Les équipes de la MGM au Borinage : "Hollywood au pied du terril"

Philippe Reynaert commissaire de l'exposition "Hollywood au pied du Terril"
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Philippe Reynaert commissaire de l'exposition "Hollywood au pied du Terril" - © M.Delporte

Van Gogh est venu deux fois au Borinage. Une première fois en 1879-1880 pour évangéliser les mineurs. Une deuxième fois, presque plus vraie que nature, en la personne de Kirk Douglas pour le tournage de "La vie passionnée de Vincent Van Gogh", un film de Vincente Minnelli sorti en 1956 et filmé en partie au Borinage, l’année précédente.

Et aujourd’hui, les figurants, les curieux se souviennent encore de l’arrivée de ces grosses voitures au pied des terrils. "On m’avait demandait si je voulais faire du cinéma " explique Monique Caudron. "Vous pensez bien que j’ai dit oui, tout de suite, deux jours après des messieurs sont venus à la maison et ont demandé l’autorisation à maman, j’avais dix ans. Ils nous ont apporté des costumes et j’ai joué une petite fille qui ramassait des cailloux sur le terril. Je devais courir quand on entendait la sirène, annonçant le coup de grisou".

"Moi j’avais 15 ans à l’époque", explique Victor Cygalek, "et j’ai été payé 150 francs belge par jour, et j’ai tourné deux jours. Vous vous rendez compte ? 8 ans plus tard, je payais mon premier loyer dans la cité à Hornu, il y a en avait pour 200 euros par mois".

"Ce film a rendu la fierté au Borinage, la mine venait de fermer quand Hollywood a débarqué, on a ressorti les vêtements de travail de nos parents et de ceux qui avaient dû les abandonner à cause de la fermeture et on a pu montrer comment c’était dur le boulot à la mine", témoigne Pierre Lemal, qui cache mal son émotion en se souvenant de ses parents mineurs, aujourd’hui décédés.

Des témoignages comme ceux-là, Philippe Reynaert, responsable du pôle cinéma pour Mons 2015, et le réalisateur Henri de Gerlache en ont recueilli une quinzaine, tous plus touchants les uns que les autres. Ils les ont intégrés dans un documentaire, particulièrement émouvant, qui retrace l’épopée du tournage.

Un choc de culture

Et il faut se remettre dans le contexte : 1955, le Borinage commence à décliner, le premier puits ferme un an plus tôt. Hollywood en revanche est au sommet de sa gloire. Quand les véhicules, les caravanes, le matériel de tournage débarquent avec tous ces opérateurs parlant anglais, ça ne passe pas inaperçu.

Et puis il y a Kirk Douglas, déjà une megastar à l’époque et le célèbre Vincente Minnelli, auteur d’ "Un américain à Paris". Les journalistes de toute la Belgique débarquent pour relater l’événement. Le "Journal de Mons" de l’époque, y envoie même un correspondant permanent.

Ce qui permet à Philippe Reynaert, d’établir presque un minute par minute des dix jours passés par les équipes de la MGM dans la région.

"Des anedoctes, on en vraiment beaucoup. Par exemple à la fin de la semaine de tournage, les mineurs veulent payer un verre à Kirk Douglas, avec la ferme intention de l’enterrer. Et Kirk Douglas prend le pari et vient, mais avec une bouteille de Bourbon, et les mineurs eux n’ont jamais bu cela de leur vie, et c’est lui qui les enterrent".

Philippe Reynaert ne se sort pas indemne de l’aventure, l’appel à témoin a généré une trentaine de témoignages, "c’est un peu comme si on avait ouvert une bouteille de parfum, quand j’ai dit que je faisais une recherche il y a deux ans, tout est arrivé rapidement ". La ville d’Hornu a même ressorti le livre d’or signé à l’époque par toute l’équipe à la maison communale.

Du côté d’Hollywood, les portes se sont vite ouvertes à la faveur d’une mission princière à Los Angeles, ce qui a permis à Philippe Reynaert, de mettre la main sur le scénario original, les fiches de la scripte, les photos du tournages, les affiches de l’époque.

Et tout cela, on le retrouve dans l’expo "Hollywood au pied du terril", au milieu du décor de la toute première scène du film. Ça se passe au frigo des Anciens abattoirs de Mons, à côté de l’expo Mons SuperStar, rue de la Trouille. C’est à découvrir aussi dans un guide de l’expo "Journal d’un tournage au Borinage", édité par la Fondation Mons 2015 et vendu au prix de 12 euros.

Et puis la Warner, actuel propriétaire des droits, a remasterisé le film qui n’a pas pris une ride. Il sera diffusé samedi soir, sur la 3, lundi sur Arte, avec le documentaire de 26 minutes, "Hollywood au pied du terril".

 

Manu Delporte

 

 

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