Les festivals d'été tremblent face aux risques d'annulation

C’est comme travailler avec une guillotine au-dessus de la tête. "On sent bien qu’elle va tomber mais on continue à préparer un événement qui sera probablement annulé." L’inquiétude est la même chez tous les organisateurs de festivals. Face aux risques de propagation du coronavirus, les autorités risquent d’annoncer une annulation de tous les événements cet été. Le ministre de l’Intérieur a encore évoqué cette possibilité ce matin sur les antennes de La Première.

Les bourgmestres qui ont les festivals de Werchter et Tomorrowland ont déjà annoncé "qu’il serait préférable d’annuler ces événements vu les rassemblements et les déplacements internationaux qu’ils génèrent." Mais partout, le travail continue. "Avec prudence, mais on continue à travailler avec passion comme si le festival aura lieu", explique Jean-Yves Laffineur, organisateur d’Esperanzah !. "On évite tout au plus de trop nous engager au niveau des investissements. Mais si on doit annuler, ce sera une catastrophe pour beaucoup de gens qui ne vivent que par les festivals d’été."

225 équivalents temps plein perdus sur l’annulation d’un seul festival

Catastrophe évaluée du côté du Dour festival avec "une étude qui date d’il y a quelques années révélait que 225 équivalents temps plein étaient générés par notre festival", détaille le directeur Damien Dufrasne. "Je m’inquiète pour tous nos sous-traitants qui s’occupent des scènes, des tentes… Ceux-là n’auront plus aucun revenu en cas d’annulation." Le montage du site doit commencer fin mai (pour un événement prévu mi-juillet) et à Dour on attend une décision officielle pour savoir comment avancer.

Parce qu’en cas d’annulation, il va falloir gérer la suite. Envisager un report ou préparer l’année prochaine. Sachant qu’un report implique de trouver des dates disponibles pour tous les artistes et s’assurer qu’ailleurs dans le monde, le virus n’empêche pas les artistes de venir en Belgique même en automne. Notamment aux Etat-Unis.

On a été les premiers à devoir fermer et on est conscients qu’on sera les derniers à rouvrir.

Evidemment, l’analyse n’est pas la même pour tous les festivals. Du côté des Francofolies de Spa, on espère encore pouvoir maintenir l’événement puisque les artistes viennent de moins loin et qu’aucun d'entre eux n’a encore annulé sa tournée. Même espoir au LaSemo à Enghien. Samuel Chappel tient la barque dans la tempête et espère pouvoir miser sur le côté plus familial de son festival. "Il y a plus de place et l’événement se tient dans un parc. On pourrait maintenir un festival sans tête d’affiche en organisant de plus petits concerts répartis. Mais il faut que la situation change radicalement au niveau du virus. Parce qu’actuellement c’est impossible d’envisager quoi que ce soit."

Espoir donc déjà teinté de pessimisme. "Le problème c’est que justement, les gens ont plus que jamais besoin de nous, de la culture. Dans notre secteur, on a été les premiers à devoir fermer et on est conscients qu’on sera les derniers à rouvrir."

Pourquoi ne pas annuler d’office sans attendre le Conseil de sécurité ?

Une décision unilatérale de la part des festivals permettrait de lever le voile des incertitudes. Mais personne ne veut être le premier à prendre une telle décision. Parce qu’une bulle d’espoir n’a pas encore éclaté ? Pas seulement. Décider d’annuler c’est créer des ruptures de contrats et s’exposer à des frais énormes. Une décision des autorités renvoie la responsabilité à un autre échelon.