Les Carolos ne prennent pas assez le métro, l'Europe hésite à verser 60 millions pour la nouvelle ligne

Des rames de métros presque vides. On est loin, très loin de la pression qu’on connaît dans le métro bruxellois à certaines heures. Prendre le "métro léger" de Charleroi c’est souvent la garantie de trouver une place assise et parfois même, on se sent bien seul. Constat de terrain que tout le monde peut observer. Mais la RTBF s’est procuré en exclusivité les chiffres détaillés. Et c’est la catastrophe. De quoi remettre en question les 60 millions d’euros demandés à l’Europe pour développer la nouvelle ligne vers Châtelet ?

Sur la boucle centrale, moins de 1000 voyageurs sont enregistrés par heure le matin et le soir au moment du pic de trafic, les deux sens de circulation confondus. C’est beaucoup trop peu. Les expertises parlent d’une fréquentation de 6000 voyageurs par heure et par sens pour justifier un investissement pertinent. On est donc douze fois en dessous des chiffres de rentabilité. Et encore, ces chiffres prennent le scénario d’un tram aérien. Si l’on devait considérer le métro léger de Charleroi comme un métro avec des tunnels souterrains (ndlr : ce qui est bien le cas mais il y a débat), la fréquentation du métro de Charleroi est alors plus de 25 fois trop faible.

Pire encore sur les lignes qui s’éloignent du centre

Et tant qu’à toucher le fond, creusons encore un peu plus bas. La fréquentation des lignes qui s’éloignent de Charleroi vers Anderlues, Gosselies et Soleimont est encore plus faible. Onze stations ont moins de 90 voyageurs par jour dans les deux sens en semaine. Huit stations enregistrent entre 100 et 249 voyageurs. Des chiffres qui restent trop bas pour justifier un investissement. C’est donc bien ce critère d’investissement pertinent qui est retenu ici. Faut-il ou non investir des millions dans un tram ou un métro qui ne transporte pas tant de gens que cela ?

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Station "Pensée" à Montignies-sur-Sambre jamais ouverte depuis 35 ans. © Tous droits réservés

Et les millions justement s’apprêteraient à pleuvoir sur le rail carolo. L’Europe a dégagé un déluge de milliards pour relancer la machine économique après les confinements sanitaires. Et 250 millions sont demandés pour Charleroi dont soixante pour le métro léger. Autant dire que c’est le dossier que personne, au sein de la majorité carolo et wallonne ne veut voir capoter. Il est prévu de construire une ligne de métro vers Châtelet et le futur méga complexe hospitalier privé du GHDC. Construire, ou pas tout à fait puisque certaines stations existent déjà. À l’abandon depuis plus de 30 ans. Ce sont les fameuses stations fantômes des grands travaux inutiles. Il faut donc les remettre à jour mais l’investissement est moins important que de recommencer depuis le début.

D’après nos informations, l’Europe a déjà émis quelques remarques et questions quant au bien-fondé d’investir 60 millions d’euros dans un métro sous-utilisé. Le dossier n’est pas perdu mais les autorités wallonnes vont devoir redoubler d’énergie pour convaincre. Et les arguments sont prêts. La ville de Charleroi et le cabinet du ministre de la Mobilité, Philippe Henry, rappellent qu’il y a un hôpital de taille en construction au bout de la ligne et qu’il influencera sans doute les chiffres de fréquentation du métro léger. Travailleurs, patients et visiteurs seront des milliers à se rendre chaque jour sur place. Il ne faut pas non plus nier l’effet d’aubaine : on installe une ligne de métro alors je vais aller vivre dans le coin. Et ce point répond alors à la deuxième difficulté du projet. La densité de population autour du futur axe de métro n’est pas non plus incroyable.

Mais on construit ce métro pour les 50 prochaines années

Mais pour Stéphane Thierry, directeur marketing du TEC, "On construit ce projet pour construire l’avenir et favoriser justement la fréquentation du métro pour les quarante ou cinquante prochaines années. En plus de l’hôpital, il y a un complexe commercial important en bout de ligne et un deuxième centre commercial en projet. Je rappelle également qu’à l’autre bout de Charleroi, va s’ouvrir la Cité des Métiers qui attirera plusieurs milliers d’étudiants à terme et les élèves des écoles secondaires de Charleroi pourront s’y rendre également pour se former aux outils qui seront disponibles sur place. En fait, il faut voir le métro de demain dans ce dossier et déjà apprécier la hausse actuelle de la fréquentation. Et puis la ville de Charleroi a aussi lancé une réflexion pour revoir sa mobilité et pousser les Carolos vers les transports en commun."

Les TEC misent également sur une amplitude horaire plus grande. "Le métro et les bus rouleront bientôt jusque 23 heures au lieu de s’arrêter à 20 heures Et ça va permettre aussi d’être plus à l’aise pour envisager sa fin de journée et se déplacer en métro à Charleroi." Des arguments qui pèseront certainement. L’Europe a jusqu’à fin juin pour approuver le plan de relance belge et ouvrir, ou non, le robinet à millions.

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