Les quatre sites miniers belges inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco

Le bois du Cazier
Le bois du Cazier - © Belga

L'Unesco a inscrit ce dimanche les quatre sites miniers belges du Grand-Hornu, du Bois-du-Luc, du Bois du Cazier et de Blegny-Mine au Patrimoine mondial de l'Unesco.

Les quatre sites miniers wallons du Grand-Hornu (Mons), du Bois-du-Luc (La Louvière), du Bois du Cazier (Charleroi) et de Blegny-Mine (Liège) ont été inscrits, dimanche, au Patrimoine mondial de l'Unesco. Ces sites représentent les lieux les mieux conservés de l'exploitation charbonnière en Belgique, du début du 19e siècle à la seconde moitié du 20e siècle, avait indiqué la Région wallonne, à la base de cette candidature.     

Le bassin houiller wallon est l'un des plus anciens et les plus emblématiques de la révolution industrielle sur le continent européen, avait-elle encore fait valoir.  

Dimanche, à Saint-Pétersbourg, où se réunit actuellement l'Unesco, une représentante belge s'est félicitée de la décision adoptée par l'organisation internationale, "aboutissement d'un long processus".

"Véritable reconnaissance de l'histoire"

"L'inscription, par l'Unesco, des 4 sites miniers majeurs de Wallonie sur la liste du Patrimoine mondial constitue une véritable reconnaissance de l'histoire, de la diversité et de la richesse des sites miniers de Wallonie et du patrimoine minier wallon en général", s'est réjoui dimanche le ministre wallon en charge du patrimoine, Carlo Di Antonio.

"Cette reconnaissance, fruit d'une collaboration constructive, n'est cependant qu'une étape dans la mission de conservation et de mise en valeur des sites miniers", a poursuivi le ministre qui voit dans cette décision de l'Unesco "une extraordinaire opportunité pour le développement patrimonial et touristique en Wallonie".

Selon le ministre, les sites reconnus "condensent sur un espace réduit tous les aspects du patrimoine minier", "illustrent à eux quatre les flux migratoires intenses qu'ont connus les charbonnages wallons" et "témoignent de manière exemplaire de l'expérience de la Révolution industrielle en Europe continentale ainsi que de ses conséquences qui ont façonné nos sociétés actuelles".

"Une reconnaissance de la richesse historique wallonne"

Le Premier ministre Elio Di Rupo a salué l'inscription des sites miniers au patrimoine mondial de l'Unesco, dimanche matin, sur son compte Twitter.

"Les sites miniers classés: une reconnaissance de la richesse historique wallonne et une formidable opportunité pour le tourisme!", a-t-il commenté quelques heures après l'inscription de ces sites sur l'outil de réseau social.

"Une reconnaissance et un défi"

Le bourgmestre de La Louvière Jacques Gobert a accueilli avec une énorme satisfaction, dimanche, la décision de l'Unesco de faire entrer le site minier du Bois-du-Luc au Patrimoine mondial.

"C'est une grande fierté qui est le fruit d'un combat de toutes les forces vives de la région. C'est un sentiment exceptionnel pour La Louvière, dont le Canal du Centre a déjà été reconnu par l'Unesco. Il y a peu de villes au monde qui ont la chance d'être doublement reconnues", s'est réjoui Jacques Gobert.

Celui-ci estime en outre que cette décision constitue "un nouveau défi" pour toute la région. "Nous allons devoir gérer le patrimoine du Bois du Luc où de nombreux travaux ont déjà été réalisés. L'éco-musée et le musée de la mine devront notamment oeuvrer, encore plus qu'hier, à la valorisation du site. Un plan stratégique de valorisation touristique devra être élaboré", a précisé Jacques Gobert.

"Première reconnaissance dans la province de Liège"

Marc Bolland, le bourgmestre PS de Blegny, a salué, dimanche, l'entrée de Belgny-Mine au Patrimoine mondial de l'Unesco. "C'est avant tout une reconnaissance du travail effectué par les équipes qui se sont chargées de la réaffectation du site", dont la fréquentation devrait augmenter, a-t-il déclaré.

"Depuis la fermeture de la mine en 1980, le site est devenu un bel exemple. Chaque année, il reçoit une centaine de milliers de personnes et il emploie en haute saison 80 travailleurs", a souligné le bourgmestre en se félicitant de "cette première reconnaissance en province de Liège".

Les autorités communales de Blegny avaient introduit cette demande il y a trois ans, en même temps que les autres communes wallonnes concernées par les sites du Grand-Hornu, du Bois-du-Luc et du Bois du Cazier.

Une telle reconnaissance devrait attirer de nouveaux visiteurs à Blegny-Mine. "Cette décision aura pour conséquence l'inscription du site sur de nouveaux circuits touristiques. On peut estimer que la fréquentation devrait augmenter de 10 à 15%, ce qui est important car Blegny-Mine reste une activité qui n'est pas rentable, seule l'entrée de la mine étant payante", a encore indiqué Marc Bolland.

