Lancement du classement des caves de la Gestapo avenue Louise

Si ces caves pouvaient parler...
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Si ces caves pouvaient parler... - © Françoise Baré

Le gouvernement bruxellois a lancé jeudi la procédure de classement d'office des caves des immeubles n° 453, 347, 418 et 510 où les résistants ont été torturés ou des Juifs ont été enfermés portent les traces qu'il serait dommage et irrespectueux de laisser se perdre. Les mesures de protection du patrimoine sont applicables directement.

Certains propriétaires refusaient tout dialogue pour permettre leur étude et leur préservation. Depuis des années, la fondation Auschwitz et quelques survivants essayent de nouer un dialogue avec ceux qui refusent d'entendre que l'Histoire dépasse la propriété privée.

Comme le gouvernement bruxellois a pris ce jeudi la décision de lancer la procédure de classement d'office, ces caves seront sauvées.

Mais certaines caves ont déjà été repeintes. D'autres comme par exemple au n° 453, au fond d’un long couloir noir montrent sur la chaux même des inscriptions au crayon noir. Quelques strophes d’un poème ou d'une prière en hongrois grossièrement gravées... On imagine la pointe ramassée dans le coin de la cave pour crier sans bruit, entre deux séances de torture, son désespoir, son appel au secours, son nom ou celui d’une amoureuse. Des lettres tremblantes, des mots d'adieu, une dernière parole en hongrois, en néerlandais, en allemand. Des traces ultimes de vie laissées en hâte par des détenus qui savaient leur mort prochaine.

Daniel Weyssow de la fondation Auschwitz mène un projet de recherche sur les anciens sièges de la Gestapo, la Sipo-Sd, là où Juifs et résistants ont été retenus, torturés. De tentatives en tentatives de dialogue avec les propriétaires de lieux, d'appels aux hommes politiques, il désespérait. Les inscriptions pouvaient à tout moment disparaitre sous un coup de pinceau. Il faut pourtant étudier minutieusement ces inscriptions pour reconstituer l’histoire de chaque homme et de chaque femme passé par ces geôles.

Certains habitants estiment que tout est dit, qu’il ne faut pas remuer le passé. D’autres ont peur que leur bien se dévalorise, d’autres viennent d’emménager et veulent que l’histoire soit préservée et ils ont du mal à déposer des jouets d’enfants dans leur cave à côté de ces inscriptions de douleur. Ils veulent agir.

Rudi Vervoort demandera jeudi matin au gouvernement bruxellois de lancer la procédure de classement d’office de ces caves. Il veut en quelque sorte forcer le dialogue car le syndic ne répond à aucun courrier. Il souhaite que tout se fasse en concertation. Il faut une étude des lieux et une préservation pour la postérité. Il faut surtout sortir du silence .

Françoise Baré

 

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