Les petits secrets de fabrication d'un grand musée : dans les coulisses de l'Institut des Sciences naturelles

Donatienne Boland est chargée de la communication du Musée et de l'Institut des Sciences Naturelles
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Donatienne Boland est chargée de la communication du Musée et de l'Institut des Sciences Naturelles - © Tous droits réservés

Ils travaillent à l’ombre des géants. Ils y ont parfois passé toute leur vie active et parfois même leurs nuits ! Des hommes et des femmes qui bichonnent, restaurent ou démystifient les grands mystères du monde vivant. Des iguanodons de Bernissart à la préservation de la biodiversité, ils tentent avec des moyens parfois modestes de faire vivre le musée des Sciences naturelles.

Donatienne Boland, la responsable de la communication du Muséum et de l’Institut royal des Sciences naturelles, nous emmène à la rencontre de ceux qui s’efforcent, tous les jours, de mettre la science à la portée des 300.000 visiteurs annuels. Pour passer de l’autre côté du décor, elle nous a donné rendez-vous sous le squelette de la baleine, à l’entrée du musée.

Dans ces murs, en plein cœur du quartier européen de Bruxelles, beaucoup d’enfants ont découvert les squelettes d’animaux fascinants, vivants au Crétacé et disparus, il y a 100 millions d’années.

"Il faut toujours trouver de nouveaux projets et ensuite assurer leur financement"

Donatienne nous entraîne tout au bout d’un long couloir austère, à la rencontre de Kareen Goldfeder. Son job ? Attirer ou renouveler l’intérêt du public en attirant de nouvelles attractions. Kareen devra aussi souvent trouver le financement nécessaire pour les exposer dans les meilleures conditions. Vu comme cela, cela ne fait pas forcément rêver mais Kareen sait convaincre. Elle nous entraine devant le squelette d'Arkane. Depuis ce printemps 2019, cet allosaure de près de 9 mètres de long, est exposé au musée. Arkane vivait dans ce qui est aujourd’hui le Wyoming, il y a 155 millions d’années. Acheté par un collectionneur privé, il a depuis été confié à l'Institut des Sciences naturelles pour étude et restera visible pour le public jusqu’en mars 2020. "Pour ce faire, nous devons financer la construction d’un podium, la préparation du squelette, l’aménagement de la salle, assurer la promotion de l’événement". Mais il s'agit aussi d'une occasion unique de faire découvrir au public ce prédateur du jurassique, s’enthousiasme Kareen.

Guy Loncke : concierge et gardien des précieuses collections

Retour dans le hall d’entrée du musée pour franchir une petite porte dérobée. Celle qui mène chez Guy Loncke. Il est à la fois concierge et comptable au musée. Et n’imaginez pas que tout cela l’empêche de dormir. Cela fait 35 ans qu’il vit ici et il y a élevé ses deux filles. "Nous avons vécu au milieu des squelettes et des fossiles, c’était une vie assez extraordinaire pour des enfants". Les jours de fermeture du musée, elles faisaient du badminton dans le hall d’entrée et parfois, il fallait aller rechercher le volant coincé dans le décor, se souvient Guy Loncke.

Empêcher les importuns d’entrer avant l’heure ou éviter que d’autres ne restent après la fermeture des portes, ne constituent pourtant qu’une partie du travail de Guy Loncke. Car l’homme travaille aussi à la comptabilité du musée. Une vie au service de l’institution mais dans laquelle, il a su s’aménager de petits moments de répit. Ainsi le soir, quand les visiteurs sont partis, il peut s’octroyer une petite pause, enfin solitaire, sur les toits du musée.

"Il faut parfois changer un œil, recoller une griffe, réparer une patte"

Les inestimables collections du musée, constituées progressivement depuis le 19e siècle, ressortent parfois des réserves pour être présentées dans des expositions temporaires ou des galeries permanentes. Il faut alors les dépoussiérer ou les remettre en état avant présentation.

C’est le cas de ces animaux naturalisés que Cécile Gérin, la responsable du service Expositions, nous décrit : "Dans cette réserve, nous en avons 650 pièces. Des oiseaux, des mammifères, un tigre, un lama, des guépards". Certains seront présentés dans l’exposition "Planète vivante", la future salle permanente du musée.

Autour des marées noires, du changement climatique ou de la biodiversité, Cécile Gérin doit donc concevoir des expos rigoureuses sur le plan scientifique mais qui parlent aussi à tous les publics. Un effort de vulgarisation que cette ingénieure agronome apprécie énormément :" j’ai fait de la recherche à l’université mais ce qui m’intéresse le plus, c’est de transmettre, expliquer, simplifier, tout en restant scientifiquement correct".

Architecte, ferronnier, couturière ou céramiste

Ce que la nature ne peut montrer, il faut parfois le reconstituer. Direction le département de muséologie, là où se conçoivent notamment les maquettes en plâtre, bois ou tissu. Un département qui fait appel à des talents très variés à l’image de Claire Goovaerts qui nous reçoit autour de sa grande table de travail.

Devant elle, un scorpion de 40 cm a besoin de quelques réparations. Juste à côté, une maquette de mouche est pratiquement terminée. "L’objet doit ressembler exactement à une vraie mouche. Tout est à l’échelle". Parfois, elle doit concevoir un jeu, une carte du monde pour de jeunes enfants.

Imaginer pour apprendre et faire rêver. Parfois aussi pour remédier au manque de moyens financiers. Ce qui oblige ses collaborateurs à faire preuve d’imagination ou à avoir recours à des formules innovantes. Il y a deux ans, le Muséum avait d’ailleurs lancé l’opération Ben, un crowdfunding (appel aux dons) destiné à financer l’installation d’un nouveau fossile de platéosaure, dans la Galerie des Dinosaures.

"J’y venais avec mes parents, aujourd’hui j’y travaille"

Ce musée que l’on connaît surtout pour sa collection d’iguanodons, a souvent marqué les enfants et parfois, l’émerveillement se poursuit longtemps. A l’image de Morgane Vandervelden. La jeune femme est biologiste et animatrice pour les tout-petits qui découvrent le musée. "Je venais pour toutes les expositions temporaires avec ma maman, cela m’a plus tard donné envie d’étudier les sciences, et me voilà au service éducatif du Muséum".

Aujourd’hui, 450 personnes travaillent au Muséum et à l’Institut des Sciences naturelles, personnel technique ou administratif mais aussi de nombreux scientifiques ou conservateurs chargés de préserver la fabuleuse collection de 27 millions de spécimens rassemblés dans les réserves du Musée depuis sa création en 1846.

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