "Tout d'abord, ce qui m'étonne, c'est le fait qu'un montant aussi important puisse être débloqué alors que ce projet n'a pas encore été avalisé en conseil des ministres. Ensuite, il y a une absence de mise en concurrence entre les propositions de M. Saïdi et d'autres initiatives visant les mêmes objectifs. Il faudrait, à mon sens, pouvoir ouvrir ce marché à d'autres acteurs, pas toujours les mêmes, notamment en publiant des offres via un site internet, en toute transparence. Au nom de la lutte contre le radicalisme, je pense que certains acteurs auraient même accepté de proposer leurs services gratuitement. De plus, si la réussite de M. Saïdi est belle et son courage important, nous ignorons quelle peut être son expertise dans la lutte contre le radicalisme."

Les charges sont lourdes. Les accusations de clientélisme et récupérations politiques sont présentes en filigranes. Emmanuel De Bock ne souhaite pas du tout entrer dans ce débat-là. Mais la pièce de théâtre "Djihad" avait déjà bénéficié d'un soutien public dès la fin 2014 et les premières représentations. La ministre-présidente de la Cocof Fadila Laanan (PS) avait déclaré l’œuvre "d’intérêt public", ce qui lui avait valu quelques critiques de la part du cdH et du FDF au sein du Parlement francophone bruxellois. Dans le même temps, la ministre de l'Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles concluait une convention avec Ismaël Saïdi afin de pouvoir présenter la pièce devant des milliers d'élèves du secondaire.

Ce nouveau soutien de la part de la Région bruxelloise fait donc planer des suspicions d'entente. "Ismaël Saïdi est une marque", se fend, ironique, un ponte du PS de la capitale. Pour d'autres, toujours au sein de la majorité régionale, c'est le manque de transparence de son ASBL, AviScène, qui pose question.

"M. Vervoort veut rattraper les erreurs du passé"

Étonnamment, l'opposition MR préfère prendre la polémique par un autre bout. "La pièce "Djihad" est un projet positif, j'ai moi-même soutenu des représentations dans les écoles de ma commune", explique Vincent De Wolf, chef de groupe MR au Parlement bruxellois et bourgmestre d'Etterbeek. "Mais ce projet de clips vidéos est pelliculaire. Tout est important dans la lutte contre le radicalisme. Je ne dis pas le contraire. Mais nous sommes en droit d'attendre autre chose de la part de la Région bruxelloise en dehors des effets d'annonce. On sent que le gouvernement bruxellois a cette volonté d'exister, de rattraper ses erreurs du passé quant à la problématique du radicalisme dans nos quartiers. Car il faut s'en souvenir: le ministre-président avait minimisé au Parlement l'impact des départs de jeunes Bruxellois en Syrie. Enfin, le montant alloué nous semble particulièrement élevé au vu du projet en lui-même. Même s'il peut paraître ridicule en comparaison avec les 400 millions débloqués par le Fédéral."

Dernier acteur médiatique à tacler l'accord: Hamid Benichou, très actif dans la dénonciation de la radicalisation au sein des mosquées bruxelloises. Jeudi, celui-ci s'est fendu d'un commentaire acerbe du Facebook: "Le PS cherche à gagner la paix sociale pour gagner les prochaines élections".

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