Bruxelles : sérieux coup de gueule des prostituées de l'Alhambra

La zone de prostitution a été déplacée des petites rues du quartier vers les grands boulevards (illustration).
La zone de prostitution a été déplacée des petites rues du quartier vers les grands boulevards (illustration). - © Flickr - Spaceopera

Elles craignent pour leur sécurité depuis qu'un nouveau règlement de police est entré en vigueur. Depuis le mois de mars, la zone de prostitution a été déplacée des petites rues du quartier vers les grands boulevards d'Anvers, Baudouin et Albert II. 70 prostituées ont signé une lettre adressée au bourgmestre de Bruxelles.

Nous l’appellerons Marie. Cette ancienne infirmière veut rester discrète sur son deuxième métier, qu’elle a commencé à 50 ans. Plusieurs jours par semaine, elle arpente les trottoirs du quartier de l’Alhambra : "Si on se prostitue, c’est qu’on a besoin d’une certaine somme d’argent qu’un autre travail ne pourrait nous rapporter…"

Pour Marie et ses collègues, le déplacement de leur zone de prostitution a de multiples répercussions. "Ces personnes prostituées se retrouvent quasi comme dans un Eros center à ciel ouvert, explique Christine Lemmens (directrice de l’ASBL Entre Deux, une association d’aide et de soutien aux personnes en lien avec la prostitution). Elles sont évidemment toutes contraintes d’être dans un même lieu, ce qui provoque davantage de compétition entre elles pour pouvoir attirer le client. Ca les incite à adopter certains comportements à risque, comme suivre le client dans sa voiture ou dans un lieu qu’elles ne connaissent pas. Ça leur enlève cette sécurité dont elles ont besoin pour pouvoir travailler correctement."

La police a été chargée du bon respect de ce nouveau règlement : une présence rassurante pour les riverains, mais contraignante pour Marc, (transsexuel, dont le nom a été modifié). "On nous dit d’aller plus loin (…) On ne sait pas travailler car les clients sont gênés, devant tout ce monde. Et puis, ils ont aussi peur de se faire attraper par la police (amende…)."

Les acteurs de terrain dénoncent l’opération, menée sans leur aval. Le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, a bien reçu la lettre, mais ne souhaite pas s’exprimer avant la fin de la période d’essai de l’opération, prévue en juin prochain.

Hélène Servais

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