Les parents de Sadia Sheikh bientôt rejugés pour "crime d'honneur"

Le premier procès avait eu lieu en décembre 2011 devant la cour d’assises du Hainaut.
Le premier procès avait eu lieu en décembre 2011 devant la cour d’assises du Hainaut. - © Belga

La cour d'assises de Namur entamera mercredi, par la constitution du jury, le procès de Mahmood Sheikh Tariq, 63 ans, et Parveen Zahida, 60 ans, accusés d'avoir participé à l'assassinat de leur fille, Sadia Sheikh, en 2007, dans leur domicile à Lodelinsart. L'origine de ce drame est une décision familiale visant à imposer à Sadia un mariage forcé avec un cousin pakistanais.

Le 22 octobre 2007, Sadia Sheikh, 20 ans, avait été abattue de plusieurs balles par son frère Mudusar alors qu'elle se trouvait dans la maison familiale. Elle avait succombé à ses blessures deux jours plus tard.

Pour comprendre ce procès, il faut comprendre le parcours sentimental de Sadia. En 2002-2003, Sadia formait un couple avec Umair Khan, un pakistanais immigré en Belgique, mais sa famille n'acceptait pas cette relation. Quand Sadia était tombée enceinte à 17 ans, un avortement lui avait été imposé.

Après la rupture de Sadia et Umair en 2005, sa famille avait tout mis en oeuvre pour la convaincre de se marier avec un cousin, Abbas, resté au Pakistan. Contre son gré, elle s'était "mariée" à lui fin août 2005 via internet. Sadia en était très malheureuse.

En mai 2006, elle avait rencontré Jean Navarre, un Belge non musulman. Elle avait alors décidé de faire annuler son mariage avec Abbas et s'était fiancée à Jean en juin 2007.

Or, pour sa famille, un mariage avec un autre homme qu'Abbas n'était pas envisageable et celle-ci avait donc organisé un voyage au Pakistan. Mais la jeune femme s'était enfuie quelques jours avant la date prévue. Sa famille l'avait harcelée, avait usé de stratagèmes pour qu'elle revienne et sa mère avait menacé de se suicider.

Sadia avait fini par revenir au domicile familial à l'occasion d'une fête. Elle était tombée dans un traquenard et avait été abattue par son frère. Pour la famille, l'assassinat permettait de "régler une dette d'honneur".

Lors du premier procès d'assises qui s'était terminé le 12 décembre 2011 devant la cour d'assises du Hainaut, quatre membres de la famille Sheikh avaient été reconnus coupables de l'assassinat de Sadia avec la circonstance aggravante qu'il y avait un motif discriminatoire.

Le père et le frère avaient en outre été reconnus coupables de tentative de mariage forcé. Le frère avait été condamné à 15 ans de réclusion et la sœur de Sadia, Sariya Sheikh, avait écopé de cinq ans de prison pour sa participation à l'assassinat de sa sœur.

Mahmood Sheikh Tariq avait été condamné à 25 ans de réclusion et Parveen Zahida, à 20 ans. Les avocats des parents de Sadia avaient toutefois estimé que leurs clients ne pouvaient être condamnés à la fois comme coauteurs et comme complices (tel que le mentionnait la cour d'assises dans l'arrêt rendu en décembre) et avaient introduit un pourvoi en cassation.

La Cour de Cassation leur avait donné raison en cassant les arrêts de la cour d'assises. C'est pourquoi, la cause est renvoyée devant la cour d'assises de Namur.

L'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes s'est constitué partie civile et est représenté par Mes Marc Preumont et France Blanmailland. L'Union nationale des mutualités libres s'est également constituée partie civile et est représentée par Me Bernard Pinchart.

Me Michel Bouchat défend les intérêts de Mahmood Sheikh Tariq et Me Vincent Dusaucy défend ceux de Parveen Zahida. L'avocat général est Alain Lescrenier et la Cour sera présidée par Philippe Gorlé.

Le procès, qui devrait durer trois semaines, débutera véritablement le 3 décembre prochain. Quelque 160 témoins se présenteront à la barre.

Belga

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