Les espaces de coworking, grands gagnants de l'après-Covid ?

A Louvain-la-Neuve, l’ambiance est relativement calme en ce début juillet dans les bureaux du Louvain Coworking Space. "Les coworkers sont revenus progressivement après le confinement, mais beaucoup d’entre eux sont à présent en vacances", assure Marina Evaristo, manager des lieux. Tout est fait pour garantir aux utilisateurs les conditions de travail les plus sûres possible : le port du masque est imposé à l’entrée, des flacons de gel hydroalcoolique sont placés un peu partout et certains postes de travail ont été réaménagés. "Nous avons des petites box où nous pouvons en temps normal accueillir des réunions de trois ou quatre personnes, à présent nous n’y autorisons qu’une personne", poursuit Marina Evaristo. On est bien loin de l’effervescence qui y régnait avant le confinement. L’espace avait même été agrandi pour lui permettre d’accueillir une centaine de coworkers. "Mais le 17 mars nous avons décidé de fermer cet espace. On est un espace de proximité, de collaboration où les gens partagent beaucoup. On a donc voulu protéger tout le monde", témoigne la responsable. Tous les occupants, qui louent l’espace via un système d’abonnement, sont donc rentrés pendant le confinement chez eux pour travailler. Un télétravail qu’ont adopté, par la force des choses, des milliers de travailleurs en Belgique.

Je me suis demandé si tout cela avait encore un sens

Le travail a domicile, isolé derrière son écran d’ordinateurs, c’est un peu l’antithèse du coworking, basé sur la rencontre, le partage et la convivialité. "Pendant le confinement, je me suis demandé si tout cela avait encore un sens", confie Marina Evaristo. Mais elle a été vite rassurée par les retours de ses coworkers, impatients de retrouver "leur" lieu de travail, lassés de travailleur seuls entre leurs quatre murs. Géry Debiourge, consultant dans le domaine de l’environnement, a été un des premiers à revenir après le 15 mai : "Tout avait été bien préparé, ce qui rendait confiance dans les conditions pour revenir travailler au coworking", confirme-t-il. Mais cet espace de coworking a également reçu de nouvelles demandes, et pas seulement en provenance de travailleurs indépendants, qui constituent son principal public. "Des entreprises nous appellent. Elles sont en réflexion pour savoir si un cadre de coworking pourrait correspondre aux besoins de leurs employés", explique la manager. Des entreprises qui ont découvert le télétravail avec le confinement et commencent à y voir de nombreux avantages.

Les gens commencent à réfléchir à des solutions plus efficaces pour eux en termes de mobilité

Le son de cloche est le même chez Catherine Malingreau. Elle gère "The Work Shop", un espace de coworking un peu plus petit, aménagé dans une ancienne maison du centre de Nivelles. Il a aussi fermé pendant le confinement. "Les gens commencent à revenir tout doucement. On a la possibilité de les espacer dans de petites pièces, vu que nous n’avons pas de grand open space", rassure-t-elle. L’avenir de ce type de lieu de travail, elle y croit : "On voit que le travail à distance a fonctionné pour la plupart des gens. La révolution télétravail et coworking est en marche, se réjouit-elle. Les gens commencent à réfléchir à des solutions plus efficaces pour eux en termes de mobilité. Travailler en coworking c’est aussi une solution pour ceux qui ne parviennent pas à travailler de chez eux, pour diverses raisons". Avoir un vrai cadre de travail, des contacts de secteurs variés, voire une connection internet fiable, et ne pas se laisser distraire par les tâches domestiques : ce sont des arguments qui peuvent séduire des employés, tentés de prolonger l’expérience du télétravail pour des raisons de mobilité. Et leurs employeurs ? "J’entends un intérêt dans de très grosses boites. Pour les autres, on verra. En tout cas, on voit que les employeurs font de plus en plus confiance aux employés. Une possibilité serait donc de leur octroyer un ou deux jours par semaine en coworking pour éviter ces trajets", répond Catherine Malingreau.

Chaînon manquant

"C’est aussi une économie pour les employeurs", rappelle Edouard Cambier, président de la Belgian workspace association, qui regroupe aujourd’hui en Belgique 232 espaces de coworking, qui comptent en moyenne 90 abonnés. Lui aussi constate que les coworkers sont tout aussi nombreux, voire plus, qu’avant le confinement et que le mouvement n’est pas près de s’arrêter. "Il faudra tout de même attendre la fin des vacances pour affiner les chiffres", nuance-t-il. Mais l’intérêt est là et les coworkers d’aujourd’hui changent petit à petit de profil : "Ce ne sont plus seulement les nomades des débuts, les bobos créatifs qui viennent à vélo, pour être un peu caricatural". Loin de s’essouffler, ce modèle d’espace de travail pourrait donc bien tirer son épingle du jeu après la crise en devenant une sorte de chaînon manquant entre le travail à la maison et en entreprise.

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