"La mine inscrite dans les gènes"

La décision de l'Unesco d'inscrire les sites miniers du Bois du Cazier, du Grand-Hornu, du Bois-du-Luc et de Blegny-Mine au Patrimoine mondial est importante pour la Wallonie car "les Wallons ont la mine inscrite dans leurs gènes", a affirmé dimanche matin Eric Massin, le bourgmestre de Charleroi.

Pour Charleroi, cette décision coïncide, selon le maïeur carolo, avec d'importants efforts de mise en valeur du site du Bois du Cazier, frappé le 8 août 1956 par une tragédie qui avait fait 262 victimes. "Des moyens importants ont été investis pour faire du site un lieu de mémoire", a rappelé Eric Massin.

L'inscription du Bois du Cazier au Patrimoine mondial devrait permettre d'attirer davantage de visiteurs sur le site et il est possible d'intensifier la politique touristique en lien avec l'aéroport de Charleroi (BSCA), a encore souligné Eric Massin. Un parcours touristique de deux heures au départ de l'aéroport de Charleroi pourrait notamment être mis en place, selon le bourgmestre.

"Du côté de Charleroi, nous espérons maintenant que l'Unesco puisse également reconnaître les marches folkloriques de la région, et notamment celle de la Madeleine à Jumet, comme Patrimoine immatériel de l'Humanité", a enfin déclaré Eric Massin.

"Charleroi n'est pas l'anti-Bruges"

Le directeur du Bois du Cazier à Marcinelle (Charleroi), Jean-Louis Delaet, s'est dit fort ému, dimanche après l'annonce de l'Unesco, de voir les charbonnages wallons figurer sur la liste du Patrimoine mondial au même titre que d'autres palais princiers ou cathédrales.

Charleroi a souvent été présentée, selon lui, comme "l'anti-Bruges". "Certes, Charleroi n'est pas Bruges mais selon l'Unesco, le Bois du Cazier et les trois autres sites miniers plébiscités méritent de figurer sur la même liste, sur un pied d'égalité", a-t-il affirmé.

La décision de l'Unesco équivaut, selon Jean-Louis Delaet, à reconnaître l'histoire minière wallonne, qui est celle aussi de l'immigration. "Cette reconnaissance ne s'intéresse pas qu'à des briques, qu'à des structures d'acier", a souligné le directeur. "L'histoire de l'immigration est particulièrement palpable sur le site du Bois du Cazier".

Le 8 août 1956, 262 mineurs y trouvaient la mort, dont une majorité de travailleurs d'origine étrangère.

"L'inscription étant désormais actée, il faut désormais la conserver", a-t-il encore ajouté, précisant enfin que "les 4 sites miniers devront s'en montrer dignes".

Le comité du Patrimoine mondial de l'Unesco tient actuellement sa 36ème session, à Saint-Pétersbourg. Ce samedi, il avait déjà approuvé l'entrée du bassin minier du Nord de la France au Patrimoine mondial.

Des sites qui se rajoutent aux onze autres sites belges

Les quatre sites miniers inscrits dimanche au patrimoine mondial de l'Unesco s'ajoutent au onze sites culturels belges répertoriés sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en Belgique depuis que notre pays a ratifié la convention de l'Unesco relative à la protection du patrimoine mondial en 1996.

L'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) encourage l'identification, la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel à travers le monde, ayant une valeur exceptionnelle pour l'humanité.

Cela fait l'objet d'un traité international intitulé Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, adopté par l'UNESCO en 1972. Le patrimoine culturel concerne les monuments, ensembles de constructions et sites avec des valeurs historiques, esthétiques, archéologiques, scientifiques, ethnologiques ou anthropologiques.

En 1998, les Béguinages flamands, la Grand-Place de Bruxelles et les quatre ascenseurs du canal du Centre et leur site, La Louvière et Le Roeulx dans le Hainaut, font leur apparition au patrimoine mondial de l'Unesco.

En 1999, les Beffrois de Belgique et de France entrent également au patrimoine mondial de l'Unesco. Vingt-trois beffrois, situés dans le nord de la France, et le beffroi de Gembloux, en province de Namur, ont été inscrits en tant que groupe et comme une extension des 32 beffrois belges inscrits en 1999 sous le nom de Beffrois de Flandre et de Wallonie.

La cathédrale Notre-Dame de Tournai, les habitations majeures de l'architecte Victor Horta à Bruxelles, le centre historique de Bruges ainsi que les minières néolithiques de silex de Spiennes à Mons viennent allonger la liste belge de ce patrimoine mondial en 2000.

En 2005, le complexe maison-ateliers-musée Plantin-Moretus, situé à Anvers, s'inscrit lui aussi sur cette liste renommée. Consacré à l'évolution de l'imprimerie du 15e au 18e siècle, ce musée va d'ailleurs construire d'ici 2016 un nouveau bâtiment afin de remplir les exigences soumises par l'Unesco dans le but de conserver son titre au patrimoine mondial.

Conçu en 1905, le palais Stoclet à Bruxelles s'est lui aussi inscrit au patrimoine de l'Unesco en 2009. Il marque un changement radical au sein de l'Art nouveau, annonçant l'Art déco et le mouvement moderniste en architecture.

Avec Belga

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