Les "soldats noirs": et si ces grosses mouches permettaient d'amoindrir l'impact du gaspillage alimentaire ?

C’est une expérience discrètement menée dans un container à Gembloux Agro-Bio Tech. Derrière une moustiquaire, quelques centaines de mouches dites "soldats noirs" pondent des œufs, qui deviendront bientôt des larves particulièrement voraces. Au fil des jours, ces larves, élevées dans des bacs, vont se nourrir et donc décomposer toutes sortes de végétaux, notamment issus du restaurant universitaire voisin. La croissance très rapide de ces larves pourrait en faire un atout précieux pour la dégradation des restes alimentaires non consommés dans les cuisines de collectivités. C’est du moins l’une des missions que les chercheurs de Gembloux envisagent de leur confier.

Une solution pour des déchets issus des cuisines de collectivités

Frédéric Francis, professeur d’Entomologie en est convaincu, ses petites protégées pourraient rendre de grands services à la planète. "Dans nos installations, elles peuvent déjà consommer plusieurs centaines de kilos de déchets par semaine mais il suffit d’adapter les locaux d’élevage, et on pourrait alors traiter des dizaines de tonnes de biodéchets", se félicite-t-il. Ce constat donne à penser qu’une perspective quasi industrielle se profile/ Encore faut-il qu’un partenaire audacieux prenne le pari de faire confiance au potentiel insoupçonné de la mouche "soldat noir". Avis aux amateurs.

En attendant, dans les cuisines de collectivités, l’heure est à la réduction du gaspillage alimentaire et au recyclage des biodéchets.

À Liège, les cuisines du CHC veulent réduire le gaspillage alimentaire

Alain Hougrand, manager du pôle hôtelier du CHC de Liège, est intarissable à propos du gaspillage alimentaire. Depuis qu’il connaît le volume d’aliments qui sont jetés chaque année par les cuisines de l’hôpital où il travaille, l’homme n’a de cesse de rappeler : "On ne pouvait pas rester sans rien faire !" Des analyses ont en effet révélé que cent cinquante tonnes de déchets alimentaires étaient gaspillées chaque année. Des féculents, des légumes, de la viande, délaissés par les patients mais aussi d’énormes quantités de pain ainsi que d’innombrables portions individuelles de chocolat, de beurre ou de confiture, parfois même pas déballées.

Comme chacun sait, la nourriture servie dans les hôpitaux est parfois peu ragoûtante mais dans cet hôpital de la Cité ardente, dès que la nourriture ressort de la chambre d’un patient, elle doit être détruite, c’est la règle et elle s’applique dans tous les hôpitaux. Malgré cette injonction, Alain Hougrand n’était pas prêt à se résigner à un gaspillage alimentaire trop important à ses yeux.

Des chariots-buffet et une cuve pour la bio méthanisation

Parmi les initiatives destinées à réduire le gaspillage alimentaire lors des séjours hospitaliers, il y a le chariot qui équipe depuis peu les services du nouvel hôpital Montlégia. Avec ses tiroirs réfrigérés, il permet aux personnes hospitalisées de composer le menu du jour selon leurs goûts et leurs envies du moment. Portions de fromages, confitures, le frigo sur roue est une caverne aux mille et une saveurs.

Ce véritable buffet roulant est déjà proposé dans certains services où il rencontre un certain succès. La formule est bien différente des plateaux "tout faits", déposés devant le patient, quel que soit son appétit. Et cela change tout. Quant aux restes des repas chauds, ils sont désormais acheminés vers une cuve de 12.000 litres avant d’être acheminés vers un centre de bio méthanisation. Autrefois, ils étaient incinérés.

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