Les généralistes bruxellois sont trop seuls face à la maladie mentale

La Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles a recueilli le témoignage de plusieurs dizaines de médecins confrontés aux souffrances mentales de leurs patients
La Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles a recueilli le témoignage de plusieurs dizaines de médecins confrontés aux souffrances mentales de leurs patients - © Tous droits réservés

La Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles (FAMGB) vient de publier "le Livre Noir de la Santé Mentale à Bruxelles". Une plongée dans le quotidien de médecins de famille, confrontés de plus en plus souvent à des patients en souffrance psychique. Le mal-être d'une part grandissante de la population envahit les cabinets de généralistes.

"Burn-out chez une femme de 35 ans. Psychose adolescente. Dépendance aux benzodiazépines. Psychose grave avec refus de soins".

Du burn-out aux psychoses, en passant par les dépendances ou la confrontation à des événements traumatisants, pour le Docteur Lawrence Cuvelier, la moitié des consultations relève peu ou prou de la santé mentale. "Souvent, les patients ne m'annoncent pas d'emblée le motif de leur visite. Ils évoquent un mauvais sommeil ou une perte d'appétit. Parler de son mal-être ne va pas de soi. Surtout dans les milieux moins favorisés. On préfère voir un généraliste que s'adresser à un psychiatre et c'est normal".

Son expérience rejoint celle de ces collègues. Et leurs témoignages ont contribué à la rédaction de ce Livre Noir de la Santé Mentale dont la couverture reproduit "le cri" du peintre norvégien Edvard Munch. Un choix qui ne doit rien au hasard.

"Un patient psychotique vit un moment dépressif intense et voudrait être hospitalisé. Hélas.... délai d'attente pour une hospitalisation : trois mois"

Les médecins généralistes bruxellois se sentent souvent seuls pour prendre en charge les cas plus sérieux. Des cas qui devraient être dirigés vers des centres de santé mentale ou les institutions psychiatriques. Encore faut-il y trouver une place, ce qui est loin d'être toujours le cas. Les médecins poussent donc un cri d'alarme. Le docteur Michel De Volder, président de la FAMGB, le constate : "Par rapport au tissu social et économique de Bruxelles, on a un déficit clair de lits psychiatriques, et cela nous oblige a demander une hospitalisation en Flandre si on veut une réponse rapide. C'est le cas quand on redoute un passage à l'acte, de la part d'un patient suicidaire ". Ce médecin dénonce aussi un manque d'information sur les différentes possibilités de prise en charge. Il y a une panoplie de structures, mais on les connait mal, ajoute-t-il. Il faudrait par exemple mettre en service un help desk, accessible 24h/24 qui aurait un rôle d'orientation et d'information des médecins généralistes. 

"Un jeune homme de 18 ans. Il délire depuis deux jours. Première crise psychotique probable. L’hôpital renvoie le jeune homme chez lui, sans le moindre contact avec moi, son médecin traitant"

Les médecins généralistes regrettent aussi l'absence de contact avec le psychiatre lors de la sortie de l’hôpital. "La plupart du temps, nous ignorons quand il sort, avec quel traitement et quel diagnostique", regrette le docteur Cuvelier. 

Décidément, les généralistes bruxellois se sentent bien seuls face au mal être de leurs patients.

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