Les détournements d'argent au Sacré-Coeur de Mons déjà dénoncés début 2017

L'argent n'a pas été détourné du compte de fonctionnement de l'école mais d'un compte destiné à recevoir les loyers des bâtiments appartenant à l'institution.
2 images
L'argent n'a pas été détourné du compte de fonctionnement de l'école mais d'un compte destiné à recevoir les loyers des bâtiments appartenant à l'institution. - © RTBF

L'enquête sur les détournements d'argent au Sacré-Cœur de Mons est toujours en cours. A l'heure d'écrire ces lignes, il n'y a encore eu aucune inculpation. Mais plusieurs plaintes ont été déposées. C'est l'ancien président du Pouvoir organisateur qui est suspecté d'avoir détourné à son profit des sommes émanant du compte patrimonial de l'école, un compte sur lequel étaient versés les loyers des bâtiments. D'après nos informations, c'est une somme totale de près de 500.000 euros qui a été retirée petit à petit entre 2012 et 2017. Le Pouvoir organisateur actuel s'est porté partie civile dans cette affaire.

Pour comprendre ce dossier, il faut savoir qu'il y avait trois comptes en banque liés à cette école. Le compte de l'école qui reçoit les subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un compte patrimonial sur lequel sont versés les loyers des bâtiments appartenant à l'institution Sacré-Coeur et enfin un troisième compte ouvert fin des années '90 pour recevoir des subsides destinés à des achats de matériel informatique. Des sommes ont transité du deuxième au troisième compte pour ensuite être virées sur des comptes privés, au nom de l'ancien président du PO , de ses proches et de personnes résidant en Roumanie.
Mais la révélation de l'affaire par la presse a permis de découvrir que les faits ont été dénoncés il y a plus d'un an et demi déjà. Nous avons rencontré la personne qui a informé la police au début de l'année 2017. Anne-Françoise Vangansbergt travaillait à l'époque pour la CSC-Enseignement, elle était secrétaire communautaire. Aujourd'hui, elle ne fait plus partie du syndicat. C'est en tant que témoin des faits qu'elle s'exprime: "fin 2016, j'ai été informée que ce compte pour le matériel informatique avait été ouvert à l'époque par deux enseignants et l'un des deux croyait que le compte était fermé depuis la fin du projet. C'est de façon fortuite qu'il a découvert en 2016 que le compte était toujours ouvert". Non seulement ouvert mais toujours utilisé par l'autre collègue, devenu entretemps Président du Pouvoir organisateur de l'école. "C'est comme ça qu'on a découvert que des transactions qui venaient du compte patrimonial étaient virées le jour même ou le lendemain vers le compte du président du PO de l'époque ou vers des tiers à l'étranger". En février 2017, Mme Vangansbergt reçoit des copies des relevés de compte, elle les communique à la police et à l'administration de l'Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une enquête administrative démarre alors pour établir les préjudices. Le détournement à des fins privées apparait assez nettement sur les virements: "certaines communications mentionnent une chaudière ou une piscine pour une maison dans le Sud de la France...".

Un président de PO en poste jusqu'en novembre dernier

Et au sein de l'école que se passe-t-il alors? Anne-Françoise Vangnasbergt poursuit son récit: "le représentant des pouvoirs organisateurs, membre du Segec et au moins un membre du PO ont été prévenus du dépôt de plainte pour suspicions de malversations, il est donc clair que certains membres du PO étaient au courant mais je ne sais pas à quel moment ils ont reçu les documents". L'ancien président de PO, lui reste en poste jusqu'en novembre 2017. C'est à cette époque qu'il ferme le compte pour le matériel informatique. Bernard Detimmerman, actuel permanent CSC fait remarquer cependant que ce départ n'est pas officiellement lié à l'enquête, "officiellement, il est parti parce qu'il avait des problèmes de santé qui ne lui permettent plus d'assurer ses fonctions. Vous savez, il est très difficile, dans l'enseignement qu'une autorité reconnaisse qu'elle n'a pas respecté les règles...". Ce que décrit aussi Bernard Detimmerman, c'est le climat social extrêmement tendu que connaissait l'école au moment où cette affaire a été révélée, deux déléguées syndicales sont aujourd’hui en incapacité de travail, une situation qu'il met en lien avec les pressions subies au sein de l'école, pas uniquement pour cette affaire: "depuis que nous avons installé une délégation là-bas, on a eu des tensions et des difficultés, oui elles payent aujourd'hui des choses qu'elles ont dénoncées. On a d'abord essayé de les nier, de les isoler par rapport à leurs collègues mais la résistance a ses limites et elles sont tombées. Elles payent ce qu'elles ont osé faire, elles payent le fait d'avoir été de bonnes déléguées". Le permanent syndical évoque cependant un climat social meilleur aujourd'hui. Mais au sein de l'école, nombreux sont ceux qui aimeraient que toute la lumière soit faite sur les faits passés et les détournements d'argent. D'autant que comme dans tous les bâtiments scolaires anciens, des travaux sont nécessaires. Nous avons recontacté l'actuel Président du pouvoir organisateur (déjà présent dans le PO précédent), Me Jean Saint-Ghislain. Comme il l'a déjà exprimé précédemment, il dit avoir découvert les détournements à la fin de l'année 2017, au moment du départ de son prédécesseur. Lui aussi dit être impatient que toute la lumière soit faite sur ce dossier

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK