Les restes de l'hôtel Aubecq (Victor Horta) vont déménager et être nettoyés, mais pas encore remontés ni exposés.

C'est une œuvre majeure de l'architecture art nouveau. L'hôtel particulier Aubecq, conçu en 1899 par le maître Victor Horta pour l'industriel Octave Aubecq est aujourd'hui en bien piteux état.

Pendant 50 ans, il a trôné majestueusement à l'avenue Louise avant d'être démoli par son nouveau propriétaire, un couple de promoteurs immobiliers qui voulaient reconstruire du neuf, à une époque où l'art nouveau n'était pas encore estimé comme aujourd'hui. Seuls la façade à rue et l'angle seront entièrement démontés et préservés de justesse. Le mobilier, lui, sera dispersé dans plusieurs collections. De tout le reste, façades latérale et arrière, verrière et lambris, il ne restera que les photos.

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L’hôtel Aubecq en 1949 avant la démolition à l'avenue Louise © Jos Vandenbreeden, architecte

70 ans ont passé et l'art nouveau est aujourd'hui nettement plus apprécié. Pourtant, la façade principaleest depuis lors malmenée. Au fil des décennies, les pierres seront trimballées d'un entrepôt à l'autre... pour ne pas dire d'un terrain vague à l'autre. Les projets de reconstruction ou d'exposition se succèderont, sans jamais se concrétiser. La façade sera finalement assemblée au sol dans un hangar de la rue François Navez à Schaerbeek, pour y être exposée dans le cadre des journées du patrimoine, en 2011. Et depuis lors, plus rien. Voilà dix ans que la façade croupit dans cet entrepôt squatté par des personnes sans domicile et dont le toit est percé.

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L’hôtel Aubecq en 2011, lors des Journées du Patrimonoine. © Jos Vandenbreeden, architecte

Il suffit de jeter un œil à travers le trou en plein milieu de la porte cadenassée pour se rendre compte que les pierres, sens dessus-dessous, ne sont plus bleues ou roses mais recouvertes de mousse verte. Au mois d'octobre dernier, l'architecte et co-fondateur de Sint-Lukasarchief (les archives du patrimoine architectural bruxellois) Jos Vandenbreeden a pu fortuitement visiter le site. Il commente les photos qu'il a prises: "Toutes ces pierres étaient assemblées et posées sur des supports en bois, elles sont tombées. Les sans-abris ont habité ici, ils ont pris les pierres comme chaises ou canapé. Il y a certainement des dégâts. C'est triste".

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Depuis la rue François Navez, un trou dans la porte du hangar délabré permet d'apercevoir les restes de la maison Aubecq © RTBF

Pour mesurer l'ampleur du gâchis, l'architecte détaille la richesse de la façade: "Chaque pierre est différente, il n'y en a pas deux les mêmes. Pour chacune d'elles, Victor Horta a fait des modèles en plâtre pour les carrières et les tailleurs de pierre. C'est un travail énorme. Certaines pierres sont des sculptures en granit. D'autres en pierre bleue. Une pierre en granit rose est une pierre très dure, très difficile à tailler".

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L’hôtel Aubecq en octobre 2020 © Jos Vandenbreeden, architecte

La Région bruxelloise, propriétaire de la façade, va limiter la casse. Elle vient de désigner une entreprise chargée, d'ici l'été, de nettoyer puis d'inventorier les éléments de façade. Les boiseries ont déjà été mises à l'abri, nous assure-t-on. Et après l'été, les pierres seront transférées dans un entrepôt sécurisé de Laeken. De quoi avoir l'esprit plus tranquille... et sait-on jamais, permettre une réflexion sur un avenir meilleur pour cette malheureuse façade qui compte parmi les plus belles du patrimoine bruxellois

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